
photo de gilles Gal
revue "Toros"
n°1326/n°1565
novembre 1997
rubrique "Les planétaires du toro"
texte de françois Bruschet et jacques Aubergy
"La
finca, facile à trouver, se trouve après Ciudad Rodrigo, à la sortie de Fuentes de Oñoro, sur la route menant à Aldea del Obispo, tout à côté de la frontière du Portugal.
Il est treize heures lorsque nous arrivons.
Don Alfonso se réveille, les cheveux en bataille. Il est rentré cette nuit même d'un long voyage d'un mois. Il redécouvre sa maison et , entre deux toussotements, s'inquiète de la disparition de son coq, de l'état de ses vaches, de son ouvre-bouteilles qu'il ne trouve plus.C'est dans la salle à manger, en compagnie de ses deux filles, qu'il prend un rapide petit déjeuner.
En feuilletant le n°1558 de la revue que nous lui avons apporté, il contemple son portrait vieux de trente ans maintenant et s'exclame : " Sur cette photo j'ai l' air de droite ! ". *
...
Nous investissons le 4X4 pour une première visite du
campo. La voiture est dans un sale état : plus de vitres, plus de portes, le capot qui ne ferme plus est entièrement cabossé ainsi que l'avant du véhicule :
"Vous voyez , ce qui manque a été enlevé par les taureaux ! mais ne vous inquiétez pas, tout se passera bien..."
Au fur et à mesure de notre progression, Navalon nous parle de l'
encaste Graciliano, de son type, de ses caractéristiques tout en s'inquiétant de l'état de ses bêtes.
La visite des vaches fut un véritable régal. Leur propriétaire les connait toutes et nous enseigna leur caractéristiques diverses. celle-ci , de présence spectaculaire, est jugée
destartelada, hors du type, mais telle autre, dans le plus pur type
Graciliano, nous est décrite avec minutie, avec passion.
Il suffit d'être avec lui sur ce sol de taureau et de chênes pour comprendre que là est sa vie, ici est sa passion... Navalon est "par les 4 côtés", un homme de la terre, un homme du
campo.
Don Alfonso ne ménage d'ailleurs pas sa peine pour nous faire découvrir sa propriété :
"Ceci n'est pas un
campo de toros. C'est un de mes caprices. Il appartenait à mon arrière grand-père et lors d'un partage familial je l'ai choisi, je m'y sens bien."
Le lieu est tout à la fois paradisiaque et mystérieux, mystique même. On a vraiment l'impression d'être au bout du monde. Qui plus est l'endroit conserve les traces émouvante de la présence d'un ancien village médiéval. Il y a des murets du VI ou VII° siècle.
C'est d'ailleurs de cette période que dateraient les différentes tombes éparpillées, ça et là, à une centaine de mètres des restes du village. Navalon, qui a le sens de la mise en scène, se couche dans l'une d'elle et nous déclare en éclatant de rire : "c'est ainsi que mes ennemis aimeraient me voir !" **Il est 19 heures et le soleil commence à faiblir. Des traces sur le sol nous indiquent qu'une
pelea récente vient de perturber la vie de groupe que nous avons du mal à localiser au milieu de la végétation. Heureusement le tout terrain nous amène au coeur du troupeau. Don Alfonso coupe le moteur, descend de la voiture, s'approche de ses protégés, leur parle, tente de les caresser.
Il se retourne, nous sourit. Nous l'avons senti serein. " ***NB : Alfonso Navalon est décédé en Août 2005.
*Hojea el n°1558 de la revista que le hemos llevado, y exclama al contemplar su retrato de hace ya treinta años : "en esta foto tengo aire de derechas" .
** Pues de este periodo se puede fechar las tumbas diseminadas, aqui y alla, a unos centenares de metros de las reliquias del pueblo medieval. Navalon, que tiene un sentido agudo de la puesta en escena, se tiende en una de estas y nos declara mientras se carcajea : "asi les gustarian verme mis enemigos !"
***da la vuelta, sonrie. Nos aparece sereno.