dimanche 30 novembre 2008

"Tout idéal d'un bâton est d'être dans la main qui le brûle"



xavier klein , dans sa brega, a ouvert une série de post ("histoires de piques") qui permettront de balayer l'histoire du « palo », ce morceau de bois issu de l'arbre protecteur auquel nous sommes tant redevables pour l'intégrité et la perennité de la tribu.
bizarre ? non, car au bout ce de développement historique et symbolique il y a son souci de montrer l'importance du premier tiers et les dangers de sa dégénérescence . Si l'homme a dès le départ affronté le taureau à l'aide d'une lance il faut en connaître les raisons épistémologiques à l'heure où cette phase du combat se dilue dans le non-sens. En effet, quel sens garder à une rencontre qualifiée de « symbolique » quand justement tout le symbole a disparu ou plus exactement ne revêt plus qu' une importance anecdotique, vite déclinée , avec de moins en moins de respect pour certains canons de son exécution aux yeux des officiants (j'inclus dans cette catégorie ceux qui acceptent de « s'encercler «  dans une arène, c'est à dire le public, élément permanent ternaire du drame).

bien sûr, quand on se « coltine » (avec délectation )quelque chose de cet acabit, les portes de la réflexion s'ouvrent alors sous les coups de rafale de la pensée rhizomique.
Pour moi, immédiatement, le bâton c'est c'est celui de la marche en montagne.
peut-être le makila.
Ou encore le « baston de mando » des amérindiens ou des patriarches gitans.
Et puis surtout, les”palos”, ce sont les styles qu'on retrouve dans l'arborescence du cante.
arbol del cante. à chaque ramure un "palo".


Et enfin, c'est celui où serge pey écrit des poèmes.
Voici ce qu'en dit yves le petispon sur le site d'emmanuel riboulet-deyris "l'astrée » :


« Serge Pey emploie des bâtons. Il y inscrit ses poèmes avec de l'encre noire et de l'encre rouge. Il y marque des figures . Il y trace des rythmes.
Ces bâtons sont de longs piquets de bois qu'il polit, puis qu'il peint.
Il les tient dans les mains quand il dit ses poèmes. Il les lit. Il danse avec eux. Ce sont ses armes, ses compagnons, ses âmes.
Voilà trente ans que Serge Pey emploie des bâtons. Il en fait des fagots. Il en pend à des murs, à des portes. Il les installe. Il les dispose sur des sols, dans des pièces, autour des arbres, ou des pierres. Il tient le monde face à lui, à bout de bâton. Il le contacte par le bâton. Il s'y enfonce à coups de bâton. Il rythme sa marche en lui par le bâton. Il l'exorcise et le captive par le bâton.
Ses bâtons lui viennent des chamans, des rêves, des mythes, des sourciers, des bergers, des enfants.
Ils sont le lyrique trait.
Je les aime d'autant plus que je faisais des bâtons, étant gosse, pour des combats. Le plus gros était un totem peint au minium...
Quand je tiens un bâton de Serge Pey, j'ai en main l'amitié, le rite, le souvenir, le bâton de berger qui m'a effrayé, dans un grenier de mon grand-père, et qu'enlaçait un serpent sculpté.
Ces bâtons font mémoire. »

maintenant, si on creuse ce qui fait résonnance entre le comptoir d'ici et l'oeuvre de pey on trouve maintes raisons d'en faire un « oublié » des approches officielles des rédacteurs de la liste des auteurs estamplillés comme « compagnon de route » de nos aficions ( le ciego ne crache sur rien, il se contente de rétablir les marges de la liste, les dépliures de la doxa, les lambeaux de l'affiche ) .

pourtant, dans la bibliographie de serge pey on trouve ainsi directement des liens avec les taureaux et le flamenco.
tout démarre avec « tauromagie/ Copla infinie pour les hommes-taureaux du dimanche » , pièce théâtrale écrite en 1995 et porté à la scène par le cornet à dés sur une mise en scène de jean-pierre armand.
C'est aussi la première aventure d'un texte de l'auteur avec des artistes importants du mundillo flamenco de sa ville de toulouse.
La première version de “tauromagie” sera portée par le baile cathartique de la morita, le chant de mariano zamora,la musique de salvador paterna, le capote de stéphane pons. Viendra se greffer par la suite la guitare de kiko ruiz.
l'aventure sera noce et toujours fidélité entre lui, elle, eux.
stéphane pons et corinne "la morita". arte (muusho !) y aficion !


Mais de quoi s'agit-il ?
L'oeuvre s'engouffre dans l'histoire de la bailaora de toulouse « la joselito », fille de réfugiés politiques et baptisée ainsi par le torero le plus célèbre de la dynastie des « gallos » parce qu' enfant, elle l'impressionna en dansant pour lui et que , partant de là, il lui offrit de porter son apodo.
Quelque temps plus tard jose gomez mourait sous la corne d'un taureau de la viuda de ortega. le nom de la bête, « bailador », (danseur)permet à pey de créer une cosmognie où lui-même s'intègre, à travers la revendication de sa généalogie : ses parents lui ont transmis la mémoire de l'anarchisme expulsé de l'espagne franquiste à l'instar de ceux de la joselito.
Cette géné/analogie dont il est friand emporte le texte vers des sommets de souflle martelé.
Mais ce martélement est relié à la terre, instinctivement tellurique.
Ainsi de la joselito il dit qu' "avec son zapatéado elle lisait la terre avec les pieds ».
il continue en psalmodiant « nous avions une bouche / à chaque pied/qui nous appelaient à creuser/des zéros/où des yeux nous regardaient ».


mais ce n'est pas tout.
serge pey récidive en 2000 avec « les aiguiseurs de couteaux » (éditions des pollinaires). récidive, car la joselito est décédée deux ans plus tôt et pey entreprend, avec ce long poème, d'accompagner sa disparition d'un hommage posthume qui ne dit pas son nom, où il reprend la mythologie des hommes taureaux du dimanche.

“Toi qui défais le cercle qui me fait ne me défais pas
c'est lagartijo et frascuelo les deux danseurs de la terre
Toi qui défais le cercle qui me fait ne me défais pas
c'est muchacho un taureau enterré dans le ventre de la terre
Toi qui défais le cercle qui me fait ne me défais pas
c'est le 28 mai dans le ciel bleu de la terre
...
Toi qui défais le cercle qui me fait ne me défais pas
ce sont des marécages de cheveux dans la neige rouge de la terre
Toi qui défais le cercle qui me fait ne me défais pas
ce sont des gitans de cordoue de pure veste et de terre
Toi qui défais le cercle qui me fait ne me défais pas
c'est la corne sous-marine du taureau rouillé de la terre
... “
(extrait du chant des palmas dans « les aguiseurs de couteaux »)


serge pey n'a pas fait que simplement se frotter l'écriture à l'espagne.
Suite à cette publication, il cofonde une troupe ,en espagnol éponyme, «  los afiladores ».
Sur scène il y a toujours zamora, mais cette fois-ci avec juan jimena ou jose mena. Et l'auteur, of course, “bâtonnier” chamanique.
De cette équation de personnalités brûlantes naîtra aussi “nous avons porté la montagne sur notre dos” dans un temps de scènes intenses, notamment à la cave poésie toulousaine, haut lieu de la parole.
On s'y rassemble autour d'une roue de rémouleur, celle de l' oncle de pey, aiguiseur de lames du quartier de st cyprien.
Pey taille des fils dans la mémoire collective pour en mieux voir la trame invisible, celle qui a occulté tout un pan de la lutte et de l'exil des républicains d'espagne. il les amène à resurgir pour tisser des cordes qui relie ses bâtons entre eux.

aiguiser le poéme.


Plusieurs spectacles seront ainsi montés et montrés notamment à uzeste car l'auteur est de la famille affectivo/poémolitique de bernard lubat (de même qu'il est dans la parentèle de beñat achiary et son erriko festibala ) .

"Méthode de guitare à José Mena

Si tu veux encore jouer pour elle
place ton chapeau
sur ta guitare
pour cacher tes mains
Tire des cordes
dans l ‘encadrement
d'une porte
et fais une guitare
de toute ta maison.
Jette tes mains
dans le puits de ta guitare
pour qu ‘elles rencontrent
leur double dans le jour
Fais remonter tes mains
du fond de ta guitare
puis défais les cordes
par l'intérieur de la caisse
et commence seulement à jouer
sur tes propres mains."

(in « les aiguiseurs de couteaux » ibid)


à l'époque des aiguiseurs.

Aujourd'hui le groupe est dispersé, les chemins où poussent des bâtons perdurent vers d'autres constellations mais sans rien perdre de leurs azimuths.
Il reste la vitalité de la scène flamenca toulousaine.
Il reste la cavepo de rené gouzenne où heureusement los toros n'ont toujours pas la couleur des infamies du prosaïquement correct.
Il reste les poèmes/actions de serge pey.
Il reste ce compas de voûte plantaire qu'il enfonce dans la bouche de celui qui l'écoute.
Il reste ce limon du delta du taureau et des hommes qui dansent sa mort et que le poète sait fouiller. Il en enduit chacun de ses mots. enfin il les enflamme.

nb1 : une bio de pey.

nb2 : dans le lien sur gouzenne on trouvera un beau texte d'isabelle soler qui ne doit pas être oubliée comme acteur important de la scène de la danse toulousaine. son frère perdro , guitariste, accompagna la joselito entourée de pepe de la matrona et el niño de almaden dans le classique " les riches heures du flamenco".

nb3 : un lien vers une vidéo de tv oc où on voit serge pey en action devait figurer ici. ce soir ça ne marche pas. demain...si je m'emmêle pas les bâtons.

nb4 : le titre est extrait d'un texte de serge pey.

11 commentaires:

bruno a dit…

Caviar

Marc Delon a dit…

Puisque bruno a instauré le commentaire évocateur lapidaire, je l'imiterai :

Brandade

ce qui pour un Nimois est nettement mieux que de la progéniture d'esturgeon. Merci pour cette contribution très intéressante. Je voulais agrémenter mon blog d'une couillonade légère, du coup je suis un peu inhibé... Bon ben, sinon, lapidaire j'ai pas pu on dirait...

ludo a dit…

merci les gars, ici , au comptoir, les commentaires culinaires sont, vous vous en doutez,de meilleure bouche qui soit.

ludo

bruno a dit…

Marco,

Je ne suis pas un nectar juste un ersatz

Xavier KLEIN a dit…

Ludo,
Tu es un dieu sauvage et incandescent. Le chamane des campos qui par les rombes magiques appelle le feu...

ludo a dit…

tant que je ne suis le rombier des rombières...
j'attends avec impatience le numéro trois (tu te dois de faire un numéro trois, sinon nos théories sur la permanence de ce chiffre dans nos arts sans alphabet ne tient plus debout).
un abrazo à tous.

ludo

mathieu a dit…

Ludo, je profite de ton blog pour dire à xavier combien j'apprécie sa prose (non seulement la pertinence et la profondeur de ses propos mais également une érudition, un ton, un style, un amour de la langue qui le rapproche non seulement des meilleurs "lidiadores" (cf la brega") mais aussi des Curro et des Paula. Enhorabuena!
En revanche il me semble que la photographie genre carte d'identité de premier communiant avec un ciel que même le plus maladroit des peintres du dimanche n'oserait peindre qui accompagne les commentaires éclairés et éclairants de l'ami Klein devrait être sans délai remisée aux oubliettes...
(l'image peut avoir autant d'importance que les mots...)

Con afecto

Mateo

PS: J'attends également avec impatience le "trois"

Anonyme a dit…

Ludo

hace tiempo que no escribía. Suelo entrar con cierta regularidad, pero la barrera ligüística es lo que tien.

Me he acordado de ti en primer lugar porque es probable que este fin de semana suba a madrid con mi mujer y quedemos con La Condesa y demás amigo de su blog que se animen. Te echaremos de menos.

En sefundo lugar porque he visto una entrad sobre Nimeño II que te lo dedican. Sé quién fue y lo que le pasó pero tampoco le recuerdo torerando. Era joven (nací en el 80) y en la tele siempre ponían corridas de los de siempre y a plazas solo iba a la de cáceres y no recuerdo que viniera a aquí. No sé de dónde te viene la relación con él o si es pura admiración. en cualquier caso una pena.

Seguimos en contacto, camarada

Andrés de Cáceres

ludo a dit…

hombre, andres !
que placer de encontrarte de nuevo por la barra mia !
me alegro.
hablando de barra, creo que vais a pasarlo bomba en la villa y corte este fin de semana con la condesa. seguro que ella os va a traer en sitios de lujo para el aficionao. como me gustaria juntarme a esa cuadrilla.
espero que lo hare con vosotros un dia de estos.
tengo un muy amigo mio frances en madrid que alli trabaja y seguro que iré commo el año pasado a darle unas visitas el año que viene . en 2008 fue cuando toreo morante en mano a mano con el pana y pase 4 dias de locura. ojala que nos juntamos para otro acontecimiento similar .
en cuanto a nimeño , fue un torero muy importante para nosotros , los de esa generacion, la suya o casi la suya. representaba valor, oficio, integridad, arte y pasion. cuajo el año de su cogida por el toro de miura una gran tarde en nimes con toros de guardiola de la gran epoca de esa ganaderia.
su desaparicion dejo impacto, cerro una decada que venia detras de otra que fue determinante para la aficion y la fiesta en francia.
pero su heramiento perdura con todos los toreros galos que ahora no tienen que dar carné para vestirse de oro (o de plata). bueno , a mi el castella no me dice na de na pero reconozco que sin los nimeños, los varin , los chinitos, los casas... de esa epoca no seriamos a este nivel.
un brazo fuerte camarada.
un saludo a mayte y a a la condesa de mi parte. no olvidais de brindarme una copa.

ludo

Xavier KLEIN a dit…

Merci à Ludo et à Don Mateo,
C'est trop d'honneur. J'essaie simplement d'être un quart aussi esthète des mots que Mateo l'est avec son pinceau.
D'ailleurs, qu'il me fasse un dessin à la plume et je remplacerai la photo (effectivement d'identité) kitsch.
Enfin, avec moins de rides qu'un certain alguazil quand même.
Précipitez vous sur CyR où Don Tomas THURIES attaque la face nord de l'histoire des encastes en solo.
C'est pas l'Everest (Cossio) mais presque l'Anapurna.
Ne perd pas tes gants Thomas...

Anonyme a dit…

Pour stephane pons si pocible...jaimerais pouvoir vous contacter.ke mapelle arthur pons,jai 17ans,je suis d ile de france,a cergy,mais je vie a nimes,et je suis aprentit torero a lecole de nimes.je vous connais car il y a deux ans jai fait un stage chez olivier fernay et ma dit que une annee vous aviez tuer deux toros a barcelone.jaimerer prendre contact avec vous.mon numero : 0686985819