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jeudi 27 octobre 2011

Les jours de la démangeaison ( Archipiels 34 )

Jour I
Juan Jose Padilla / son corps allongé
on dirait de la suée /  imprévue sortie
de terre /de l'oeuf / de la corne qui accroche à nu la fente en jeu / ce vertige
dans le ciel d'en bas.

Il a dit / mes enfants / mes enfants / cette voix humide
les marchands s'en font  tatouage / ornement.

Dans le silence ma main rejoint mes os
je veux imaginer un crâne mort et fluide.

Jour II

sur la carte Wikipédia / Le regard / la Syrie / vraiment
une flaque de sang.
Adonis, Adonis
nous dressons des dunes
pour détourner la mémoire du vent / l'aveugle rend le sable
inutile.

Jour III

Dans le bureau l'enfant ne triche pas.
Il l'a vue / la scène / sa mère
un coup de poing / sa chute / le sol
récupérer ses larmes est impossible
coudre une enfance pour clore les yeux
aussi.

Il y a une inconnue / aimante / sans doute /pas d'ecchymose
sur ses rêves
elle a pourtant une haine / un mépris / sa négation
parce que nous aimons les taureaux
sous le soleil / le galop dans la paume d'un homme
leur force d'aller au sacré
sans passer par dieu.

Elle souille les combats d'une vie.
Elle crie / toutes ses forces / la prison
le feu des purifiés pour nous.
Elle rit devant la statue du torero maculé / le sel
dans les yeux d'Alain / elle exulte
elle veut notre effacement / c'est son coup de poing
dans mon altérité / le sourire de Radouane
son soulagement / ses ailes lourdes posées
quand il laisse son manteau de noirceur
au crochet du couloir.

Jour IV

Chenel
une langue de taureau traîne à sa lumière
une comète lilas / oro / credo
de la pulsation
pour chaque intervalle / ondoiements
des tissus
aux décollements du talon.
Antoñete
le parfait équilibre / la folie aigre-douce
des aveux au bordel
avec une tête d'horloge cassée / des os de farine
une redingote de fumée et d'anis
et
"un toro metido en las venas / que tiene mi gente". (*)

 J'ai repensé à la dame du jour III / sa furie / ses geôles / mon effroi
Grand bien lui fasse / après tout / demain
je regarderai l'invisible
dans la viande de Cantinero
pendue au crochet / desolladero / Madrid / 1985.
(*) Rafael Alberti

Ludovic Pautier / Pessac / octobre 2011

Nb : à lire sur Chenel, le texte de Deck, le souvenir respectueux, malicieux et mélancolique de Carmen Esteban, sa traduction par Chulo, l'adieu de Berrendita, les photos du maestro dans CyR et d'ailleurs , toujours dans CyR un rappel d'une anecdote : Chenel enregistra un disque ! oui monsieur ! un disque ! adieu bohème, tiens...

Nb2 : J'ignore de qui est la photo de Chenel. Je m'excuse auprès de l'auteur si éventuellement il passe par ici. Elle est là parce qu'elle m'a touché. Et j'apposerai un nom avec plaisir si quelqu'un peut éclairer ma caverne.

mardi 6 juillet 2010

Les Rouges et le noir ( Archipiel 32 )

Chupinazo, rouge.
fond des chaussures de Juana Amaya, rouge.
langue du Dolores Aguirre, rouge.
lamina propria de Segundo Falcon , rouge.
panse de la muleta, rouge.
trou souillé des aiguilles, rouge.
diaphragme de La Macañita, rouge.
bandeau sur 88 poèmes d'Hemingway, rouge.
sauce des tripes andanada 8 sol , rouge.
main du mozo dans l'eau froide, rouge.
sol de Saint-Roch, rouge.
tinto de verano, rouge.
drap au fond de scène, rouge.
lime à ongles de Moraito, rouge.
la rue du bureau de poste, rouge, rouge, rouge.
son des duendes, noir.

nb : illustration " rouge/noir/blanc " de Lepolsk Matuszewski .

vendredi 23 avril 2010

Prohibido el cante ( Archipiel 31 )


D’un coup l’autre dégaina sa voix
dans son larynx dormant
une seiche
énorme. Elle crachait son encre sur les murs.
Alien y el cante.





La table
avec les testicules à vif
d’une jonchée d’œillets
J’étais le seul à la voir ?










C’était ça.
Igual à des petits tas de viandes
hachées froides . Un amoncellement de ça.

Et puis
le crotale de la guitare
enflé dans les nœuds
du bois trois fois saint *.




Voilà,
Le rituel empalait les simulacres.



Quelqu’un avait passé
une robe de bure
sur le gravier du ciel.
L’autre allait la crever
d’un ayeo d’une cascarelle
de ce hoquet terrible
qui termine la siguiriya gitane.



Alors
toute cette pluie de morsures .
Sainte tétanie
n’ayez point pitié de moi.


* palo santo : un des bois utilisé par les luthiers


"Prohibido el cante" est une inscription que l’on pouvait lire dans les tavernes populaires pour interdire le chant durant le franquisme. Vampirisé durant cette période de l’histoire, le flamenco est devenu le symbole de la culture espagnole. Ce voyage visuel rend compte du parcours du flamenco, des ventas aux tavernes en passant par les tablaos, des cafés jusqu’à l’entrée des académies de danse, sur les scènes de théâtre jusque dans le milieu de la mode internationale. Un parcours culturel et artistique, qui retracera les chefs-d’œuvre de nombreux artistes.
L’exposition réunit quelques 150 clichés réalisés par des artistes internationaux, qu’ils soient des grands maîtres du genre ou des artistes qui ont croisé accidentellement la route de l’art flamenco. A découvrir du 5 au 30 juillet au Musée Despiau-Wlérick

Du 5 au 30 juillet, le Musée Despiau-Wlérick abritera l’exposition "Prohibido el cante. Flamenco y Fotografia".

jeudi 18 février 2010

Tremblement 2 ( Archipiel 30 )


il avait ce corps
fleuve.

il croyait à la brassée de boue
surgie de la pesée des rêves
il en portait la secousse fertile.

il cherchait où le fragment devient
la forme sans rivets
mais qui joint la lèpre
et le fruit.

du cri de ses os
sortaient des sacs de crépuscule
il en riait.

il avait ce corps
fleuve
avec son coeur
sur la barque au milieu.






nb : les photos sont de Jean-louis "Loulou" Duzert.

mercredi 10 février 2010

Chachi ( trasmontes )



la noche no se queda sencilla y dulce. En su concha
emplasta todos los dientes
con señales de verdad.

" chachipen " ha dicho la madre de los meteoros
sobre la bata
donde sosegan los nodos pequeños y rancios de su pecho.

no quiere fallar al olvido. si sus dedos
la persuiguen moja
el viento
con el pan.

sobre la pared
un chorro de sangre
aparecio
su color cae
en el boquete donde zumban
las carnes encendidas en el vino.

los niños
llevan en los ojos
por aclamar a la vieja mujer
lo que sus padres enroscaron
este murmullo
ese beso de la leña sobre el pernil del fuego...
" ella sabe"
" sabe que los muertos hablaran ".

tacones han cesado de morder la tierra. y las crestas
de los compases
se hacen acantilados de cascara.

cuando abrio su vientre
se escondieron las caras
para que no vieran
el sonido negro ahogar su silencio.


Ludovic Pautier / Febrero 2010

mercredi 3 février 2010

Chachi ( Archipiels 29 )


la nuit ne reste pas simple et douce. dans son écaille
elle farde toutes les dents
des signes de la vérité.

" chachipen " a dit la mère des météores
sur la robe
où reposent les petits noeuds rances de sa poitrine.

elle ne veut pas prononcer l'oubli. si ses doigts
la poursuivent elle trempe
le vent
avec le pain.

sur le mur
un filet de sang
est apparu
sa couleur tombe
dans la percée où bruissent
les viandes allumées dans le vin.

les enfants
ont dans leurs yeux pour saluer  la vieille femme
ce que leurs pères avaient enroulé
ce murmure
le baiser du bois sur les cuisses du feu...
" elle sait "
" elle sait que les morts vont parler ".

les talons ont cessé de mordre la terre. et les arêtes
des cadences
devenaient des falaises en coquille d'oeuf.

quand elle ouvrit son ventre
ils cachèrent leurs visages
pour ne pas voir
le son noir étrangler leur silence.


esto va por el Señor Sol y Moscas. pa' compartir con el esos sonidos negros que tanto amamos y contestar a mi manera a salmonetes, peman y idiosincresia que me suena a veces a lo esencial y a veces me da asco.
iré traduciendo el poema lo mas pronto posible.

nb : " chachi " " chachipen " c'est , en gros, la " vérité " chez  les gitans.

mercredi 13 janvier 2010

Tierra flamenca ( Archipiels 28 )




cette terre est là,
souffre d'être dite
quand la tresse des nuits qui mordent
passe en lambeaux,
les rosées emmêlées aux yeux de ce ruban increvable,
violente sa bouche et l'esprit en état de mèche .

c'est un vrai refuge,
une coupure aigrelette, un sillon étourdi,
la main sur la pierre un silence.





infiltration dialectique dégagée sous les doigts brûlés,
cette terre est là,
nouée autour du soc de toutes les palpitations et glissée sous la peau du monde,
c'est la matière infriable d'un trait d'anis,
le sec de la pénombre fardée,
l'ivresse hors des jantes
passée à genoux
sur le côté des ruisseaux de cire.




cette terre est là,
ne nous en délivrez pas.

il faut en cracher les lieux,
laisser du temps à la neige des amandes
posée au pied de la parole des arbres,
sans râture,
en loucedé,
le temps que la bouche prenne son goût.




cette terre est là,
un clou piqué dans l'échine
sa bohème
claquée.

ses miroirs sont des étangs qui mangent
à la tanière,
au trou,
à la tête d'épingle
cocaïne
trouvée dans l'illisible.




cette terre est là,
cette terre c'est une main arrachée,
une trace.

la fenaison de nos yeux clos.

Ludovic pautier / La fenaison des yeux clos / Cette terre est là : Pessac-Nîmes 2010

nb : les illustrations sont tirées des deux splendides, passionants, merveilleux, pétulants et jondos albums de Christophe Dabitch et Benjamin Flao : " Mauvais garçons / Solea " tomes 1 et 2 ( chez Futuropolis ).
j'ai eu le plaisir de recevoir Dabitch ( co-auteur avec David Prudhomme de l'indispensable " voyage au pays des serbes " paru en 2003 chez Autrement ) dans " falseta ".
le gacho est bordelais et adorable ( ce qui n'est pas évident...I plaisante, I plaisante ). on peut écouter l'émission en cliquant ici-même et en glissant jusqu'au podcast du 8 décembre..
bref, si vous  n'aimez pas poser vos cadeaux sous le sapin mais plutôt dans les fourrés du quotidien , par tendresse, par surprise,  par esprit de contradiction ou par exemple, choisir ces deux BD est un acte militant.



mercredi 9 décembre 2009

Qui vient ( Archipiel 27 )



( à Pedro )

qui vient
du givre des alphabets
dire
les aiguilles manquent sur nos poignets blessés


qui vient
passer les mains

sur les tétons des croix du sud

sous les arbres
bêcher la brume

avec des hoquets de cheval à la peine

dans un oeil de cylindre
à l'ubac se rendre pâle
avec le soleil pour frère

faire un festin
de l'air respiré auprès des chuchotis
montés d'un poumon
ouvert en deux fosses

serrer à chaque rue glaireuse le poing du monde fragile

claquer un coup à tous les huis
pour questionner
et savoir

qui vient donner à boire à nos entailles les plus profondes
éteindre les lampes sous la peau
piller les gorges babéliques
et laisser le butin
brusquement aimer les ratures

deviner le souffle en insurrection de l'autre

y sculpter ses propres tavelures

enfin
qui vient oublier

que le mot poémaire n'est pas de notre langue.


Ludovic Pautier / Pessac-Jurançon/ septembre-décembre 2009


ce texte est dédié à Pierre " Pedro" Arias. Pedro cherche , désespérément, l'auteur de cette photo de Don Pablo. elle agit sur moi comme un totem  puisque c'est grâce à elle que nous nous sommes rencontrés.
Si des lecteurs  possédent des informations pouvant l'intéresser, il leur suffit de passer par l'intermédiaire de la barra de los pinchos. je transmettrai.
merci.
este texto va dedicado a Pierre "Pedro" Arias. Pedro esta buscando , deseperadamente, , el autor de esta fotografia de Don Pablo. procede conmigo a la manera de un totem porque , gracias a ella, nos hemos encontrados. Si hay lectores que poseen datos que pueden interesarle, les agradecemos de pasar por la barra de los pinchos. transmitiré.
gracias.

mercredi 26 août 2009

Route ( archipiels 26 )



la route.

la glace
et puis la mer
idoine au sentiment
de ne l’avoir jamais vue.

c’est un rouleau de blé transpercé de poussière.
la castille des chevreaux.

je sens qu’elle me serre contre son visage
je sens ses rides jusque sur le bas-ventre.

ludovic pautier / carretera santander-madrid / août 2009



nb: photo d'anonyme et peinture de yolanda pantisio.

mardi 25 août 2009

El sargo ( archipiel 25 )


Santander.

le corps d’une harpe de sable
traversée

la bouche
plus petite que la langue

l’eau
fille des fumerolles

un œil.



sous les dents libres les murmures se lavent à l’huile d’olive. j’enterre deux daurades les ouies léchées comme des os. un besugo et un sargo plus sauvage.

au marché, celui de mexico de cuatro caminos, à un jet de coquillage les corrales de l’arène sont vidés. il y a un peu de blanc sur mon café. on pense l’odeur de la dernière bête équarrie derrière le soleil fondue dans le beurre des jours qui se ferment.

pour aller à pedreña le bateau crache son sel en écharpe sur les nouvelles du poids de la maison du monde.
leurs titres sont laids. ils le sont jusqu’au soir au moment de les noyer dans un vermouth
sur la tranche du lit défait sans avoir fait l’amour.

ludovic pautier / juiller-août 2009 /santander



nb : thank you to bronco de me rappeler que je dois avouer que je ne suis pas l'auteur de ces belles ( la première est époustouflante )photographies.
les crédits sont donc à mettre au compteur de jose miguel martinez, de carlos j. valcuende et de jorge punto ruiz.

samedi 11 juillet 2009

Du même sang ( archipiel 24 )



Nous sommes du même sang
celui qui se mêle à la réalité
et l’ infini

a dit le père

ma voix est le séquoïa poussé
au milieu des allées romaines
de cystes
qui sait serrer les âmes

de ses branches
les rubis pendus
pleurent
et se souviennent.

Ce sang
il m’ a pesé
son flot balaie
la bataille des venins
limoneux

a dit le fils

ce soleil
c’est l’oreille tranchée
et la mie
de son souffle agité
le ciel du pain nouveau
qui la recueille.


Il m’a grandi
sa crue
voyage
a dit le père
jusqu’à toi

sur la rive son baiser
fait partie de nos anneaux
sacrés

dans mes mains,

approche,

tu vas trouver les agrafes
à
mettre dans ta gorge

garde-toi de les avaler.

La buée
de triana
se détache des langes
où tes côtes d’enfant
furent roulées

pour que tu ais
ta place entre les ailes
du chapeau
des Torre
juste après moi

moi

qui te gardais
quand tes cris
élargissaient ma nuit
et devenaient
l’accouplement des alphabets.


Je sais
a dit le fils
mon père
quitte tes doigts
de ces bagues
et donne-moi
la force d’une morsure
que je goutte
à ce sang
qui est le mien.

Oui

mords
car tu es la peur que je lis
dans ce mouchoir
mouillé

mords
sans douceur
car ton chant
doit trouver
sa lisière
carnivore

et serre
avec tes dents
pour que je monte une offrande :

Nos humiliés
sont sans rancœur
et transfigurent ma bouche

nos guitares voient si loin
que les doigts
d’eugenio
et d’antonio
paraissent suer
des encolures de chevaux argentins

nos pas sont ceux de moineaux amoureux
à la peau
de cire qui s’allume
d’un coup de botte
qui siffle.

Ils gouttent dans le baume
des écorchures.

Tu vois
nous sommes du même sang
a répété le père.
Je l’écoute battre
a dit le fils
.



( mont de marsan / jeudi 9.07.09 / jose de la tomasa/ gabriel "pies de plomo" / antonio moya / eugenio iglesias / javier heredia / manuel flores )



nous ne sommes pas du même sang mais de l'irrigation dans la volonté de ne pas nous montrer mais de raconter nos visages dans le coeur d'un peu d'eau et nous colportons cette envie de donner soif et à boire.
nous ne sommes pas du même sang mais d'une même main bleue ocre qui caresse ou tue les limbes veinées de terre ramenées du ventre de gaïa.
nous ne sommes pas du même sang mais d'un pressoir de nuit où se reconnaissent les fruits, le mur et nos contemplations.



( mont de marsan / mercredi 8.O7.09 et jeudi 9.07.09 / mathieu sodore / floreal peleato / rui / bibito / daniel / olivier deck / charlie tastet / alfredo / ludovic pautier )

nb : les photos sont tirées du programme et du billet de la soirée du 9 juillet au café cantante du festival arte flamenco de mont de marsan, du catalogue de l'exposition de mathieu sodore " la musica callada del cantaor " accompagné de textes déjà publiés mais corrigés pour l'occasion dans " los pinchos del ciego " et du DVD du documentaire écrit et filmé par le réalisateur floreal peleato intitulé " la main bleue " présenté dans le cadre du festival ( on en reparlera ).
merci à marie, nanou , jean-pierre , françoise, pierre et christophe, mon sommelier préféré.

jeudi 23 avril 2009

Aia ( archipiels 22 )


la fille avait un trou
sous
la lèvre inférieure,
un bijou conique
un totem
de part en part
.
l' egun on
humecta
la peau chaude,
voici l'agneau
de lait,
il donne
son goût
au péché du monde
.
vestale aux doigts
de txakoli
mouillé
par la grêle,
en bas , la mer
son illusion
de piton
des neiges,
l'île
de nathalie
dort
.

on se saoûle
et
une légende
dit
qu'on peut
apercevoir
là, dans la baie
la giclée d'eau
de la dernière baleine
dépecée,
en 1901
.
agerre
talai berri
txomin
etxaniz,
dansent le ventre
de l'amatxi
mokoroa
eizaguirre,
le verre roulé
dans la jouvence
de sa main
.
invisibles
les balles fusent
de l'os jusqu'au feu
tombent
et s'encroustillent
dans le charbon,
ça sent le cuir
la chair rose
de l'odeur
de cordes
sous la dent
.
les enfants
ont les yeux
dans la bouche,
le lait
de la brebis
ouverte
calme
cette cicatrice
et l'enfonce
.
jusqu'au coeur
.

aia/guipuzkoa/19 avril 2009
pessac/gironde/ 23 avril 2009

ludovic pautier



nb : si on observe, à jeun, le blason on croit distinguer un taureau.
quelqu'un a une explication ? alguien tiene explicacion ?

nb2 : les photos sont tirées d'el periodico de guipuzcoa et de la page web de la mairie de aia.

mardi 24 mars 2009

Archipiels 21



dans une fenêtre de lumière l’herbe ne s’est affolée
qu’une fois.
la nuit a redit les mots
de la fin du jour.

à l’oreille de la porte étroite du songe
chaque pierre sera vivante
posée sur les sagaies du tonnerre.

la main du monde s’isolera
sous une sorte de sortilège.
le repos des flammes l’ avivera
pendant toute une saison
où les cheveux prennent ce teint d’huile.

la peau ne sera plus sans odeurs
les larmes en porteront pour les répandre
autour de la vulve rutilante
des cadavres de lucioles.

dans son absence charnelle
un liseré de limbes
persécutera le bord de chaque feuille
des peupliers

l’attente sucera les nervures
et brisera leurs nudités.
parce que la pluie n’est pas venue.

ludovic pautier / chroma

nb : photo d'une peinture de charly tastet. dont on reparlera.

mardi 17 mars 2009

archipiels 20 ( para el coronel )


estampe
morcelée
dans la borne
du labyrinthe

en suivant
les entrailles
de la source

tu es ce presque
équilibre
de semeuse d' oiseaux.

la lune les voit
ils courent l’eau
de l' hiver sous tes mains
cailloux de pulpe
qui plongent et prient
les verbes
d’un orient limitrophe.

sous cet ébène tendu
il s' échappe des voies lactées
de ton épuisement
une saignée
entre coeur et blé.


estampa
morcelada
en el mojon
del laberinto

siguiendo
las entrañas
del manantial

casi eres
equilibrio
de sembradora de pajaros.

la luna los mira
corren el agua
de un invierno bajo tus manos
piedras pulperas
que bucean y rezan
los verbos
de un oriente rayano

con este ebano tenso
se escapa por las vias lacteas
de tu rendimiento
una sangradera
entre corazon y trigo.


ludovic pautier


les portraits de fernanda de utrera, del niño miguel et de joaquin el canastero sont du grand photographe jose lamarca.
j'ai connu jose lamarca grâce à la complicité d'un fidèle de la barra de los pinchos del ciego, el coronel de la trinchera de paracuellos.
pepe lamarca est argentin, flamenco et c'est un rouge.un rojo de toda la vida.
ironique, élégant et éduqué quand il le faut, il vit en cantabrie, bien qu'en fin de journée on puisse l'apercevoir dans les bars et autres tavernes madrilènes.
un de ses haut-faits fut, dans son atelier du quartier de malasaña, de tirer un fameux portrait de camaron de la isla véritablement vénéré par toute la gitaneria andante ( si vous n'en n'avez pas vu mille avec cette photo sur leurs tee-shirts vous n'en n'avez pas vu un ).

durant plus de trente ans il a suivi la longue traîne de l'aristocratie flamenca pour en fixer les mains et les visages en autant de portraits de personnages de vérité.
il a pour seul viatique : l'amour de l'amour de l'art. et de ceux qui l'incarnent.
( bio largement inspirée du texte qui accompagne le magnifique portfolio, " por el amor al arte " , consacré à lamarca )

mardi 23 décembre 2008

Archipiels 19 ( dernière nuée et prochaine pulsation )



voilà deux textes. un en français , l'autre en espagnol. igual que dos latidos. ou deux ventricules.

l'un raconte ce qui peut battre sous la plume quand on a bien écouté le dernier disque de carmen linares écrit avec juan carlos romero en hommage au prix nobel de littérature ( en 1956 ) juan ramon jimenez, qui est si beau sur la photo, dont on commémore cette année la disparition il y a 50 ans de cela.
va dedicado a la señora condesa, a rosa, a andres, al coronel, al papa negro, a solymoscas, a juan carlos buzon, a lucas y a todos los amigos que tengo alli.

l'autre est une simple joute avec les mots de ce qui danse dans la nuée qui s'estompe mais aussi la pulsation qui vient et qu'on souhaite toujours moins âpre que la précédente.
cette joute espère être à la hauteur de la rencontre avec laurent et victoria, bruno, françois , marc, bernard, laurent, philippe, yannick, jean-michel, pierre et consorts.
sans oublier ceux de toute la vie. ils se reconnaîtront.
le ciego aura juste une petite attention spéciale pour xavier, ce "don" qui vient de recevoir un coup mais dont je l'entends rire déjà et dont nous partagerons la quête cet été.




carmen canta.
canta carmen.
canta a juan ramon,
el del platero y yo que le estudiaba en los antiguos libros de mi colegio donde se balbuceaba castellano en el ruido de la lengua de la tia pepa y con el humo de la moto de carlos.
...
cuando canta carmen uno parece a la cabra picassiana que descubre un pan de sal que lamer. tanta dignidad, tanto grito de cartel. tanto talento, tanta hermosura quebrada por un pincel que brota en su paladar de mujer fuerte y herida. miradla ! sus manos agarrando la fugacidad del cante güeno en un aprieto de palma de miel con falanges amorosas. y lo consigue, entra bajo su piel, galopa con temple pero sin freno hasta el muslo rojo que respira con un destello de lucha.
carmen canta porque su boca sabe.
sabe a intensas letras del pueblo, a romances de su tierra aceitunera, a rebelion precisa, a emancipacion orgullosa del cante de mujer fiera y tierna.
y ahora sabe a dulzura de cardon pisada por pezones de burro, sabe a madrugadas sobre un mar de cal donde flota una uva ardiente. sabe a poemario de mi juan ramon de adolescencia lejana en la que españa era polvo lejano y preguntas.
pero nosotros deseando quemarnos la piel debajo respuestas carnales.
carmen
canta carmen
carmen canta
canta a juan ramon jimenez con sus alas y raices
no te conozco carmen pero siempre te agradecere de llevarme a la memoria lo que fatalmente estaba a punto de perder.



aller vers l'an qui vient
ce serait
en plusieurs endroits
mettre le feu aux dernières pages pour un enlèvement du givre des alphabets
se dire
combien le sel manque sur nos poignets blessés
passer les mains
sur les têtons des croix du sud
en loucedé partir sous les arbres
bêcher la brume avec des hoquets de cheval à la peine
dans un oeil de cylindre
à l'ubac des lies se rendre pâle
avec le soleil pour frère
faire un festin
de l'air respiré auprès des chuchotis
montés d'un poumon
ouvert en deux fosses glaireuses
à chaque rue serrer le poing du monde fragile
claquer un coup à tous les huis
pour questionner
et savoir qui vient donner à boire à nos entailles les plus profondes
éteindre les lampes sous la peau
les saouler de lumière que rien ne puisse sourdre
piller les gorges babéliques
et laisser le butin fleurir sous la verrière étoilée
brusquement aimer les râtures
sous le silence
deviner le souffle en insurrection de l'autre
y sculpter ses propres tavelures
enfin
oublier que le mot poémaire n'est pas de notre langue.

dimanche 16 novembre 2008

Archipiels 18 ( agujetas )



manuel de los santos pastor "agujetas" vit dans un cri. le sien.
il l'abrite derrière le derme granuleux de son corps. un moellon de résistance à tout équarrissage de la modernité prédatrice.
quand il est là, on a l'impression d'être à côté du premier homme modelé dans le limon de gaïa et ses dents en or plaqué je suis sûr qu'il les possédait déjà lorsque le ventre de sa mère l'expulsa.
terre et or bruts.
agujetas est de ces sans alphabet cher à pepe bergamin. parce que quand il fait irruption avec son chant cavernicole tout devient babélique. il n'y a plus d'entrave à s'entretenir de l'émotion primale qui nous étreint.
tout passe définitivement par les yeux. ils chiassent, ils pleurent, ils rient, se gondolent, s'esperpentent,se dessillent, ils s'étoilent, s'affolent, se convulsent, s'arrondissent, se désorbitent, ils s'allient à tout le langage universel des corps que le cantaor articule et désarticule à coups de marteau indicibles.
sur cette sauvagerie proverbiale tout a été dit. le documentaire de dominique abel , "agujetas cantaor", ayant d'ailleurs donné une dimension quasi mythique à l'héritier du "viejo".

ici c'est dans un martinete en mano a mano avec manuel moneo, que l'oeil de saura a réussi à l'encercler, à acorralarle. et là, il y a cet instant exceptionnel où on entend une sirène hululer au loin, crevant la ouate du plateau, les couleurs chaudes du décor,l'intimité forgée par l'empathie du lieu et des acteurs. alors les pupilles luminescentes d'agujetas s'agitent, il semble désemparé, il voudrait fuir, ne plus entendre ce qui la ramène à son histoire, lui, le dernier issu d'un peuple stigmatisé.
c'était en 1995. depuis, l'europe a remis le couvert sous d'autres cieux avec d'autres "agujetas" nés beaucoup plus à l'est de jerez.
pour eux, pour philippe, pour tous ceux qui vivent debout : "amono manue".



sur chaque moisson

un pas
de lande sèche

la trace
d’un visage

que tu as ligoté


ton étoile
de chair
dit

la nuée faible
ou l’autre d’une langue

l'œil
dans ton poing haut
semble traîner

le temps d'écrire
l’huile
dans la glaise

au vent
que tu as pris.


les feux
se couvrent
de fragiles craies

et froncent
ton silence


au second souffle de ce feu
il y a
secousse

sa flamme
halète

sur une hanche
d' ivoire brisé

la langue
se tait
dans l'incision

un infime suinté de sang
se prolonge
jusqu’au souffle de l'autre

jusqu’au poids de sa chair.


ludovic pautier (la mémoire des bris )


nb1 : j'ai laissé, par respect pour tout le monde, le martinete dit par moneo (otro monstruo ). la sirène c'est vraiment tout à la fin et il faut tendre les esgourdes.

nb2 : on fête cette année le centenaire de la naissance d' agujetas el viejo.

bn3 : sur la photo le tocaor c'est carmona. je méconnais l'auteur de l'objet.

vendredi 14 novembre 2008

Archipiels 17 ( a paquera )



francisca mendez garrido "la paquera de jerez" était un chaudron roussi aux lèche-flammes de sa reata ,sa lignée , de son quartier , el barrio de san miguel , et de ses facultés, sans bornes.
"caracolera" de tête, dans l'eau bouillonante de son cante tous les azimuths s'entrechoquaient quand elle commençait à "trembler" por bulerias. sa voix accroche et ravaude, tonne et susurre, passe le colet et pardonne.
dans "flamenco" de carlos saura, c'est à elle que revient l'espace qui ouvre l'opus. la caméra, par en-dessous, cintre une expression unique, cette chair empesée est soudain la corde d' un arc, la concentration de sa flèche n'ayant qu'un but, la vrille des peines dans le bonheur d'exister et de le clamer.
sous son ventre la seule amarre est un diaphragme.la houle est dans ces mains qu' elle agite pour se quitter la foudre qui la sauve et la tue.
jamais je n'ai pu voir ou revoir ce parcours de caméra fluide "sauresque" sans que cette puissance océano-tellurique de nouveau ne m'assaille.
la paquera est morte en avril 2004. juste avant la feria del caballo. elle est hija predilecta de sa ville et son ayeo retentit encore rien qu'en disant cela : " paquera ! "

sur le revers
de ta bouche

le pli du hasard
s'enrobe
en mur de lambeaux

tu laisses boire des îles

où se désosse
le creux des typhons

à ces morsures
dans l'absence

tu glisses
le cristal

soudain rouge liquide
du réveil


dans les craquements
de l'osier


tu claques
le bois

pour que le feu
prenne à l'intérieur

et respire.


ta salive

écoute le retour

au silence

des parchemins
montent de ta gorge

sur ta peau

ils ont la sueur âcre
douce et lacérée

au-delà

lestée
d'ouragans de jaspe

ta main tenue
est l'horizon

comme citadelle
indéchiffrable


ce regard complexe

vrille
de ton ventre

les charrettes de feu

une moiteur
tenue tout près

avec aux genoux
des corchures.


ta voix

accole à la vie
une nuit de lanière


percé
de son aiguille

tu demandes
à la pluie

d’orienter vers toi

sa lumière d’âme



les tempes blessées
de ton histoire

ou plutôt
leurs silhouettes
de disgrâces

sont les rhizomes
harmoniques

à l' ubac
des cimes

désenneigées sans lutte


tu vas vers l'aurore
de cette ecchymose large
que tu connais.


ludovic pautier ( la mémoire des bris )

mardi 14 octobre 2008

Archipiels 16 ( a palo seco )





"trois par trois
comme autant de tercios de combat
igual que un ramillete de letras de cante
des archipiels pour gravir à la brume
la première pente des maquis poétiques.
une ascension au fanal de plusieurs nuits."


l'intérieur des surins
les dents du harpon

et le cosmos

c'est là

qu'il se resserre
sous le brasier des ronces


(tientos)


au crépuscule

puis au matin
il s’est perdu

dans une cicatrice

ses ongles blancs
sortent
du ventre des plaies
sous l’orage des buis


(fandango)


dans la fosse
aux étincelles
il a un son de coquelicot

il décroche
les pulsations friables
près du cerceau
des rives

il lève la salve
de la dernière lune

car lui seul
l'a vue ivre
avec
seulement
trois notes de vin mat.


(remate)


ludovic pautier (autopsie des chants profonds)


avec ces trois dernières salves et par ce remate se termine cette autopsie poétique.
suivront d'autres textes livrés à la parole sèche et qui forment avec ceux-ci un ensemble monté et "dit" une première et seule fois en mai 2007 au théâtre de l'onde de vélizy-villacoublay accompagné par la fission des harmoniques de l'accordéon de jesus aured (un accordéon !? comment un instrument, apparemment aussi éloigné de l'orthodoxie flamenca, peut-il sonner tan jondo ? sans jeu de mot : jesus's misterio )

nb : illustration "recuerdos" de patricio hidalgo.

mercredi 8 octobre 2008

Archipiels 15 ( a palo seco )



"trois par trois
comme autant de tercios de combat
igual que un ramillete de letras de cante
des archipiels pour gravir à la brume
la première pente des maquis poétiques.
une ascension au fanal de plusieurs nuits."


il a un frère
glissé sous le sel juif
de Séfarad

(petenera)


il a un père
cloîtré d'un turban
de merle noir

(zambra)



il a un amant
sa voix fouille la neige
de son aisselle

(buleria)



ludovic pautier ( autopsie des chants profonds )

nb : en portada, tomasa guerrero carrasco "la macanita".
la photo est de paco sanchez.

mercredi 1 octobre 2008

archipiels 14 (a palo seco)



"trois par trois
comme autant de tercios de combat
igual que un ramillete de letras de cante
des archipiels pour gravir à la brume
la première pente des maquis poétiques.
une ascension au fanal de plusieurs nuits."



dans ce règne lapidaire

la demie obscurité
de son souffle
allongé dans le suc

devient
sous la caresse
des travaux et des jours

sa fille

sa mère

son frère

son père

et son amant

(martinete)



sa fille est une nuit
où la mort frôle

(siguirya)


sa mère s'est enlacée
aux ciels de soude


(solea)

ludovic pautier (autopsie des chants profonds)


nb : si atentos estais habria notao que hoy se salto a la torera el numero 13 de los archipielagos. pero sabeis tambien que este numero trae mal fario y otras cosas que no veas. ademas como tiene costumbre de pasar por aqui mi amiga la señora condesa, y que su alteza es mas superticiosa que mi gato, no quiero que se asuste ella, ni tampoco los amigos que tengo en la barra. o que otra vez el mal ojo le impide acudir a deleitarse de pinchos flamencos (como parece que ocurrio hace unos dias). , .

nb2 : al cante luis torres joselero de moron y al toque el inmenso diego del gastor.