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mercredi 13 janvier 2010

Tierra flamenca ( Archipiels 28 )




cette terre est là,
souffre d'être dite
quand la tresse des nuits qui mordent
passe en lambeaux,
les rosées emmêlées aux yeux de ce ruban increvable,
violente sa bouche et l'esprit en état de mèche .

c'est un vrai refuge,
une coupure aigrelette, un sillon étourdi,
la main sur la pierre un silence.





infiltration dialectique dégagée sous les doigts brûlés,
cette terre est là,
nouée autour du soc de toutes les palpitations et glissée sous la peau du monde,
c'est la matière infriable d'un trait d'anis,
le sec de la pénombre fardée,
l'ivresse hors des jantes
passée à genoux
sur le côté des ruisseaux de cire.




cette terre est là,
ne nous en délivrez pas.

il faut en cracher les lieux,
laisser du temps à la neige des amandes
posée au pied de la parole des arbres,
sans râture,
en loucedé,
le temps que la bouche prenne son goût.




cette terre est là,
un clou piqué dans l'échine
sa bohème
claquée.

ses miroirs sont des étangs qui mangent
à la tanière,
au trou,
à la tête d'épingle
cocaïne
trouvée dans l'illisible.




cette terre est là,
cette terre c'est une main arrachée,
une trace.

la fenaison de nos yeux clos.

Ludovic pautier / La fenaison des yeux clos / Cette terre est là : Pessac-Nîmes 2010

nb : les illustrations sont tirées des deux splendides, passionants, merveilleux, pétulants et jondos albums de Christophe Dabitch et Benjamin Flao : " Mauvais garçons / Solea " tomes 1 et 2 ( chez Futuropolis ).
j'ai eu le plaisir de recevoir Dabitch ( co-auteur avec David Prudhomme de l'indispensable " voyage au pays des serbes " paru en 2003 chez Autrement ) dans " falseta ".
le gacho est bordelais et adorable ( ce qui n'est pas évident...I plaisante, I plaisante ). on peut écouter l'émission en cliquant ici-même et en glissant jusqu'au podcast du 8 décembre..
bref, si vous  n'aimez pas poser vos cadeaux sous le sapin mais plutôt dans les fourrés du quotidien , par tendresse, par surprise,  par esprit de contradiction ou par exemple, choisir ces deux BD est un acte militant.



mardi 25 novembre 2008

Sous la force d'un rêve


22h48.
il est tard. tard ?
je ne sais pas. tard pour prendre le temps de penser à lire, penser et écrire sur le souvenir d'un être qui décida de disparaître par lui-même il y a maintenant 17 années de 365 jours un quart chacune ?
le ciego a peu de choses à conter ou à réveiller pour parler de christian montcouquiol.
j'étais dans une voiture en route pour salies-de-béarn, pyrénées atlantiques, quand j'appris la nouvelle de son suicide par la radio.
il faisait froid dans cette carcasse métalisée au mauvais chauffage, dans cette nuit de novembre trainant, mais les larmes réchauffaient mon cou en passant sous le col de la gabardine.
il y avait quelqu'un à côté de moi qui ne comprenait pas.
je ne comprenais pas non plus pourquoi ces larmes étaient chaudes et m'envoyaient des frissons.
quand nimeño II retomba en fracas sur le sable des arènes de la tour sarrazine en septembre 1989 j'étais aussi ce jour-là à salies. pour la fête du sel. la fête du goût des larmes. la fête sauvage.
on oublie souvent de se traduire cette image métaphorique de la tauromachie jusqu'au bout.
christian est allé jusqu'à cette extrémité. il l'a côtoyée au plus près, il l'a désirée, il l'a érigée en sens de sa vie, il l'a endurée. il en est mort.

son frère alain a certainement écrit deux des plus beaux ouvrages de la littérature française pour raconter ce sel lacrimal.
il dit le voyage de chacune des larmes qui sont tombées ces deux jours-là et au-delà du temps.
voyage d'amour, de désespoir.
d'où viennent nos larmes , salées come la mer où gisent nos sédiments les plus anciens ?
voyage des origines.

il est tard. mais j'ai pris le temps de bivouaquer chez marc delon. il y avait là un beau texte de jean-paul mari avec ceci :

"Il était mince et fragile, comme un adolescent qui vit son amour mais ne sait pas en parler. Aux autres les discours, les analyses et les envolées ; lui vivait le mythe taurin, brut et sans recul. On l'aimait, parce qu'il était celui qui portait le rêve."

il est tard. je cherche le "discours de la taverne" d'olivier.
il est tard. je fouille dans le fatras mémoriel d'une bibliothèque mal rangée comme mes souvenirs.
mais je ne le trouve pas.
j'ouvre alors un vieux texte. écrit en pensant à un homme tombé sous une balle et à un autre sous la force d'un rêve.

"qui n' a rien vu entendu sourdre et éclair
comme gifle latent tenace pas indolore
seule trace sa résonance t'oblige à voir
piment en mince filet d'eau presque froide
tu sais traque des espaces émietter le sang
lait visqueux à la hâte abondante
rimmel paupière
de bas – ventre

tu souffles calme
calme est dans tes yeux
a la couleur blanc calme
répand systole

tout est dans la suite

qui la connaît
monte son gibet
accroche aux murs mots de lèpre du monde
scierie en apesanteur

cris

main ramasse chair dans copeaux
moins dans le bois des tripes
roue le sillon se démonte
éberluée sous lie de l' étamine

tu meurs et c’est
couvrir vent
avec glaise
des mots vécus

c’est sentir sous la cendre
le nu de ton halo"


ludovic pautier ( la fenaison des yeux clos )


nb1 : la photo est de jean-bernard reynier.