mercredi 9 juillet 2008

confrontation totale ?





"Voilà bien longtemps que nous n'avons pas vécu un événement de cet ordre. Je veux dire aussi riche, aussi « divers » dans son apparente simplicité, un événement « total » au sens le plus exact du terme. Qu'est-ce à dire ? Qu'il comporte quantité de couches, d'épaisseurs successives que l'esprit n'en finit pas d'éplucher."



Voilà ce qu'a écrit JC Guillebaud dans son dernier billet "Paris-Province" qui parait dans le Sud-Ouest Dimanche. Il est donc daté du Dimanche 6 Juillet.



Evidemment il parle d'Ingrid Betancourt.
ou de Jose Tomas ?



L'actualité apporte son lot de corrélations confrontatives intéressantes.



Lot dont nous sommes friands, demandeurs, quêteurs, avides.



Le monde de la politique, du fait divers, de l'économie ou du sport vivent sous le feu permanent de l'avénement de l'événement total. C'est une matière première indispensable à la bonne course de l'information continue et mondialisée.



Ce qui a secoué le mundillo au mois de Juin avec la JT story est inhabituel. Ou alors on le met en relation avec la queue de Palomo Linares coupée à Madrid, certains hauts faits cordobesistes, c'est à dire avec des événements très anciens, antédiluviens même si on compare avec le reste des thématiques citées plus haut et leur renouvellement permanent de spectacle à haute tension.


La blogosphère taurine, les plumes officielles du journalisme taurin traditionnel, les aficionados en général se sont trouvés comme dépourvus, certains submergés, désamparés, catastrophés,d'autres surexcités, aveuglés, tétanisés devant cette montée spectaculaire du phénomène et de sa geste épique madrilène, de sa mise en scène, de sa dramaturgie, de son sillage...En fait si on est obligé de remonter si loin dans le temps pour oser des comparaisons (donc vers un temps où la diffusion des événements, et leurs contextes, n'étaient pas du tout comparable à celle d'aujourd'hui) c'est qu'habituellement c'est la planète des taureaux qui a toujours été un événement total en soi. C'estun tout, un flux unique, une seule épaisseur, une cosmogonie. L'irruption de l'événementiel JT dans ce monde-là paraissait faire exploser bien des choses. Il intervient de plus à une époque un peu ronronnante et apathique, comme si cette époque de la tauromachie attendait et réclamait elle-même cette immersion dans la modernité de l'actualité.


Mais ce qui frappe depuis le 15 Juin, c'est le silence assourdissant qui suit l'événement.


Jose Tomas ne dit rien, on n'a pas de nouvelles, ou sans plus. Pas de journaliste cherchant à "scooper" en allant le dénicher où il se repose par exemple, ou cherchant à obtenir des déclarations fracassantes de Boix, du Fundi (même les chirurgiens taurins indiquant qu'il avait un rapport très particuler, presque pathologique, à la douleur n'ont trouvé que peu d'écho à leurs propos. Il faut dire qu'ils ne les présentaient pas pour être des "bombes" de "révélations". Ils diagnostiquaient, simplement. Mais la capacité des toreros à encaisser est une norme dans ce qu'en savent les tauromaches). Donc, Pas d'allusion permanente ou de référence obligée dans les discours de ses "compañeros", de ses thuriféraires ou ses laudateurs (ou alors de manière ouatée dira-t-on). Même sa réaparition ou son mano a mano avec Morante ne phagocytent pas le reste : Pamplona et San Fermin sont sur toutes les bouches , tous les écrans, tous les écrits. On reste donc dans un univers très codifié et surtout respectueux de ses codes , de ses valeurs, de ses formes. Donc personne pour croire chez nous que la forme prime, influe, domine et vampirise le fond. Le fond et la forme reste étroitement liés. Céret va démarrer sa feria et rien n'est plus important que cela dans l'avance, la narration, la pulsation de la temporada.


Pourtant JT est dans toutes les têtes, sur toutes les bouches. Mais rien ne semble affoler l'univers des taureaux.


La personnalité de Tomas y est certainement pour quelque chose.


Mais elle est conforme à l'idéal du torero, de la toreria dans son ensemble. Il n'est pas plus et pas moins présent que chez Frascuelo qui récupère de sa cornada de cheval de San Isidro ou dans le traitement de la tragédie d'Adrian Gomez, à la fois dans sa propre exposition et dans notre propre regard à nous, les aficionados.


D'ailleurs les plazas ne se vident pas ou ne dégarnissent pas tant que ça en l'absence du diestro de Galapagar. Pas de corrida annulée même si on sent qu'un certain public singe les manières d'autres foules dans leur rapport à l'icône. Exemple : sont-ils si nombreux que cela, ceux qui ont quitté Las Ventas après le cinquième taureau le 15 Juin ? Si on enlève ceux qui de toute façon , pour un tas de raison, sur une foule aussi importante, le font quand même, à combien estime-t-on ce phénomène ? je n'ai lu aucun chiffre là-dessus, juste quelques témoignages choqués, mais l'auraient-ils été si la tarde avait été soporifique et si Mengano avait toréé ? ils ne s'en seraient certainement pas rendu compte. Comme d'habitude. No pasa nada.
Nada parce que tout se passe dans tout et dans rien. Du grain de sable aux parements du costume en passant par la couleur de la robe notre voisine de tendido et la devise mal accrochée au haut du morillo du morlaco. Du vent qui souffle, de l'horloge qui retarde, du vendeur de JB, de la manière de dire "voy, voy, voy" du mozo de espada dans le callejon, de la voltereta soudaine du diestro surpris ou se trompant...


Yannick Olivier est élogieux à propos de Florence Delay dans un commentaire récent. Grâce à ce retour sur cette grande écrivain je me suis attardé de nouveau sur ce qu'elle dit dans sa préface à "La solitude sonore du toreo" de Bergamin pour justifier ses choix de traduction :


"Comme tout art universel, le toreo possède un langage particulier, connu de ceux qui l'aiment et de ceux qui le pratiquent. Bref connu du mundillo, ou du petit monde. Or Bergamin n'a jamais parlé du toreo qu'en fonction du grand monde. Celui qui inclut la planète terre (aussi ronde, mais un peu plus grande que l'arène) et la sphère céleste. A travers le miroir de la tauromachie, la corrida qu'il commente est la course de notre vie. La lidia, notre combat avec le monde."


C'est puissamment irrémédiable. Non ?


Dans l'actualité par contre, la libération de Betancourt suit son story telling éhonté et forcené, distordu, presque mécaniquement, sans réflexion, écoeurant, irrespirable. Donc cette irrespirabilité nécessite de l'air frais, une fenêtre ouverte, n'importe laquelle. Alors on les ouvre toutes. Sans aucune explication, ni cérémonie ou par simple usage. A tout vent se retrouve la masse. Les couches dont parle Guillebaud s'emmêlent de nouveau d'elles-mêmes, entassées, empilées, informes. L'épaisseur n'apparaît plus que comme une boursoufflure. On assiste à tout cela, blasé, ni hagard ni grisé mais perdu et content de l'être, en somme. Bien sûr des analyses et des révélations viendront. Mais ce n'est pas sûr non plus. On s'en fout un peu de toute façon. La caverne platonicienne continue d'abriter en son sein le feu et les ombres projetées du mythe...

Mythe, c'est justement un des titres dont veulent absolument affubler JT ses pires détracteurs, ses acharnés de l'immolation. Mythe, c'est aussi à ce titre que voudraient le voir aspirer ses adeptes les plus bornés.


Faut-il leur rappeler , aux uns et aux autres, que le seul mythe, le seul totem , comme l'a si bien écrit Olivier, c'est le taureau. Et que l'homme qui officie dans la cérémonie, de l'habillement jusqu'au combat, est simplement le catalyseur de nos transgressions. Nous pratiquons à travers lui la plus forte, la plus controversée, la plus difficilement défendable, la plus proche de nous parce que la plus vraie des transgressions, la plus liée au sens de la vie : la mort.



nb : el señor Sol y Moscas nous régale d'un premier tiers de haute volée à propos du thème.
nb2 : la photo de Jose Tomas est de Jon Dimis.
Celle d'Ingrid Betancourt...no se.




6 commentaires:

bruno a dit…

Je ne souscris à aucune effervescence médiatique.
un saludo
bruno

Anonyme a dit…

cuanto siento no saber francés para visitras diariamente su blog...Nos conformaremos con leerle en los comentarios en el blog de la Condesa...

Andrés de Cáceres

ludo a dit…

moi non plus bruno, d'où ce billet.
paradoxe que j'assume.
amitiés.

andres, te dejo el enlace del texto que escribi hace unos dias donde hacia referencia a tu paisano emilio de frutos porque toreaba mi amigo rafael cañada en madrid de banderillero con el. es la relacion de un sueño/pesadilla que hice o pudiera haber hecho, entre realidad y irealidad. como lo he señalado ya aprovechare mis vacaciones por traducir al castellano unos textos. este sera de los que voy a sacar.
asi podras disfrutar de este blog en español de vez en cuando.
gracias por su visita.
este rincon es suyo, camarada.

ludo

ludo a dit…

andres,
me olvide de colgar el enlace

http://pinchosdelciego.blogspot.com/2008/06/la-traque-serait-calme.html

Anonyme a dit…

Qué gran noticia, Ludo, que aquellos lectores que no dominamos el francés podamos enterarnos de tus textos, que suenan tan bien, cuando nos los traduzcas.

La condesa de Estraza

velonero a dit…

Je suis pret à signer toute pétition demandant l'enfermement d'Ingrid Bétancourt dans un couvent de Carmélites.