dimanche 5 avril 2009

duendéicide



alors nous y voilà.
aux frémissements de la saison du taureau.
« la gran temporada » écrivait fernando quiñones.
pendant l'hiver j'ai remisé à plusieurs reprises la nécessaire invite de mon cher solymoscas à tarauder l'idée que le duende s'agite entre ce qu'en dit sanchez ferlosio ( " La telúrica pedantería del narcisismo andaluz, por la que pretenden que sólo ellos pueden llegar a sentir y comprender plenamente lo suyo" ) et ce que ne montre pas morante de la puebla.

mais qui se fiche précisément dans les tuméfactions de la chair d'un escolar gil littéralement cloué par l'épée déicide de jose prados el fundi dans une croix parfaite.


et puis, aujourd'hui , il y a ce texte d'olivier : « l'enjeu de l'aficion ».

dont je tire ces lignes :

« Il n’y a rien de pire que d’aimer la corrida sans mesurer pleinement ce qui s’y joue. Oublier le sang que l’on y verse tous ensemble. Tous, sauf le toro. »

peut-être que , parce que nos chemins initiatiques en aficion strient la peau d'une carte d'une même espagne, j'ai tendance à me retrouver dans ce qu'il écrit , je suis caillou après caillou son propos et j' y accroche mon mouchoir.


« mes amis, voyez je me meurs;
mes amis, je suis au plus mal.
J'ai mis trois mouchoirs sur mon coeur
et j'en ajoute un qui fait quatre »

lorca , encore.



dans l'oeil d'un raso el portillo, la boussole de la bravoure

lorca fait souvent les frais de la vindicte arrosant les pâmoisons des tirades à deux balles des adorateurs du veau d'or que seraient le duende et son aéropage de corrolaires : ballet, émotivité, bel oeuvre, manière, frisson, esthétisme, poésie...maigres branches où s'accrocher pour se maintenir sur l'arbre qui cache vaniteusement et pompeusement la forêt des désastres à l'horizon où nous mènent ces ersatz de corridas que nous subissons.


pourtant, federico parle de combat.

il réfute la muse et l'ange. Il convie le taureau comme élément primordial à sa convocation.

or ce qu'on voit ajourd'hui le plus souvent dans une arène ressemble de plus en plus à une invocation : on invoque un partenaire, un collaborateur, un permissionaire, un faire-valoir ajouté, un élément propice...


lorca, lui, anime de sa poétique irradiante la lutte, le pas à pas du corps qui lutte contre son propre entendement, « le point de danger où culmine le terrible jeu » et certes pas l'appel à des cieux qui s'entrouviraient sur la forme d'une grâce dont on nimberait la « rencontre » entre un homme paré des atours de l'élu avec la matière qui lui serait donnée à modeler en courbes et en spasmes lents, jouissifs et spectaclaires.

lorca ne voyait pas le duende batifoler sur la langue pendante d'un animal réifié pour les nécessités d'un événement festif.


ceux qui s'appuient sur son héritage pour ne pas dénoncer les dérives de la tauromachie mais pour en distiller une sorte d'essence frelatée de folklore volatile avec des mimiques de gardiens de musée de l'évanescence artistique et forcément sublime sont coupables de ne pas voir que son cadavre n'est pas là pour nous protéger mais nous enfoncer ses os dans la béance des oublis et des égarements de ce combat au coeur de la vérité.

au coeur de la vérité, los toros de guisando

nb : les photos sont de manon (fundi/victorino/madrid et un borrego d'un de ces élévages qu'on dit braves ) et de campos y ruedos ( raso del portillo au campo ). j'avoue méconnaître les autres sources.

9 commentaires:

Olivier a dit…

Nous n'avons pas fini de la strier ensemble, vieux frère, la peau de toro.

velonero a dit…

Très beau texte, Ludo, qui évoque pour moi le souvenir d'une belle et récente soirée sur le duende.

Bernard a dit…

Ludo - et Olivier,

Autres cailloux : "Le duende est pouvoir et non oeuvre, combat et non pensée" (Federico GARCIA LORCA - Théorie et jeu du duende) - "Aussi longtemps que les toros ont eu des pattes et du tempérament, on n'a jamais vu le derechazo incarner la suerte de base d'une faena pour la simple raison qu'il n'est pas un instrument de domination" (Jean-Pierre DARRACQ "El Tio Pepe" - genèse de la corrida moderne)...

Ôtés "combat" et "domination" - devenus non pertinents sinon impertinents (?) - le duende peut être frelaté, et même "synthétique" (qu'importe l'ivresse, pourvu qu'on ait le flacon!)

Bien à vous - Bernard

el chulo a dit…

ni ange ni muse, bien sûr!
encore moins pensée ni raison!
quête de cette vérité originelle qui baigne dans nos entrailles ou au coeur de notre sang!
vérité de l'art, au delà de l'esthétisme ou d'une beauté corrompue!
vérité de l'homme face à sa mort!
vérité de l'art absolu, débarrassé des faux semblants de la culture mensongère, manipulatrice, mercantile, hygiéniste, bien pensante, qui de plus se voudrait moralisatrice!
duende petit monstre à l'affût au fond de nous, imperméable à tout arrangement, qui fixe ses seules conditions sans compromission et peut prendre les allures de ces vierges pensives qui font pleurer les athées.
va por vosotros amigos

el chulo a dit…

attention bernard,
ce duende frelaté, menteur, ce doit précisément être cette forme d'esthétisme et de sensiblerie que nous déplorons dans la corida dite moderne.
mais ce n'est pas le duende, le seul, celui dont nous parlons.
amitiés et abrazo

sol y moscas a dit…

Sr Ludo... ha muerto Chano Lobato... duendicidio de los de verdad...

un saludo

ludo a dit…

señor solymoscas,
subense a la barra del post siguiente y vera que en los comentarios le digo que vd no podia faltar , como muchos otros, a recordar la figura del gaditano de nuez mosca'.
un abrazo.

popelina a dit…

he, ludo. lorca pourrait-il rêver á une meilleure danse d'arène avec les (tes) mots?
plus que beau.

Yannick Olivier a dit…

C'est superbe Ludo. Merci.