lundi 3 novembre 2008

Alborea ( là où l'aube n'a plus d'importance )

las alboreas sont les chants des noces gitanes.
l'éthymologie ( "alba" , l' aube ) n'engage que supputations vers des interprétations éloignées de l'utilisation rituelle de ce cante : chanter pour les fiancés au premier petit matin de cette nouvelle vie qui démarre parait symbolique mais n'a pas de rapport avec ce qui motive une alborea à l'origine, c'est à dire la célébration dans les letras de l'hyménée, suite à une défloraison manuelle qui doit prouver par la présence de taches de sang sur un drap, que la novia est bien vierge au jour dit.
cette tradition, c'est une femme âgée, la picaora, qui s'en charge en pénétrant la promise avec un doigt de la main droite recouverte d'un gant. le sang recueilli est ensuite utilisé pour tacher un tissu blanc en trois endroits . c'est la boà al deo.
il va sans dire que tout ceci n'est plus automatique et que beaucoup de familles s'en passent.
mais une union gitane sans la beauté des alboreas qui raconte de manière imagée cette cérémonie, ce n'est pas possible :

en un prado verde
tendi mi pañuelo
salieron tres rosas
como tres luceros


(dans une verte prairie
j'étendis mon mouchoir
sont apparues trois roses
comme trois étoiles)

d'autres temps forts accompagnent la cérémonie ( la farine, les sucreries, les pétales jetées sous les pieds des amants, le lancer de la toronja -gâteau en forme d'anneau- par la fiancée, la portée des nouveaux mariés sur les épaules des invités, les chemises déchirées et les jupons découpés exhibés ensuite comme des trophées...).
la boisson est abondante et la nourriture, elle aussi en quantité, permet de faire durer la juerga qui s'ensuit toute la nuit, parfois même plusieurs jours.
éclateront alors les bulerias puis les chants de la gravité et de l'envoûtement - solea, siguirya - nés de l'épuisement qui est souvent à la fois le pire et le meilleur allié du duende avec les acuités - exarcerbées les unes, émoussées les autres - particulières dues à l'alcool.

longtemps on a considéré que l'alborea ne devait en aucun cas se chanter en présence des payos, des non gitans. par peur de porter malheur, par volonté de ne pas galvauder les traditions les plus secrètes.
outre le fait que cette tradition de la défloraison manuelle a depuis été attestée historiquement dans beaucoup d'autres lieux du pourtour méditerranéens (et ce bien avant l'arrivée des calé en espagne ) , la divulgation à travers des enregistrements sonores et mêmes visuels de l'éxécution de ce chant, montre qu'aujourd'hui cette époque est révolue.
et c'est souvent avec fierté que les jeunes gitans tiennent à montrer à leur communauté, au-delà aussi d'ailleurs, qu'ils sont fiers de leurs origines et que ces mariages, et donc le moment particulier des alboreas, sont un moyen d'affirmer son enthousiasme, son orgueil même, de convoler selon un rite où se mélangent le païen,le chrétien et le gitan.
" bodas de sangre " d'après lorca. la cérémonie dévoilée et esthétisée par le maestro antonio gades.


en général il faut distinguer musicalement, les alboreas de boda qui sont des chants collectifs de celles que gravera un cantaor pour une anthologie par exemple (agujetas , anthologie ariola "medio siglo de cante flamenco" ).
dans ces alboreas collectives, il y a un moment important et rare en flamenco, c'est la reprise en choeur, à l'instar des fandangos del alosno, d'un refrain dit "cané".
le style de ce palo s'apparente à la buleria lente ( pa' escuchar ) ou à la solea por buleria. mais on peut en trouver chantée por tangos ou por sevillanas.
ce sont donc surtout les paroles qui vont déterminer si on est en présence d'un chant de noces.

les alboreas, bien évidemment, sont considérées aussi en fonction de leurs origines géographiques sur la cartographie des chants :
il y a celle de séville, la gaditana (cadiz) , la de grana' (granada), de jerez, de lebrija, de utrera, , de cordoba, de jaen.
étonamment on considère que la plus pure , la plus riche en référence aux variations et aux nuances qu'elle conserve, est la version de la région d'
ecija.
Ce qui est étonnant c'est que "la poële à frire" d'andalousie , la ville aux multiples giraldas ( neuf campaniles de mosquées reconverties, les sévillans peuvent aller se rhabiller pour une fois ), n'est pas spécialement connue pour être un creuset dans la formation ou l'évolution des chants.

Le document vidéo montre cette manière contemporaine de mélange des genres sans pathos qui permet à la niña pastori et à diego el cigala, de chanter por alboreas lors de la phase religieuse d'une boda gitana.
dans l'enceinte d'une église, les mariés écoutent avec délices l'honneur que leur font les deux artistes, les invités donnant un peu de compas et de juerga en entonnant, en coro cané , l'estribillo ( le refrain) et cadençant le rythme d'une cérémonie qui ,on s'en doute, se poursuivra au-delà des heures où l'aube n'a plus d'importance.

¡Olé salero, lo que ha llovío
las calabazas se han florecío !

¡Olé salero, olé salero,
que bien le pega a la novia el velo !



4 commentaires:

bruno a dit…

Me gusta mas que un vaso de fino!

ludo a dit…

pues me trago un sorbo contigo, compañero bruno.

ludo

Anonyme a dit…

Ludo, el que está sembrao con la camisa por fuera y el corbatón es Dieguito, señal de que se la había pegao ya previamente a la ceremonia pues le conozco muy bien y no veas cómo quiero yo a ese niño. La Pastori, también bien, sabe mucho, y a Josemi le encuentro sin ganas, como desganao, no sé...

La condesa de Estraza

Marc Delon a dit…

Ludo tu vas me trouver curieux mais d'où te viens cette culture des gitans, ce savoir a leur égard, etc ...? D'où viens-tu toi-même ? quel parcours ? j'aimerais bien te rencontrer : tu es loin de Nîmes ?
Et OUi je suis curieux !
marcdelon30@orange.fr