vendredi 30 décembre 2011

A la luna de Enero


Ayé. nous y voilà. bonne année my derche et tout le toutim. les huîtres brûlantes, le pet' nat' tièdasse et les greluches frisquettes. j'ai piqué, ou plutôt j'ai pensé à ça chez Orzon Güé. en fait chez Kauffmann, JP Kauffmann. un bouquin sur le champagne. chiant par antonomase mais précis dans les sensations qu'il veut nous transmettre, diablement bien écrit et passionnant au bout du compte. une belle étrenne. ça et "Les fourmis n'aime pas le flamenco" , du collectif Auguste Derrière. ouvrez une page et vous vous torchez les yeux tellement se déploie au fur et à mesure tout ce qu'un rire truculent peut truculer. seul, dans un tram, un avion, au bois joli, à l'hosto, au cimetière, au lit, je vous défie de ne pas gondoler.


Sinon, sinon... plus sérieux, le tome 5 du "Labyrinthe magique" de Max Aub. celui-là c'est "Campo del moro". il reste encore à publier aux Fondeurs de briques ( mais peut-être est-ce déjà fait ? ) le "Campo de almendros" et c'en sera terminé de cette espèce de "Guerre et paix" orpheline d'épopées, ibèrement foutraque, inclassable, presqu'à hauteur d'homme -enfin un livre à hauteur d'homme- et magnifique. même en pleine déconfiture des dernières semaines du siège de Madrid, Aub snipe fort : " Il arrive un moment, dans cette vie passagère, où il ne reste à l'homme que le vin. Le reste ce sont des luxes inutiles, comme tous les luxes, sauf l'art."
Et puis mon poteau Laurent Perez a sorti une nouvelle revue. revue critique. intitulé de l'objet : "La lecture". simple et droit. en l'état : Agamben, Bernard Dufour, Andrea Zanzotto. ouf, pas que du petit four canapé. de la sauce, montée savamment. comme j'adore tiounquer je vais m'abonner. en attendant, long life to the lecture.
faut que je vous parle aussi de l'Assaut du Théâtre Imaginaire, l'A.T.I., lancé par un autre aminche, un compadre, un hermano : Vargas, celui du " duende est une femme", de notre texte à deux mains gauches, "Avanzar". faut que ? voilà, c'est fait : poètes, à vos papiers.


J'ai rêvé des taureaux du Curé de Valverde. de ceux que j'avais vu il ya , pfffuiii, plus d'une décennie maintenant. décennie ça fait plus vieux, plus aficionado blanchi sous le harnais. déjà que la semaine d'avant, je m'étais réveillé en sueur et en sursaut parce que dans les limbes qui précédaient j'étais entouré de Prietos de la Cal qui chantaient " Petit papa Noël" au milieu de la plaza de tienta en déconfiture de La Ruiza, brrrr...le molosse maison aboyait (on l'avait surnommé "Bahamonde" , nous étions facétieux) en cadence : "pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ?" j'ai supposé qu'il était pétard parce que cette année encore, mécréant indécrottable, je n'ai pas monté de "Belen"  . alors, là, dans mon songe de la nuit dernière, les tios aux ergots de rhinocéros del Cura, c'était un signe de plus.
 les deux fois, à La Ruiza et à Horcajo, Serge m'accompagnait. ou plutôt je l'escortais. on cherchait des novillos pour Villeneuve. on nous montrait des petits cochons noirs, très beaux, presque à manger crus ou au mieux un "charoles", on voyait des lauriers-roses, de la poussière, des chiures dans les tasses à café, mais des taureaux de combat, hum, il fallait en débusquer ! mais on s'était bien poilé.
parce que Régis avait un tee-shirt qui glorifiait l'indépendance d'Euskal Herria,
que les types assis à table en face de lui lisaient l'ABC en lunettes noires,
que Madame de la Chaux aurait pu s'appeler Marge Simpson,
que le Curé arborait une protubérance " que rigoureusement ma mère m'a défendu de nommer ici " - certes maladive mais tellement improbable et qui grossissait à vue d'oeil au fur et à mesure que nous avancions vers lui,
que Julito Aparicio tientait les vaches de l'écclésiaste et qu'on imaginait tout à trac la tête des catetos les plus toristas apprenant la nouvelle.
et puis on était remonté sous la pluie à partir de Burgos. sans essuie-glaces. je crois que c'est peut-être ce qui déclenche les cauchemars où je me retrouve , des années après, avec des paires de cornes en pointes sur pattes et qui mugissent en choeur et en cercle "...and japi niu llier"  :  l'absence d'essuie-glaces dans tous mes souvenirs.


le vent de Joachim a couché encore un peu plus le prunier. il a fallu l'élaguer sévère. j'ai rangé le bois. il se mêlera à la saveur des entrecôtes l'hiver prochain. c'est comme cela que devraient finir tous les vieux amis. cendres et buée. arômes et sucs gastriques. au fond d'un puits ou d'une cheminée. ou dans les vignes, jeté sous la lune tendre en décoction comme le purin d'ortie ou mixé avec du quartz dans une corne de vache brave santacolomeña. mes filles sourient derrière la vitre. il sera comment l'arbre de leur jardin ?
il y en a un de vigneron , c'est un phénomène. Richard Leroy a des parcelles en Loire. il urine sur les ceps. à la question : "Eh bé ! tu pisses dans tes vignes toi ?" il rétorque :" c'est comme ça qu'elles me reconnaissent..." c'est écrit et imagé dans la formidable BD d"Etienne Davodeau, "Les ignorants". Ôde à la terre sans intrants, sans sulfites, sans Pétain, sans  crétin. té ! j'aurais mieux fait de divaguer l'autre soir sur les cuvées de Leroy  "Les rouliers" et surtout, surtout, "Les noëlles de Montbenault". enfin une nativité sans cauchemar.  je ne sais pas ce qu'il en aurait pensé le type de ce Jurançon d'adéquation siroté l'autre dimanche, la couleur dans la bouteille qui se vide dans la couleur du soir titubant dans la couleur de nos yeux pensifs.  c'était un Clos Joliette. un 1944. les vendanges du débarquement retrouvées dans une armoire. une offrande. de la noix grillée au feu de l'orage au-dessus des bourdaines et juste après cette fraîcheur de tourmente accomplie qui descend sur les plumes du pinson un peu affolé par tout ce barouf.  on ne s'est pas gêné pour se souler sous la pluie. merci Carine.



Les morlacos du Curé, les endrapés de Tomas Prieto ont pris la fuite avec l'aube. les taureaux sont de toute façon loin en ce moment. ceux qui en ont fait leurs laitières m'insupportent de plus en plus. au moins ils ne "managent" pas mes rêves, même pas mes terreurs nocturnes. demain c'est 2012 et débutera l'année des 20 ans de la perte du Camaron. je fumerai un cigare de Navarre vers minuit. je penserai à lui et sous le prunier sans tête je chanterai  au milieu de taureaux de Gérion imaginaires : " A la luna, luna de Enero, con mi capote y muleta iba a los encerraeros..."

Feliz año. si ? que si, de verdad.


jeudi 3 novembre 2011

Semaine taurine / clarines jondos


Avec une constance de forgeron martelant le tempo d’un Martinete , la Peña Jeune Aficion  donnera sa traditionnelle « Noche Flamenca »  ce Vendredi 4 Novembre dans la salle des Jacobins de l’abbatiale Saint-Séverine.

Cette année,  l’équipe chargée de la programmation a choisi un  ensemble  où la part belle est donnée à la tradition et à la jeunesse - gitane et « paya »- qui, malgré  l’exil et l’émigration depuis cette terre espagnole jamais aussi puissamment désirée qu’au travers de la transmission artistique orthodoxe de leurs pères, est transcendée  par l’héritage d’un langage artistique les plus intenses qui soit et dont elle transporte jusqu’à nous les codes et les duendes.

 Le spectacle que les artistes réunis pour l’occasion ont monté spécialement pour St Sever s’intitule «  Tablao Los Hernandez ». Ce titre, c’est un double hommage. Tout d’abord à cette forme de mise en scène dépouillée, le tablao, c’est-à-dire la représentation la plus proche des réunions familiales primitives où chacun encourage ses partenaires d’un soir à donner le meilleur de soi, à dévoiler  sa part intime et son savoir pour tenter d’aller au-delà de de l’académisme et de la simple virtuosité . Ensuite, « Los Hernandez » sont une famille gitane dont les racines flamencas irriguent fortement notre sud français depuis plusieurs générations. Il est donc apparu nécessaire de la  célébrer en permettant aux héritiers de cette lignée de se retrouver pour une soirée d’exception. Il y aura donc « El Kiko », Tony et Yeye Hernandez respectivement   au chant, à la guitare et aux palmas. « Kiko »Hernandez transporte le savoir  et le « son » des anciens dans sa gorge d’où monte une voix dite naturelle, à l’épaisseur ambrée et profonde, fière de ses origines. Son  primo  Tony, un des piliers de la dynastie, est un créateur et un interprète au talent reconnu même au-delà des Pyrénées ( il a, entre autre, accompagné « El Pescao » ou encore Jose Mendez de la famille de La Paquera). Pour l’aficionado autant que pour le profane,  ses  falsetas , où se répondent mélodie et  compas  sans faille, sont de purs  bonheurs  qui émaillent un jeu subtil, à la fois sensible et  essentiel . Quant à Yeye Hernandez , son compas, c’est à dire son sens des rythmes complexes du flamenco- indispensable à l’accompagnement de la danse- est impressionnant de maîtrise. Il sera soutenu par Hamed, un acolyte des plus doués pour ce genre à part entière que sont les palmas. Ce dernier vient de la  Peña Copas y Compas,  brillante pépinière flamenca de Bordeaux dont Cecilia Gonzalez, talentueuse promesse du baile, est en charge depuis plusieurs années.  C’est elle d’ailleurs,  qui sera sur scène ce 4 Novembre.  Cecilia, aussi bien dans les  palos festeros que sont la Buleria ou les Alegrias, les Tangos, comme dans les plus archaïques danses du répertoire le plus profond, possède une technique toute en tension et force intérieure qu’ elle libère grâce à une  inspiration où se croisent  grâce et orgueil. Cette passion, elle la tire des enseignements des plus grands auprès desquels elle s’est formée (Andrés Peña, La Moneta , Maria del Mar Moreno…) mais la puise également de son aficion sans limite pour le chant, pilier primordial du flamenco. N’oublions pas de signaler non plus qu’elle a remporté un premier prix du concours de danse de Mont-de-Marsan en 2007 lors du festival de Juillet.

Avec ce spectacle La Peña Jeune Aficion entend jumeler  une fois de plus  Toros y flamenco avec , comme le dit son président « la culture comme bras armé, et l’Art comme étendard ! ». « Tablao Los Hernandez » entend bien relever le défi de cet adage.

NB : Le visuel de l'affiche est signé Mathieu Sodore.
Et puis, il y aura aussi à partir de 19 heures le vernissage de Toro-Expo, avec Paul Boulitreau, Macha Browski et Jean Capdeville, Capton, Jean-Louis Duzert, Jorje ,Jose Pires, Zaza , Douglas Wong Aguirre. Là encore le visuel c'est Mateo.

jeudi 27 octobre 2011

Les jours de la démangeaison ( Archipiels 34 )

Jour I
Juan Jose Padilla / son corps allongé
on dirait de la suée /  imprévue sortie
de terre /de l'oeuf / de la corne qui accroche à nu la fente en jeu / ce vertige
dans le ciel d'en bas.

Il a dit / mes enfants / mes enfants / cette voix humide
les marchands s'en font  tatouage / ornement.

Dans le silence ma main rejoint mes os
je veux imaginer un crâne mort et fluide.

Jour II

sur la carte Wikipédia / Le regard / la Syrie / vraiment
une flaque de sang.
Adonis, Adonis
nous dressons des dunes
pour détourner la mémoire du vent / l'aveugle rend le sable
inutile.

Jour III

Dans le bureau l'enfant ne triche pas.
Il l'a vue / la scène / sa mère
un coup de poing / sa chute / le sol
récupérer ses larmes est impossible
coudre une enfance pour clore les yeux
aussi.

Il y a une inconnue / aimante / sans doute /pas d'ecchymose
sur ses rêves
elle a pourtant une haine / un mépris / sa négation
parce que nous aimons les taureaux
sous le soleil / le galop dans la paume d'un homme
leur force d'aller au sacré
sans passer par dieu.

Elle souille les combats d'une vie.
Elle crie / toutes ses forces / la prison
le feu des purifiés pour nous.
Elle rit devant la statue du torero maculé / le sel
dans les yeux d'Alain / elle exulte
elle veut notre effacement / c'est son coup de poing
dans mon altérité / le sourire de Radouane
son soulagement / ses ailes lourdes posées
quand il laisse son manteau de noirceur
au crochet du couloir.

Jour IV

Chenel
une langue de taureau traîne à sa lumière
une comète lilas / oro / credo
de la pulsation
pour chaque intervalle / ondoiements
des tissus
aux décollements du talon.
Antoñete
le parfait équilibre / la folie aigre-douce
des aveux au bordel
avec une tête d'horloge cassée / des os de farine
une redingote de fumée et d'anis
et
"un toro metido en las venas / que tiene mi gente". (*)

 J'ai repensé à la dame du jour III / sa furie / ses geôles / mon effroi
Grand bien lui fasse / après tout / demain
je regarderai l'invisible
dans la viande de Cantinero
pendue au crochet / desolladero / Madrid / 1985.
(*) Rafael Alberti

Ludovic Pautier / Pessac / octobre 2011

Nb : à lire sur Chenel, le texte de Deck, le souvenir respectueux, malicieux et mélancolique de Carmen Esteban, sa traduction par Chulo, l'adieu de Berrendita, les photos du maestro dans CyR et d'ailleurs , toujours dans CyR un rappel d'une anecdote : Chenel enregistra un disque ! oui monsieur ! un disque ! adieu bohème, tiens...

Nb2 : J'ignore de qui est la photo de Chenel. Je m'excuse auprès de l'auteur si éventuellement il passe par ici. Elle est là parce qu'elle m'a touché. Et j'apposerai un nom avec plaisir si quelqu'un peut éclairer ma caverne.

samedi 24 septembre 2011

Esquela (trasmontes que duele )

A Pedro Arias,

Esto es mi esquela a la aniquilada y exangüe Barcelona taurina, la esquela humana a mis recuerdos de esta "Ciudad prodigiosa" que empece por amar en los libros antes que pisar sus ramblas.
No fui alli muchas veces pero cada vez la ciudad Condal tenia para mi una capitalidad peculiar , icono de una España mediterranea muy pegada a mis cinco sentidos. Deambulabas y te sentias bien, como bañado en una inmersion de fuerza apacible, atado a la tierra y liberado por la luz del mar. Ibas a los de Jose y Juan ,paseabas entre los viejos papeles del mercado de Sant Antonio, te ponias alegre en el bar Bidasoa, salivabas pensando en un suquet de peix, cruzabas un gitano cantando al salir de La Seu y te parecia la vida una mancha de pigmentos, explosiva y tierna.
Ahora...ahora dicen que no quieren, los sepultureros de la identidad catalana que se creen su prototipo, que esta tierra "huele a España". Pobres tullidos del alma !
Mirad, señores, lo que decia uno que lucho, que combatio armas en mano, que fue herido, que nunca capitulo delante de lo que , esta vez si, olia a lo que estais empezando a apestar : el fascismo. Mirad y escuchad. Viene a los dos minutos del video.



Somos mejores que Don Eugenio ? somos diferentes ? el era un "perverso polimorfo" como se puede oir en unas tertulias de "antis" por amar a los toros ? creo que lo que mas le duele a ellos es esto : que amamos a los toros...

Y no puedo rematar sin decir que es muy , pero que muy dificil apoyar a unos discursos de nuestra "tribu" viendo como se menea la fiesta dentro del tipi de los que mandan en estos asuntos. Como nos lo poneis dificilisimo dia a dia con borregadas y tanto triunfalismo falso. Nos parecemos los aficionaos a estos del maquis que pensaban que derribando a la Wehrmacht iban a decapitar el caudillismo : pura quimera.
De donde sea que estas, Eugenio, que no te merecemos, un abrazo.

jeudi 15 septembre 2011

Phylloxéra poétique

« ... A Jurançon, à Pau, à Lacommande, cette année encore, le temps est venu pour la parole de cheminer de concert avec des artistes de tous bords. Les vignerons de la Route des vins sont au soutien, comme toujours. De la scène, du son, de la lumière, du spectacle, du vin. Le vivant de la parole sort de son enfermement avec rage. Dans sa folie de bouger, de circuler, de respirer. Ici et ailleurs ».

Vivement demain et rouler vers les clavicules brisées de Pyrène.
Là-bas c'est les chais, le phylloxéra poétique et la vie à battant les tambours.
A l'ubac, à l'adret, à matines, au zénith, à vêpres, boire Manseng, Courbu, Camaralet,Lauzet en laissant les trilles de Blaine et de Vielle, de ma chère Edith et de Jean-Paul Loubes, de Bourda, Tholomé, Aured, d'Irma, Patricia y Javier  s'enrouler dans nos ventricules. Vivement surtout que Nicolas, un Vargas un vrai, uppercute les côteaux et cajole les brumes. Pour un avant-goût du bonhomme, rappelez-vous, c'est à la barra del ciego qu'il donna ce qui était ses premières armes.
Enhorabuena y suerte compadre.
Allez, à demain donc.

lundi 5 septembre 2011

RIP in Santiago

Dans les couloirs de Radio Campus le murmure est fréquent : " Putain, t'as écouté 'Falseta" ! il y a encore eu un macchabée chez Ludo". Il faut dire que la faucheuse a fauché ces temps derniers. Il faut dire qu'ils ne s'épargnent pas nos artistes, que comme le chantait Pata Negra  "Todo lo que me gusta es ilegal, es inmoral o engorda". Il faut dire que la plupart sont issus de ces classes dont le taux de mortalité est jugée "défavorable" dans le langage impitoyable des statistiques.Il faut dire que les plus anciens sont souvent les plus grands, que la famille Flamenca, au sens élargie du terme, ne les oublie jamais et les accompagne jusqu'au dernier souffle. Il faut dire enfin que leur rendre hommage est indispensable, sui generis au territoire de l'art profond et aux hommes qui le peuplent.

Moraito Chico est parti le 10 Août dernier et , oui, dans les corridors de la radio , dès la reprise de l'émission il y aura de la douleur et du devoir à reparler de ce tocaor à l'intuition "groove", généreux et ecclectique, seigneur du compas, fier de sa lignée, accompagnateur parfait des chanteurs les plus rancios au plus hétérodoxes...

Juste après la béance - ces jours qui nous enlevèrent brutalement Enrique et avant lui Terremoto aussi- qui nous laissa hagards, Patrick avait glissé une confidence à la sortie des cartels du festival de Nîmes :  "Moraito est mal, muy mal". Un cancer avancé. pourtant en Janvier, du diamant inspiré serti à son soniquete de Jerez il avait quand même rayé l'air du théâtre. Quelque temps plus tard, un chapeau de pudeur sur le crâne, Morao tenait dragée haute à la maladie en accompagnant le cantaor David Carpio chez lui, à Jerez. Mais mi-Août, cette même Jerez le pleurait et quand j'ai ouvert la messagerie au  retour des vacances, je n'ai fait qu'ajouter quelques gouttes au torrent de la rage, du désespoir, qui s'épanchait de la Calle Nueva .

Moraito ! 55 balais ! una putada.
RIP in Santiago, Maestro.

nb : deux vidéos, la première avec Morao adolescent et Antonio Malena au chant, de 5 ans son cadet. c'est un extrait de la formidable série dirigée par Jose-Maria Velazquez Gaztelu :"Rito y geografia del cante" diffusée à la télévision Natinale espagnole entre 1971 et 1973. quand on voit où en est TVE aujourd'hui...la seconde est extraite de "El sol,la sal y el son" présentée par Jesus Quintero.


jeudi 25 août 2011

Carte postale 2


A Madrid , vois-tu, il y avait moins de monde qu’à Venise. Mais , proportionnellement autant de güiris. Et puis des indignés. On a juste suivi la queue de la comète policière qui balayait derrière eux cherchant à retrouver Sol, se rabattant sur d’autres campamentos plus hospitaliers. Il y avait presque autant d’hélicoptères dans le ciel de nuit que de taxis Gran Via. Qu’est-ce que ça sera le jour où ils seront révoltés.
A la Venencia , rien n’est plus pareil, tout a changé…non, je déconne.
Au 21 calle de la Cruz, Toni revenu de vacances éblouissait, autant que les feux sous sa plancha. On a abusé des abats et des photos de Julio Robles. J’ai laissé choir un peu de sel  lacrymal dans ma cañita. A cause des photos. Plus tard, ailleurs,  on a siroté du gin-tonic au concombre. J’ai pensé , tu t’en doutes, à Angel. Il se dore la pilule sur la costa del Sol, largando avec ses amis de la trinchera malagueña. Heureux jubilateur.Pas vu non plus Carmen. Ils nous ont manqué.  C’était bizarre: Madrid , l’été, et pas eux, aussi bizarre que si Chicote s’était volatilisé ou bien si on avait changé de place la statue de Bienvenida .
Tiens, Las Ventas, on y est allé. Frascuelo, Andres Palacios et confirmation de Raul Velasco. Toros de Jose Luis Pereda. Plutôt encastée la course. 8 € à la sombra d’accord, mais deux heures de queue au guichet et le premier bicho escamoté. La plus grande arène du monde. En ce qui concerne la laideur picturale du cartel c’est vrai. Une belle mouise ( en fait une repro dégeu d’un tableau de Cesar Nuñez, plutôt pas mal, lui, sur la repro on dirait un biou pour Hermoso de Mendoza, les pattes dans de la colle ).
Carlos Escolar avait soigné son jabot, sa faja et ses trincheras. Comme toujours. Pourtant  là, il fut résolument du côté d’une toreria patinée, presque sous globe, mais alors avec un ressort ! et de l’animo, de la chaleur : Le torero sur la télé en N&B de Mamie Albertine en pleine action.  Carajo, quel cabot et quel torero. Palacios fut à la fois transparent, profond et incapable. Pas en même temps, heureusement. Il laissa trois séries de naturelles à se mettre sous le mouchoir pour cet hiver le sortir et hop ! juste avant de se moucher a ver si je me rappelle comment il a fait Andres de mi arma, parar, mandar , templar y recoger. Sous l’œil bien entendu inquiet de mes voisins de conseil d’école. Il me tarde. Raul Velasco , digne, sobre et avec l’idée de suivre Frascuelo. Ce qui est une bonne idée. Enfin, pour moi, Luc, tartampion et puis c’est tout, en gros. Pas pour faire fortune. Comment lui dire qu’il faut qu’il persévère -juste pour notre hédonisme-  sans qu’il nous déteste, Tartampion, Luc et moi,  un jour ou l’autre le Raul ?

 Le soir Helena et Sita étaient plus que belles. Gracieuses.  JJ avait fait un arroz. Il a pris des cours tu sais. Des cours d’arroces ! formidable ! c’est à croire en dieu ! ce fut effectivement divin. Jean-Marc  avait fait préalablement un tour chez Lavinia - La Tintoreria était closed-  et on a bu du Cheverny de chez Villemade, un Clos des Fées ( eh , Les Sorcières, pas la Sibérie, t’es pas fou ) de tonton Bizeul, un  Morgon de Foillard, et des tas d’autres trucs. On avait pas envie de savoir si les vignerons espagnols font moins qu’avant pousser des chênes en plein milieu des rangs de vignes. Pas envie d’être décus, quoi. Et pourtant , tu me connais, je dois beaucoup à ce pays. Tiens, en guise de paraphe, un p’tit tour d’érudition  chez Yourcenar (plus ça avance et plus je l’effeuille la Marguerite et plus je crois que je vais m’arrêter à "passionnément" ). Lis cela : « Le vrai lieu de naissance est celui sur lequel on porte un premier regard intelligent sur le monde ». C’était il y a 30 ans maintenant, mais je sais que pour moi ce fut là, comme aujourd’hui, sur cette terre avec une peau de taureau.

mercredi 24 août 2011

Carte postale

Venise. Ah ! tu sais, Venise. Tu m'avais demandé de te rapporter si effectivement ,c'est un bel endroit pour mourir...Tu me connais, j'ai d'abord cherché dans les livres.Thomas Mann ayant déjà fait trépasser Gustav en son sein, La Sérénissime « est un tombeau » dixit Dominique Paravel ( « Nouvelles Vénitiennes » / éd. Serge Safran ).Normal. Y flotte aussi l’ombre de Perros, sa pipe peut-être, dans «  la nuit bleu mauve » (« Venezia et retour » / Papiers collés 3 / gallimard coll. L’imaginaire ).  
Et là-bas, me diras-tu ? là-bas Victoria nous a descendus dans sa barque.
« il y a beaucoup de femmes gondolières à Venise ?» « une » « et combien y a-t-il de gondoliers ?»  « trop ».  Puis elle a glissé sur les clapotis en écailles du canal.
Tu vois ? imagine plutôt Venise, poisson serpentin des princes noyé dans le nard du Spritz. D'ailleurs, ne pas se saouler ici est une gageure. On peut même y boire son ombre.
Comme on peut aussi se perdre à jeun, à Venise les hommes, les femmes et leurs enfants, tous ces venus du monde entier pour se la faire, « la tentation », vont en purée humaine fluer et refluer au gré des heures dans un parcours millimétré. Alors, pour sûr, on peut , on doit s’y perdre, il le faut. Chaque nom de rue, chaque coin de campo, chaque môle ouvrant sur l’eau est un évanouissement mélancolique des repères. Un flottement permanent des convictions, parfois même leur disparition. Tu t’en fous, il y a la tutelle du grimaçant fixé au pied du campanile à Santa Maria Formosa qui te tire la langue quand tu pars suavement dans le sillage des espadrilles de Sébastien pour lamper du Ripasso dans des verres à donner le roulis ou sucer des Bigoli in salsa et que s’empilent des goûts d’anchois et d’oignons jusque sous les paupières.
Après cela , comment ne pas se caresser sous les ponts ? on ne l'a pas fait. Essaie, toi, le dernier soir, il y en a un dont la voûte est constellée des parfums et couleurs de l'innocence, c'est à dire de chewing-gum, cette entrave à la langue des amants. 
Voilà, tu le comprends mieux ahorita, pourquoi nos artistes ont raison : Venise est en effet un bon endroit pour crever. Même si c’est aussi la ville où tu ne verras pas un pneu du séjour.

vendredi 22 juillet 2011

Et puis c'est tout

Una feria de saldo ! de rebajas ! de baratura ! de gran ganga ! calamares por aquí, boquerones por allá ! je crois que le fond fut touché. je crois qu'il va y avoir du chahut. enfin, j'espère.
Je ne précise pas que je parle de Mont-de-Marsan, tout le monde a déjà compris.
Retenons quand même , la " frescura" de Talavante si éclatante après les faenas de rond-de-cuir de la veille ( et un , deux et trois dere-cha-zos de destoreo et vite, vite, tournicoti-tournicoton, viva el toro del tiovivo que nos mola a tope ), les séries à gauche superbes de Tejela, la décision de Ponce de courir à la fois et la main et derrière des toracos, los Samueles, qui menèrent des combats, certes de couards imprévisibles ou de bravucones peu fijos,  et pas des saynètes de boulevard à la répétition affligeante et donnant la nausée, un bon taureau de Margé ( le reste, sin clase, perso la course ne m'a pas plu ) et puis c'est tout.

Depuis, le ridicule a été fracassé par le poisseux, l'imbécilité.
Alain Montcouquiol disait sur France-culture, dans une matinale de cette semaine en direct de Montpellier, que consacrer sa vie à combattre la tauromachie et ça seulement était stupide. qu'il ne laisserait pas à un anti le droit de déverser sa haine à propos d'un médecin ami, altruiste et fierté de sa profession auprès des plus démunis, qui vient de quitter ce monde , sous prétexte qu'il pourrait le juger seulement au prisme de son aficion. oui, cher Alain que j'aime, mais quand on trouve la même connerie de l'autre côté du manche...c'est à dire du nôtre, on est sidéré jusqu'à l'écoeurement. si vous voulez en savoir plus, l'imbécile c'est viard et c'est là. et si vous désirez lire une réponse dignement indignée, c'est chez Don Xavier et c'est là. et puis c'est tout.

Heureusement, Orthez et le Gave puis les vacances au bord du Canalazzo vont venir laver tout cela.
ensuite, Flor de Jara , Parentis, I hope, Madrid pas sûr ou Roquefort et Bilbo, parce que c'est Bilbo. en attendant Saint-Sever et ses onze toritos  issus de onze encastes du 11/11/11. et puis c'est tout.

jeudi 14 juillet 2011

La terre promise

C'est un des matins
baveux, où se joint à la nuit
encore maquillée la salive du jour proche.
le sang de Lebrija marche à côté de moi,
met la clef et démarre.
j'essaie d'arranquer avec cette voix des aurores
et en donnant des coups a compas sur la bakélite du volant
una buleria pa'escuchar
en plissant les yeux pour me souvenir de Jose Valencia
tout à l'heure.

Pour écraser la cervelle
du duende, lui, Jose,
tapait du plat
et du poing de sa main gauche
sur le mostrador de la peña.
les filles éblouies
derrière avaient cessé de glisser les glaçons dans les tubes des verres où ambraient les whysky.
c'est le "Tana" qui avait lancé la sarabande.
 un gitan de la Vienne,
si modeste
que son cousin lui en veut
de ne ramoner la suie de sa gorge de cantaor jondo
que trop peu souvent,
seulement aux comptoirs,
à des heures impossibles,
celles où les payos qui proposent des contrats sont couchés ou morts-saoûls.
les premiers jaleos de vérité ont surgi.
alors
à l'autre bout de la pièce, une autre voix s'est cherchée la vie,
comme l'étoile d'une vitre frappée par un lanceur de pavé.
"El Trini" derrière ses lunettes en cul de chopine regardait dans la direction du maestro,
autrefois Joselito aujourd'hui Jose.
Jose,
el de la Casa irriguée par le jus des raisins de Jerez
de Los Valencia de Lebrija
 celle de son oncle Luis,
de Manuel de Paula,
de sa mère Ana et de la Rumbilla
de tant d'autres.
"El trini" a visé juste et fort.
Jose ne peut que lui rendre hommage, lui dire la pareille 
le défier à son tour. 
les chariots des letras tordues dans le filin de ses lèvres
portés par nos coups de"olés"
prouvent
que le coeur est un muscle.
son chant, c'est un coup de bâton sur la mer rouge.
quand il le referme, nous sommes engloutis.

Le moteur  ronronne en bas dans le jardin où je me suis garé.
je devrais
aller me coucher, je n'ai plus une seule buleria prise dans le larynx.
alors quoi ?
rien,
je reste juste à savourer cet instant,
le moment où le primo du Tana m'a alors pris le bras et m'a glissé :
" je crois que nous avons aperçu la terre promise".

Mont-de-Marsan/Pessac/juillet 2011

jeudi 30 juin 2011

Avis pour la, non ! les balades



Pas peu fier, je me contente de transcrire ceci :
signature-rencontre autour de l’ouvrage
Balada Flamenca (Atelier In8 éditions)
de Jean-Louis Duzert (photos) et Ludovic Pautier (textes)
dans le cadre du festival Arte Flamenco le mercredi 6 juillet de 17h à 18h30 à la librairie "Caractères" de Mont-de-Marsan
le livre sera aussi en exclusivité au Musée Despiau - Wlérick avec l'expo éponyme de Loulou jusqu'au 29 Juillet puis disponible dans les librairies de France, de Navarre et de la galaxie à partir du 20  Octobre.

 Mais cuidao, ce n'est pas tout. mis à part les spectacles, in et off, la bodega, la rue, le théâtre pour enfants dont on peut tout savoir en cliquant là,  il y aura...tatatam...




l'expo de nos compadres Benjamin Flao ( auteur de l'affiche ) et Christophe Dabitch réalisée à partir de leur travail en résidence l'année dernière et aussi, surprise anti-élégiaque qui me ravit :

La présence sur le festival du livre de Montero Glez "Pistola y cuchillo" traduit par André Gabastou ( un grand ! ) aux éditions Tango Bar ( ??? ) . titre en gabacho ?  "Moi, je suis le vent". une écriture au salpêtre, une atmosphère d'entre chien et loup, des protagonistes consistants tels des volutes de Ducados, une intrigue au  tragique classique mais baignant dans le puits du ciel noir et de la terre radieuse des bleds chaulés  qu'écorchait si bien ,si fatalement bien, la voix de José. ce 4 Juillet nous serons en l'an 19 et deux jours ap. CDLI, et ce livre tombe à point. je ne tire que plus de bonheur d'avoir écrit pour "balada..." un texte qui tente de narrer comment nous vécûmes cette inoubliable nuit de 1990 qui chamboula la vie du festival et même de certains qui assitèrent à ce morceau de bravoure.vite, que viene lunes, que viene !

jeudi 23 juin 2011

Cuidámela (Trasmontes)

A Loli,

Una mañana ponemos la radio. eco. eco feo del mundo.
y esa misma mañana  apagamos la radio. hartos. hartos del rostro que adivinamos en cuanto se desgranan los ascos  que flotan ya en el aire. es el humano.  con su letania.con su ganga. ganga de la letania de las palabras que cuajan nuestros pensares.
« yo no quiero verla » decia Federico. la muerte del amigo a traves de la sangre derramada.
yo no quiero oirla. la fealdad de la voz que corre por las ondas.

Me llama la amiga. me dice. me dice que ha vuelto de Cadiz. y me cuenta. me cuenta argo del maestro Chano, de su fin de vida y del misterio florido de su escultura :

Las ultimas temporadas del cantaor son muy duras. por la enfermedad. por la esperanza que se vuelve resignacion. por las dificultades . de hablar, de jadear, de los ojos con la luz, de las noches sin dormir, del cansancio de los huesos ¿ quien sabia que los huesos podian doler tanto ? y de la ausencia de un amor. este amor es su ultimo amor. frente al dolor se ha refugiado bajo otra ala protectora y sana. ajena , sin mascara de la violencia de la vida que galopa fuera del cuerpo querido pero tullido, de los labios balbuceantes antes graciosos.
el la necesita por ultima vez. viene, musa y linda. viene con su nuevo pigmalion. por respeto . y saben que no desea que se escondan. relaciones sencillas, llanas. sin valores rancios. hablan, de todo un poco. dificilmente.  el cantaor  concluye dificilmente este ultimo encuentro, ordenando, al dirigirse al hombre y mirandola  con toda la miel que le queda en el mare nostrum de su corazon : « Cuidámela ».
Hombria de este « Cuidámela » caballeresco de pudor libertario. gaditano, puro, Chano.

Desde la muerte del dueño de los « tirititran », cada semana, viene una pareja con una rosa  recien cortada. el portero del centro de flamenco que linda la estatua  cuenta. cuenta que deja la flor en el puño de bronce entregado que acompaña  a los paseantes  hasta  la muralla de su Caí . cuanta que se inclina, tocando sus  labios la piel de metal, para susurar : « Cuidámela ».

Una mañana colgamos el telefono .
 y el mundo nos aparece tembloroso.

samedi 4 juin 2011

Un dimanche de(ux) papier(s)

Dimanche 29 Mai.
je n'ai plus faim, je rôte avec facilité et légèreté, pousse l'assiette que remplit encore un dernier rogagnon de tourtière grasse à souhait, puis j'attape comme à chaque fois cet éternel convive endimanché qui traine à table.
SOD.
on l'appelle comme cela depuis des années chez moi.
" t'as pensé à prendre le SOD ? merde le SOD ! faut que j'reparte chez fanfan le chercher...je ramène du pain pour ce soir ?"
le SOD, pour les impétrants c'est l'institutionnel Sud-Ouest Dimanche, fleuron de cette presse dite PQR, tout le mépris qu'on peut concevoir à son égard étant contenu dans les deux premières lettres de cet acronyme...
 attention ! SOD échappe en général à cette latrinisation. certains pensent et trouvent pourtant que la brillante équipée du début s'est étiolée pour n'être bientôt plus qu'une flanquée d'explorateurs poussifs des bordures vicinales. la vérité c'est que le journal tient bien la route malgré une refonte de la politique d'indépendance de la rédaction liée à des plans déconomie, de rationnalisation, de refonte des critères de...etc, etc, épargnons-nous  la litanie des jurons de gestionnaires dont les brain-storming regorgent . les plumes qui trament les papiers écrits par les actuels journaleux osent souvent la huppe érectile. dont acte.

 là, Dimanche 29 du mois de Marie, donc, le SOD en mains, j'ai les troisièmes phalanges déjà bien noircies quand surgit quelque chose comme un verre d' Orujo jetée sur la torpeur épaisse des braises digestives qui ensuque même nos abattis. Un article relate enfin la splendeur et l'importance d'une oeuvre et de son ouvrier fidèle : j'ai nommé Gabriel Okoundji.
 le texte s'intitule " De Congo et de Garonne pétri " . il est signé Danièle Hoursiangou et nous informe que le poète a obtenu récemment  le Grand prix de littérature d'Afrique noire comme avant lui Senghor, Amadou Hampâté Bâ  ou encore Boris Diop, par exemple. mon coeur, le garlochi , bondit de joie.
Okoundji est ce poète qui entraine dans sa maïeutique les origines et les territoires. les anciens et les hommes en devenir. la sensibilité et l'expérience. il écrit en français et en tengué, la langue natale.
paradoxalement ce sont les régionalistes qui le découvrirent et le traduisirent d'abord en occitan .
Il dit :
 " Je fais entendre la cosmogonie, je revendique mon animisme, dans l'ensablement des deux langues."
à la lecture de cette phrase, je baisse les yeux. je remonte le temps...

librairie Georges, Talence, il y a trois ou quatre années. Gabriel lit à voie égale les deux versions de ses textes. la foule, car il y a beaucoup de monde, se balance sur le dos de l'éléphant qu'elle ne comprend pas et se trouve percée de la flèche dont elle saisit le sens.imparable.
j'ai aussi le souvenir d'avoir travaillé avec Okoundji le médecin, le psychiatre lettré qui cite Genet en pleine équipe éducative pour parler d'un enfant de ma classe que nous voulions voir repartir au pays, en Afrique , pour qu'il cicatrise son histoire d' être brisé par le déracinement brutal, l'enlèvement à la grand-mère nourricière, à la brousse fondatrice et qui explosait de ne pas savoir comment répondre à ses frustrations imposées. plus tard, en lisant Tobie Nathan, j'ai mieux compris que nous avions certainement sauvé cet enfant grâce à lui.
il y eut aussi nos échanges autour de la poésie, ses encouragements devant ce que je lui fis lire...

en refermant ce bon vieux SOD du dimanche 29 Mai, j'étais heureux, j'en avais même oublié, après en avoir bien ri, la grande lèche limacière consacrée dans le même jour à  un " gardien" d'un " pays" où règne une "identité, un idéal chevaleresque...une éthique de vie", encensant celui qui ne "cache pas" sa " vision du monde, même si elle n'est pas en concordance avec la pensée unique", bref vous avez reconnu l'auto-proclamé " page de garde du toro" ( don't laugh..."je vous demande de vous arrêter" , gronderait le grand Ballamouchi ). car il faut le lire pour le croire, que celui qui s'appuie sur les interventions septiques de Marine Le Pen pour étayer sa "pensée"  voudrait pour les jeunes toreros recalés du Mundillo " la création d'un passeport universel " qui  leur permettrait d'accéder gratuitement à toutes les arènes du monde (don't cry...car "Dans toutes les larmes s'attarde un espoir " tel l'a bien dit et compris le castor).

Allez Gabriel, je ne sais pas ce que tu penses de "los toros" et ceux qui les combattent, mais merci pour tes mots du Dimanche 29 Mai.
pour ta dignité.
pour ta véritable stature d'homme de cultures, ici et là-bas, qui balaient les épigones du discours et de la parade. 

"...L'effort pour rendre l'autre fou

qui dit mieux, qui dit mieux dans cette fabrique du vertige ?
oyez ! oyez ! je t'haimne ! moi aussi ! que dis-tu miroir ?
- les Dieux veillent, les anges ne sont pas moins traîtres ! -

Zéralda ô Zéralda ville cruelle

ton ciel échange un corps contre une âme !


que personne ne se dérobe, il n'est pas permis de somnoler
- voici la règle du jeu, elle est parfaite -
une plume dans la main droite et dans la gauche la toxine
- avis aux œdipes ! -
et que commence le bal qui déchiquette les silhouettes
et que périsse toute voix qui balbutie le cri d'amour


Zéralda ô Zéralada ville meurtrière
les fleurs de ton paradis sentent bon ! "

(Gabriel mwéné Okoundji /  L'effort pour rendre l'autre fou / Juillet 2009/ poème écrit lors du PANAF )

nb : biblio de Gabriel Okoundji

Stèles du point du jour ; Dialogues d'Ampili et Pampou, éditions William Blake and C0 édit., 2011

La mort ne prendra pas le nom d'Haïti, éditions Ndzé, 2010
Au matin de la parole, éditions Fédérop, 2009
Prière aux Ancêtres, texte bilingue français/occitan, traduit par Joan Peire tardiu, éditions Fédérop, 2008 - (Prix Poésyvelines 2008)
Souffle de l'horizon tégué, destinée d'une parole humaine, poèmes audio sur CD, AFAC, 2008 - (Prix "Coup de Coeur 2008" de l'Académie Charles Cros
Bono, le guetteur de signes, éditions Elytis, 2005
Vent fou me frappe, éditions Fédérop, 2003, deuxième édition 2010
L'Âme blessée d'un éléphant noir, éditions William Blake and C0 édit., 2002
Gnia, (ma moni mè), texte bilingue français/occitan, traduit par Joan Peire Tardiu, éditions Cahiers de Poésie Verte, 2001
Palabres autour des paroles de Sory Camara, Presses universitaires de Bordeaux, 1999
Second poème, éditions L'Harmattan, 1998
Cycle d'un ciel bleu, éditions l'Harmattan, 1996 (Prix Pey de Garros 1996).

jeudi 21 avril 2011

Alimonade (VII)


A du duende, ..., tout chose où vibre ce rien qui est plus que l'âme, plus que l'indéfinissable spiritualité : ce rien qui lui prête je ne sais quoi d'étrange et de frémissant, occulte et profond, insaisissable et fuyant tout ensemble...qui leur donne ce ton tout autre, cet accent si étrange et profond, et néanmoins si vivement perceptible de l'intérieur, par le sens magique du mystère dont il jaillit...
...ce gémir, ce sanglot qui suspend le souffle...
là se glisse la petite bête mortelle, le duende, la grâce,...
cri qui touche parfois à son silence ; et parfois , gracieux comme un jet d'eau, par la vertu de sa lumière, déjoue l'attaque du taureau ténébreux.. Mais toujours en cette voix, en cet accent, une cadence mystérieuse "que l'air propage dans l'ombre".

Jose Bergamin / texte "Quelle terre est-ce donc ?" / inédit pour la revue ARC N°12-Automne 1960 / trad. de Pierre Emmanuel.

photo : Françoise Lebrun dans "La maman et la putain" de Jean Eustache.

addenda : à propos du "débat" autour du rapport sur la prostitution et le texte de Caubère que j'ai évoqué en commentaire sur CYR puis repris et , une question : je l'aime beaucoup Caubère et je nous aime bien en général , mais après réflexion, et après avoir revu Eustache...il était où le Philippe , nous étions où nous, en 2003 lors de la LSI (loi de sécurité intérieure ) notamment à propos de la pénalisation du racolage ? parce qu'on a donc maintenant des "victimes" , dont on éloignerai les "délinquants" par l'amende , qui sont aussi des coupables. mais personne pour soulever la contradiction... et l'iniquité de tout ceci, au détriment de ce qu'on n'ose plus défendre par trouille viscérale de se faire taxer de "bisounours" - insulte suprème, exaltation logorrhique du politiquement incorrect, qui  je rappelle est un propos d'extrème droite pur sucre - si on se réclame de la défense des minorités.
a ver...como decia el gran Juan Ramon : "A la minoria, siempre".

samedi 2 avril 2011

Agenda


Agenda
Samedi 2 Avril.
Penser à Frascuelo et à Juan Gelman.

La victoria


En un libro de versos salpicado

por el amor, por la tristeza, por el mundo,

mis hijos dibujaron señoras amarillas,

elefantes que avanzan sobre paraguas rojos,

pájaros detenidos al borde de una página,

invadieron la muerte,

el gran camello azul descansa sobre la palabra ceniza,

una mejilla se desliza por la soledad de mis huesos,

el candor vence al desorden de la noche.

( Juan Gelman / extrait de Gotan )




coeur ou douceur qui voles
sur ce recoin où enfermé je dors
de toi / avec moi / vers toi / âme claire
où l'on m'a reçu pour être lumière

ou pureté si grande d'être triste /
ou oiseau qui sort de lui-même comme
une âme qui brûlerait au milieu
de ton regard / pareillement

(Juan Gelman /  L'opération d'amour / citas y comentarios / trad. Jacques Ancet )

nb : photos de je ne sais et de Juan Pelegrin

jeudi 24 mars 2011

Hasta lueguito, Chulo


Certains lecteurs et autres amicionados, peu au fait - s'en tamponnant le coquillard aussi - des soubresauts de la blogosphère, m'ont interpellé , style : " Mais, il est où Chulo ? ".
Il est là. Précis, sobre et clair.

 My Dear Ludo,



c'est aussi en lisant ton blog, alors que le Deck me suggérait d'en ouvrir un, et après que, aussi bien toi que Xavier m'ayez « hébergé » que j'avais pris la décision de faire le mien.
Je veux dire que ce fut une expérience humainement riche et fertile en rencontres d'exception, aussi bien en France qu'en Espagne. Avec ces gens là, je saurai garder le contact par mel, s'il le veulent bien. Et puis il est vrai que j'ai reçu une poignée de messages de sympathie d'inconnus, oh, pas beaucoup et je n'ai pas besoin de mes orteils pour les compter sur mes doigts. A vrai dire, une main suffit, mais c'est bien.

Donc, après m'être sabordé, je ressens le besoin de m'en expliquer, par respect pour ces gens, et aussi pour moi.

Il est vrai tout d'abord que je recherchais un atelier d'écriture, pour me sortir un peu de mes Saints et Maudits, tout en progressant sur le thème, d'une autre façon. « Il faut écrire » me disait Pierre, cela t 'aidera à avancer. Et bien sûr, je n'aurai pas assez de ce qui me reste à vivre pour lire tout ce que je devrais lire sur le sujet. Donc, déjà, chercher à comprendre ce que moi même recherchais dans ce « labyrinthe ».


Sur les Toros, je pense n'avoir plus rien à dire, puisque Dédé lui même ne dit pratiquement plus autre chose que ce que nous disons depuis des années et sous ses sarcasmes. La même vague « vertueuse » est en marche en Espagne, tu le sais bien, et je me suis bien amusé à en démonter le mécanisme intellectuel et politique sous-jacent. Chef d’œuvre en péril ou Bien d'Intérêt Culturel contestable, dans l'état, et en accuser les seuls Zantis ne tient plus la route.


Sur l'écriture, dans son immédiateté, le blog fait transpirer les tics d'écriture, les trucs peut être. En tous cas, à l'évidence il faudrait bien plus travailler les textes, et se l'imposer. Et puis, je m'interroge aussi sur la forme de narcissisme qui préside à la chose. Donc, si je renouvelais l'expérience, je pense que ce sera après avoir réfléchi à une autre formule. Dans le tas, il y a bien peu de textes dont je suis « content », il y en a tout de même 4 ou 5.


Pour le reste, « mon noyau » dur a été informé de ma décision et de mes projets immédiats. Le blog est très chronophage et me détournait de ce que, maintenant, je considère comme étant un devoir. Dès que j'aurai progressé et fixé les choses, je vous en informerai. Objectif Aout 2011 à mon retour de l'Ile Rouge.


Le blog crée enfin une forme d'addiction qui pousse à produire, parfois dans la polémique. Cela me prenait pas mal de temps et d' énergie dans la mesure où, fils d'instituteur, j'ai toujours pensé « nécessaire » de m'expliquer et d'argumenter.


Donc, my Ludo, mes amis, à bientôt sur mel au téléphone ou de vive voix.

El Chulo

Hasta lueguito, Chulo.

vendredi 18 mars 2011

Vapeur



A Masanobu Takimoto, que je n'ai jamais rencontré.

Si la nuit existe. si la nuit.
Terre, l'horrible peau. l'oripeau. à la fois, dans un muscat de Venise et dans la boue de Myagi.
Lire, ni coutume, ni déréliction, panser. pur, penser. comme un Namban, peut-être.

Dans un trou
la lune
pistil gibbeux
se moque de ma présence.
selle ou sarcophage ? les cavaliers ne sont pas d'accord.

Les mots transent
la vapeur, nomment mortelles
toutes confusions,
la dernière écume
d'Hokusaï, la dernière écaille de Godzilla
les bribes de l'orient
à dos de poisson-chat-lanterne, arrivées
dans ces tumultes.

je ne sais rien de vous , loin
mais j'espère " l'apprentissage du peu "
dans chaque seconde.


"Les hommes savent tous qu'il y a la mort, mais c'est quand ils l'attendent le moins qu'elle fond sur eux, à leur insu. Ainsi l'on voit parfois s'étendre au loin des sables secs, mais à vos pieds la marée commence d'envahir le rivage."
( Urabe Kenko / Les heures oisives / Gallimard / Unesco Connaissance de l'Orient )
« Le monde est ainsi fait ; il est bien difficile d’y vivre et chacun sent la précarité de sa propre vie, de son habitation. »
« Les demeures humaines et leurs habitants rivalisent d’impermanence, disparaissent, et nous font penser à la rosée sur le liseron du matin. »
( Kamo no Chômei / « Notes de ma cabane de moine » traduit du japonais et annoté par le Révérend Père Sauveur Candau, postface de Jacqueline Pigeot / Le Bruit du Temps éditions, 2010 ).



nb : le dessin est de Kikuchi Yosai.

dimanche 13 mars 2011

Por sevillanas

- Ciego ?
- Si niño, que pasa ?
- Que a ti no te gustan las sevillanas ?
- Ojo, Flandul ! que si la ultima vez que me cayeron lagrimas , esa mañana mismito como gotas gordas, fue mirando a eso...



Pareja-Obregon ( Cartas iban y venian...pa' morirse, je veux qu'on m'enterre avec ça ! ), Matilde Coral ( sublime, et parfois les mots pèsent peu ), Rocio sa fille et son mari , Rafael El Negro.

- Pero, de flamenco, na' de na', Ciego !
- Atrevido ! y ezo ? que me dices ?



Bon, le son est pourri. vraiment. mais les yeux de Jose et la "fiera" que es La Carrasco !
question : Saura n'est-il qu'un petit maître ? pour ce qui est de la lumière et du son, je ne crois pas .
et sinon, j'avais envie de ces images pourtant vues et revues. que asi me vuelvan loko las sevillanas.
y punto.

samedi 5 mars 2011

CyR à Bordeaux


Avis à la population, Champs et Arènes, alias Campos y Ruedos, envoie ce Lundi un commando vite fait bien fait sur la région bordelaise pour présenter l'opus édité chez Atelier Baie. mazette !
c'est intra-muros mais ouvert à tous et organisé par.... par qui ? le club des torchons et serviettes ? la peña des aficionados invisibles - les meilleurs - ? on  ne sait pas, c'est vraiment le boxon ce site cosmopolite basé à CasasProductions Gulch ( nous avons des limes, nous avons des mouchoirs bleus, torosophe passe ton chemin ).
pour tout savoir et comprendre,  il faut cliquer là.
paraîtrait, paraîtrait hein , qu'on pourra s'y dépoussièrer le gosier.
 attention , ô sbires de la corrida impropre au toreo d'horloger, imparfaite donc passionnante, on sera  à Bordeaux, ne l'oublions pas. donc pas de trop de copeaux sioûplait dans le raisin.
je sais de quoi je parle. j'y vis, moi, à  La-stère-sur-fût ! merci.

mercredi 9 février 2011

QDEP, Señora...


"Loin du document, dépassant l'anecdote, l'art d'Hélène Peyruqueou, véritable poïétique des corps dans l'arène, séduit par son authenticité."
ainsi Mathieu Sodore mettait en exergue l'art de celle dont il a partagé les années d'apprentissage.
Hélène Peyruqueou est partie, trop vite. je l'ai juste croisée , quand elle suivait Rafa de Cazaubon à Ronda.
elle possédait la rareté du talent, je crois. la brûlure des artistes, aussi hélas. Le monde taurin a recueilli et profité de tout cela. ce monde-là peut  prendre et oublier comme une faena qui se délave dans le blanc des silences après un run run de mucha expectacion. à qui la faute ? pfffuiii, à cette heure tout semble futile face à la peine des proches et des amis.
Mateo a laissé quelques mots dans ma boîte, les voici :
Ludo,
Il y a 26 ans, en 1985, je publiais "De la tauromachie comme pratique artistique"; j'avais confié l'illustration à Hélène qui était ma meilleure copine aux beaux-arts et nous avons aussi réalisé des planches en "mano a mano". Je joins 2 pages du bouquin: une était en préambule un petit commentaire sur le travail d'Hélène, l'autre un de ces "mano a mano".
donc, pas de fleurs ici, juste deux belles images du travail qu'Hélène Peyruqueou a donné à la passion de los toros.
 pour se souvenir.
QDEP, Señora.


jeudi 3 février 2011

Alimonade ( VI et à E. Glissant )


"Le conteur mène cri de roche. Il terre au plus profond, c'est là sa verve. Ni vérité close, ni suc de l'instant. Mais la trace commune dont il faut déterrer le vent."

«Cri au monde poussé du plus haut morne et que le monde n'entendit, submergé là en vague douceâtre où la mer englue l'homme ;  Et c'est à cette absence ce silence et ce rentrement que je noue dans la gorge mon langage, qui ainsi débute par un manque : Et mon langage, raide et obscur ou vivant ou crispé, est ce manque d'abord, ensuite volonté de muer le cri en parole devant la mer.»

Edouard Glissant ( 21 septembre 1928 / 3 février 2011 )





nb : photo du "Chocolate" de Manny Rocca et photo extraite du documentaire "Édouard Glissant : un monde en relation" de Manthia Diawara .

lundi 17 janvier 2011

Une main de jasmin



"...No hay en la tierra mora
Jazmin mas tierno."

Para nuestros compañer@s de Tùnez, le hechamos desde la barra del Ciego - cerrada pero siempre en alerta -  cante y  bandera flamenca por la voz y una mano de Camaron (como siempre visionario...).
la letra viene de Francisco Diaz Velasquez y la foto es de Jean-Louis "Loulou" Duzert (Mont-de-Marsan ,juillet 1990) .

nb : ojo al toque del Tomate !