mardi 27 juillet 2010

Lettre à Chulo ( Orthez le 25 Juillet )


Mon cher dear Chulo,

Je pense à toi dans l’ile du Ravinala, l’arbre de la légende qui sauve le voyageur imprudent ou prétentieux. Dimanche , sous ses vastes feuilles tu as certainement eu le cœur pincé. Tu aurais voulu être aussi à l’ombre de la tour Moncade. Le monde est petit mais nos cœurs sont vastes. le tien est fait de terre rouge où se côtoient la sarandra et des taureaux braves. Et bien dimanche ton cœur était au bon endroit. Car sur l’aride sentier d’une aficion toujours plus désolée de tant de mirages et de faux semblants nous avons trouvé la poche d’eau salvatrice dans la gaine orthézienne. Un réduit où suintaient la rage et la bonté. Tranco y pelea.

Mais je te raconte : au début il y a eu 5 Saltillos d’un autre temps on dit certains, d’un temps de chiotte ai-je complété. Je me suis empressé d’ajouter : Tout doux, tout doux, ne dit-on pas qu’après la pluie… ?
Puis vint le temps des ripailles. Elles avaient lieu à La Moutète, salle mythique des cinq majeurs orthéziens qui résonne encore des coups de tromblon de Duquesnoy et de gueule de Larrouquis, des clameurs devant les passages de jambes de Don Freddy et des moulinets de Mathieu Bisséni. C’était aussi la salle où se tenait le matin des matchs le marché couvert ! le soir ça sentait encore la litière à lapin et la fiente de canard. On vivait le match à moins d’un mètre du bord du terrain et jusqu’au faîte de métal l’air tremblait quand à la suite d’une erreur d’arbitrage les pieds des supporteurs martelaient le tubulaire et les planches en bois, montés à la va-comme je-te-pousse ou bien il vibrait quand Ortega, Perpère ou les frères Gadou enquillaient les lancers-francs sous les chœurs entonnant « les enfants du Pirée ».
Aujourd’hui, derrière des portes vitrées battantes, tout est repeint de bleus plats et baigne dans une hygiène ripolinée de moyen aloi. Je n’ai pas vu une plaque, un rappel...la mémoire est pourtant le " bourdonnement le plus essentiel "  (Char ? Aragon ? ) de nos avenirs, non ?
On avait faim, les discours s’enchaînaient comme on fabrique les banderilles, un par un. Heureusement les flacons distillaient du baume aux joues. Je te fais un ersatz de panoramique : à ma gauche Bernard et son éléphantesque lobe temporal alliée à une érudition vineuse charnue comme un vieux cep de Baco et devant le père Larrieu, un compère aussi fou de raisin, derrière Jaydie, à la barbe fleur et cendre et au coup de photo imparable et à droite une petite fille avec des yeux qui  me disaient de toute leur pupille « merci monsieur de ne pas aimer les desserts ». Plus loin, en vrac , le camposyruedo’s band, des  femmes belles ou jolies, causantes et apaisantes como siempre et deux jeunes aficionamoiseaux que j’avais intronisés gardes du corps dès le début des hostilités : Luc et Antonio , mi nieto. Tu aurais pu te mettre en bout de table et nous parler de Curro vasquez, de manuel Azaña et de la recette du ravitoto.

Puis café, copa y a los toros.
Tu vois rien que du cousu main, du classique.

Au Pesqué il y avait du monde sans excés, mais à part à Madrid je préfère quand il y a des trous dans les travées. On peut descendre à moindre frais et se payer une delantera de rapine. C'était le cas. J’ai passé la course à côté de Loli. J’aime bien parce que, croisent de tels sampans de souvenirs communs dans notre hispanofolie qu’on a les mêmes silences. On a juste fumé des Craven A au quatrième taureau . C’était le tour de « Carafea », le frère d’armes de « Burgales », de »Cigarrero I» et "II", de « Langosto » et de « Clavisero". Avec nous il y a avait aussi François. un vrai grand gosse de Toulouse en tong qui regardait les Aguirres de la tarde comme si c'était des pommes d'amour. D'ailleurs, à un moment, un minot est venu comme lui glisser ses yeux en bord de barrera parce qu’on avait le toril juste à main gauche et que les morlacos qui sortaient étaient beaux. Juste beaux. Ils étaient sérieux parce qu’on leur avait agrafé une devise pétrole, le deuil de leur père. La mère était là, Doña Dolores. Impavide et souriante sous les hommages tout à l’heure au moment des agapes et maintenant heureuse du vacarme que produisaient son encierro.

Des hommes à pied et à cheval aucun ne démérita. Miletto, Lamelas furent crânes. Fandiño et son genou de roseau , ses desmayos surprenants parfois au milieu de la houle électrique qui courait de la queue au naseaux humides des taureaux, m’a plu. Il y avait aussi devant nous un père fier parce que son fils venait de piquer loyalement un seigneur de guerre. Il y avait surtout la tension du plaisir qui ne pouvait qu’exploser à la fin, au bar sous les arènes, une bière fraîche à la main pour deviser avec Jaydie qui ne comprend toujours pas pourquoi on aime ce truc « machinal » qui nous bouleverse et qui par ricochet lui paraît si intéressant. Je crois que dans ces moments-là il faut savoir être honnête avec son bonheur. Ne pas lui tailler des croupières.

Ce fut une vraie tarde de toros. Un grand jet de caste sur nos plaies d’aficionado. On pouvait danser torse nu sous les langes nuageux de la lune. Tu aurais aimé. Je pouvais fermer les yeux, les plumes de la volaille des étals de La Moutète n’avaient pas toutes disparues. 6 paires de cornes venaient d’en éventrer un sac, oublié dans la souille au souvenir qui  "est un amour tamarin / Tel un fruit acide, il paraît insuffisant mais / Il en reste toujours /Dès qu’ (il) n'est pas là / J'accours à (sa) recherche" ( Hainteny de DadaRabe ).
Voilà.
Allez, prions my Chulo, nous les athées, les dieux animistes ou celui du Père Pedro pour que nous continuions la quête.

Abrazo.

Ludo

Ps : je te glisse ue photo de Laurent Larroque pour que tu en croies tes yeux.

7 commentaires:

velonero a dit…

Olé, Ludo, que arte!

Anonyme a dit…

Jjjjjolé !


GGDTET

La condesa de Estraza a dit…

Chaca-chaca, porróm, porropopóm.
Pero vamos a ver, Ludo, ¿cómo es posible que se maneje aquí con tal puntería el mito del trabuco naranjero?
"Ole,
ole y Holanda,
por donde voy mire usted
si yo tengo salero,
que me sacan en volandas
lo mismo que a los toreros".

¿Sabe alguien si ha vuelto El Chulo del veraneo?

La condesa de Estraza

el chulo a dit…

ahora vuelvo condesa y se lo contare aqui a ludo.

y tambien le escribiré una carta.

mais bon ludo, cette lettre me met un baume au coeur d'amitié, comme bernard qui m'informait de son existence.

donc, j'essaierai, my friend, d'être à ton niveau.

d'amitié celà devrait faire aucun doute, de talent, c'est autre chose.

en tous cas j'ai pensé à vous, c'est sur.

merci d'etre vous et de votre talentueuse amitié.

ps: je ne suis pas sûr que les zebus embistent.
pss: les catalans ont voté!gloire a cette andouille d'esperanza et bon vent!

FiX a dit…

encore du cousu main. OLE!
et merci pour ton soutien en d'autres lieux de palabre

El Coronel a dit…

Chulo, amigo ya de vuelta y tu tan callado, estaba ya pensando que te habias quedado para siempre en La Isla Roja. Bienvenido. Ahora nos toca irnos a los demás.
Abrazos
Salud

ludo a dit…

gracias a tod@s por pasar y dejar algo sobre el mostrador.
GGDTET, vd quien es ?
abrazo.
un beso condesa y la letra , preciosa. gracias.

ludo