mardi 28 août 2018

Regain



Les mots, ceux qui passent sous vos yeux -là- ou ceux qui s'emmêlent encore dans ma tête, ont eu du mal à prendre vie. Il y a si longtemps. De tout. De la fébrilité de se dire que ce soir on va aux arènes. A los toros. De l'envie que tout se déroule non pas comme on le calibrerait si on s'interrogeait sur la "tarde" parfaite mais comme toute quête. Avec ses certitudes et ses doutes, ses étonnements, ses emportements, son subjectif objectif, ses aspirations, ses prières & ses coups de sang. Il y a si longtemps que cela s'est étiolé. Pas l'aficion. Non. Pas le désamour. La lassitude. Celle qui regarde l'esprit par lequel on s'est façonné une ardeur et qui constate la muralité impavide du sentiment opposé à tout cela. La déconvenue. Les sentiments d'aphasie. Trouver ce monde creux alors qu'il vous a rempli de clameurs viscérales, d'enchantements si parfaits & imparfaits ("L'imperfection est la cime" Bonnefoy). De voyages au coeur de la "piel" d'Espagne. Sans regarder les kilomètres. Juste la distance entre les taureaux Osborne et le ciel.
Bref, 4 années sans monter jusqu'aux tendidos. Pour ne plus voir le toreo tourner en rond autour d'un animal devenu anecdote et surtout l'initialisation du triomphe de l'insipide en inspiration auteuriste. La tauromachie d'appétit, ce combat où tout se mastique et s'éprouve, stupidement magnifiée en menu "Bonne dégustation". Quatre ans avec seulement un tentadero. Lucien, Patrick & ses élèves (Solalito, El Rafi...) et des vaches de Chauvet au mitan de la Camargue. Un rond de planches et de l'herbe. Le "Lorenzo" dans nos yeux plissés. Ce goût et cette odeur d'une tauromachie agreste. Reposé. Abandonné aux plaisirs de la simple leçon de ces hommes prenant leur pied de doubler par le bas un animal un peu frustre et qui rompt ensuite dans la serge du "Chinois" à la classe si aérienne et suffisante. Au beau sens de ce qui s'attache à tout sauf au clinquant. Même dans les adornos. Et tout de même une course, une vraie comme on dit.  Parce que c'était la fête. Celle des amis en goguette. Tu parles. Trois taureaux à s'ennuyer. Et encore. L'ennui n'est pas le mal. D'un ennui peut s'offrir l'incongru, le passager, le détail. Non. Trois taureaux finalement à pressentir que la désillusion va devenir chronique. Irrémédiable. N'avoir comme  envie que le spectacle ne fasse plus partie de vous. Alors vite. Descendre à la buvette des arènes et passer l'épiphanie de cette sagacité au mal qui ronge par le fil du gin-tonic. Avoir un peu honte. Etre pris soudain pour un enfant qui s'est fait pipi au caleçon. Penser que cette même sensation reviendra si on y retourne encore une fois. Et sentir que ce liquide assez chaud qui vous coule entre les cuisses n'est pas si déplaisant au final. Le soulagement des choses tenues & retenues. L'énurésie d'une passion.
Les bêtes et les hommes de ce jour sans, je ne veux même pas m'en rappeler. Mais ce ne fut pas n'importe où. C'était à Bilbao. Au Botxo. Aste Nagusia's fever par-dessus tout. L'an dernier j'ai failli revenir. Nous déambulions barrio de San Francisco. On cherchait encore où boire un peu de vins d'vie autour de ce Nervion de jus frelatés par le bois, le sucre, la médiocrité. J'ai regardé l'heure. 18H30. Le temps ne s'étant pas arrêté pour l'ivresse, en ce cas pour le "gusano de los toros ni hablar"...On est reparti  au bar "Ander" écluser des preparaos. Sans regret.
Mais je me suis promis que ce serait là. Le retour, si un jour. 
Alors le 24 Août de cette année j'ai à nouveau fouillé dans ma poche sans arrêt pour bien m'assurer que le billet était là. Alors j'ai scruté le ciel. Alors j'ai humé le vent. J'ai compté les heures et les pas, les gestes & l'horloge interne du comme avant. Tout s'oublie. Mais rien ne se défait. Ne se désincarne.
Le 24 Août fut amer. Des taureaux incroyablement laids. Sorte de kits pour sortir en arène de première catégorie mais sans la fonction vitale. Le bouton pour s'allumer non fourni. Seul Roca Rey au 6°...avec un animal pétri de vacuité mais lui décelant quelques larmes d'envie d'être autre chose qu'une pauvre chose. Il se mua en puisatier. Il me donna la force de ne pas jeter le billet du lendemain au fond de la cuvette des toilettes.
Le 25 Août, donc. Toros de Alcurrucen. Encaste Nuñez. De la reata des musiciens pour une moitié. De celle des labeurs pour l'autre. Rien de spectaculaire. Du moins pour Bilbao. Mais du fond de caisse. Des perches veletas & de belle couleur. Un entrain certain. Une présence. Le dernier fit son devoir au premier tiers. Mais au second il fut le seul sur 12 taureaux vus combattre en 2 jours à poursuivre les nimbeurs de harpons jusqu'aux barrières. Ah...Et à demander à son matador de venir le chercher à l'endroit où l'on sort quand c'est nécessaire la bouche d'arrosoir. Au centre. Sur ce sable d'obsidienne fumée. Alors Diego Urdiales, qui avait déjà dit beaucoup de choses à son premier, s'avança vers "Gaiterero" et croisa son coeur au milieu. Le reste n'appartient qu'à ce qui court à perdre haleine une fois les blés fauchés. Au regain.
Diego, merci.


Crédits : Reproduction d'une litho de Pierre Parsus pour une publication de "Regain" de Giono et phto de l'agence EFE.

samedi 28 février 2015

Alimonade ( VI )



"J'ai regardé vers la vallée, là où je savais d'autres hommes, où je devinais le miracle des corps et des regards. Comment te dire cette substance poudrée, cette lumière pondéreuse qui ensommeillait de bleu le plat de la vallée ? Je t'ai dit il faisait chaud; un vent tiède à l'envers frais comme une soie, vous enivrait, vous faisait passer dans l'âme tous les étés d'autrefois, ceux où j'étais enfant, grattant du gravier au pied des massifs d'hortensias dans le jardin de Bayonne, la gorge sèche d'amour, absolument, corps et âme, enseveli dans une aventure ( je mets dans ce mot un sérieux terrible ). Dans le fond de  ma chambre un quatuor jouait doucement.[...] Je ne sais si des vivants - j'entends que non malades car maintenant je ne suis que demi-vivant - peuvent sentir ainsi la vie toute nue, toute palpitante si tu veux, sans qu'il soit besoin d'action ou d'amour pour la préciser, pour la manifester. Un fauteuil, une fenêtre,  une vallée, une musique, et c'était le bonheur, la vie m'entrait partout sans que je fisse un mouvement : mes sens immobiles me suffisaient. Et il semble qu'à se tenir tapis, par force, à cause de la maladie ils effarouchaient  moins la vie et qu'elle venait à eux en confiance, avec toutes ses traînes, sa pompe, la beauté intime de son essence, peut-être invisible pour ceux moins frêles, plus forts, qui font un mouvement pour la saisir."
( Roland Barthes / Lettre à Philippe Rebeyrol/ 22 Mai 1942 in " Roland Barthes" de Tiphaine Samoyault / Le seuil / 2015) )


"Pour toréer de jour nous devions traverser le fleuve à la nage. Nous cachions nos vêtements dans les buissons, à l'exception des espadrilles et de la veste de combat, que nous attachions sur la tête. Notre peau découverte était aussi insensible au feu du ciel que celle des salamandres. Nous cheminions, agiles et légers, à travers les cistes et les chardons. Quand enfin  nous isolions un taureau, nous le défiions dans la première clairière venue avec pour seule arme notre poitrine nue et le modeste leurre de la veste. La tauromachie aux champs, quand on n' a pour barrière que l'horizon, quand le combattant n'offre que sa peau dorée au fauve poilu, est quelque chose à mon sens de plus grandiose que la lutte sur le sable de l'arène, en habit de lumière  et avec la perspective bigarrée de la foule endimanchée."
( Manuel Chaves Nogales / "Juan Belmonte , matador de taureaux"/ Trad. Antoine Martin / Verdier / 1990)

Nb :  "Alimonade(s)" est une  rubrique façonnée dans le limon de l'alimon où  " faènent " de concert l'image et le son des mots par un tour de perlimpinpin dont seul le hasard est absent bien qu'il y préside. Elle surgit quand bon leur semble .

samedi 1 novembre 2014

...ce Torero


La vie est une force de l'oubli et ses vestales autant de points d'insertion qui clignotent quand tu allumes la page blanche. Deux Novembre & jour des morts. Le soleil est partout. Par le velux inondé j'aperçois le reflet d'un livre. C'est "Le corps juste". Page 24 le chapitre s'entête " Je veux quand même me souvenir de tout" , je la coinche.
"Ils ne veulent pas oublier leur base, comme on le dit d'une base de décollage, d'une base qui serait le lieu d'origine, le point du désir".
Un torero vient de mourir. Torero. C'est à dire aujourd'hui la liste excrémentielle des commentaires badigeonnés à la suite des oraisons en ligne. On n'est plus que ça. Des mots anonymes, désincarnés surgis dans la boîte de Pétri du net. Le point d'insertion clignote et zou. Sodome & Logorrhe, mauvaise haleine: latrinités.
Ce "point du désir" englobait ce Torero.
Malaga. Bureles de Diego Puerta. Le soir vers 19 h 30. On sait prendre la cambrure du temps ici. On la drape d'un châle sur la noce des corps malaguène, l'érotisme comme dilaté. A couper le souffle. A rester des heures au coin du bar Quitapenas. La modernité ne l'avait pas encore "derrumbé" celui-là, le café de Chinitas non plus. Depuis c'est fait. Casser les points du désir...
On était trop barré, on avait trop picolé de fino au concurso de Verdiales de la peña Juan Breva, on avait trop sombré nos yeux dans le nombril de la serveuse, on avait trop regardé les chevaux caracoler - derniers sursauts de la Feria del dia la peste équine à venir se lisait dans les crottins poussés dans les recoins , on avait trop de trop de trop. Vers 19 h 30 on était à la ramasse, vite les biftons vite. Vite 4 à 4 les escaliers jusqu'au tendido alto, vite prendre une bière au passage. On est encore dans le nombril. L'arène est un espace corporel. Nous, quelque part sous ses aisselles.
Les toros de Puerta sortent par la porte. Repartent aussi. On s'ennuie.
Là.
Une trinchera du Torero. Trincherazo, c'est plus long, c'est plus grand, c'est plus haut & plus profond. En appuyant à l'infini sur le [ra]. Le sable déplié, son lit défait. Je tends la main, les doigts tordus, je suis tout à coup La Trini* pourtant c'est moi qui crie. Ole. Si señor, ole. Mais je ne m'entend pas. Fulguration. Le ciel craque sous les rumeurs. J'écoute enfin mon jaleo. Il est loin, il traverse la mémoire.
Aujourd'hui seulement il prend fin.
Que Descanse En Paz et au-delà, Maître.


"Le corps juste" :  Christophe Dabitch ( texte ) Christophe Goussard ( Photos) sous-titré "Hamid Ben Mahi/ Alain Bashung ( éditions Le Castor Astral/2013 )

La Trini : Trinidad Navarro Castillo ( 1868-1930 ), Cantaora . "Créatrice" d'un cante por Malagueñas portant son "apodo".

jeudi 27 février 2014

Le dépouillé fastueux


Ils  pouvaient toujours retourner leurs bisbilles dans tous les sens, que "Si, te digo, la minera de untel" et que " No ! le "piqué" de tel autre", à un moment donné du grabuge il y avait sans coup férir l'un d'entre eux qui claquait ceci :
 " Y Paco ? "
Les chamailleries alors se dégonflaient plus vite qu'un doigt de virtuose sur une Hermanos Conde, les verres s'entrechoquaient de satisfaction, les sourires se libéraient.
 " Hombre, claro, que Paco...Paco es Paco ! "

Les tertulias de tocaores  se terminaient invariablement de la sorte.
Il n'y avait là pourtant rien d'intouchable, même si c'était Paco de Lucia qu'ils évoquaient. L'homme et sa guitare formaient à eux deux une simple bouée pour ne pas dériver mais aussi un fanal à ne pas déserter des yeux. C'était là que résidait l'essentiel. Ne pas dériver pour se rattacher envers et contre tout à la tradition qui coulait dans ses veines, cette tradition que minot il avait engrangée en écoutant les plus grands et les plus modestes - mais pas les moins affûtés- du chant et du toque dans le patio de la maison natale d'Algeciras, rameutés là par Antonio, le père, pour finir la soif et la nuit. Ne pas déserter non plus parce qu'il avait trouvé le passage qui menait à une autre expression flamenca, plus créative et plus diserte, plus libre simplement.

Le respect qu'on portait à Paco de Lucia dans les moindres recoins du flamenco m'a toujours impressionné. En général, quelqu'un qui a trouvé sa  liberté en la puisant autant dans les tables de la loi qu'au delà, un type du sérail qui s'émancipe et part taquiner d'autres harmonies, d'autres swings, allant même jusqu'à introduire de manière définitive un nouvel instrument dans les bases de la rythmique - le cajon peruano - sans demander la permission à personne, cet artiste pouvait tout aussi bien engendrer le désappointement, l'incompréhension, les rancœurs voire même le rejet, l'anathème. Il y avait à l'inverse des feux qui s'allumaient au bord de la cornée des cabales quand ils en parlaient. Paco c'était toujours "l'incroyable" , " le différent", " le sans égal" mais aussi "le dépouillé fastueux", " la rigueur passionnée".
Il avait surgi au flanc de Camaron et l'avait accompagné mieux que quiconque et les gitans pour cela le portaient au pinacle mais  mieux, il avait fait franchir les frontières du monde au flamenco. Il le portait en sa vérité première et lui ne se mettait jamais en avant. Les accords, les notes, les doigtés il les offrait, sa technique et sa puissance évocatrice étaient ses oriflammes et il se laissait guider par eux, on ne voyait que cela, on  n'entendait que cela. Sa guitare était comme le sixième doigt du panda. Vitale.

Le paysage du flamenco, celui que nous connaissions, celui que nous vivions comportait un certain nombre de vieux arbres vénérables, nous aimions et nous devions frotter nos désirs de savoir et d'apprendre à leurs écorces. Le bosquet dans lequel nous poussions à l'ombre de ces forêts comportait toutefois deux essences singulières dont on savait qu'elles feraient les meilleures rouelles pour le vin le plus profond : Camaron de La Isla et Paco de Lucia. Nous étions fiers d'être leurs contemporains et nous étions sûrs de nos convictions vis à vis d'eux. Le premier fut malheureusement arraché trop tôt à la terre. Le second nous restait et ses racines nous servaient de boussole. Nous pensions vivre et mourir à ses côtés. Paco, le maître et l'ami.
Hélas.

Alors, il ne faut pas se résigner. Il y a peut-être des statues à San Fernando et à Algeciras. Il y a certainement assez d'endroits au monde pour que sonnent para siempre les Lereles et les rasgueos des immortels que nous nous sommes imaginés.

Épitaphe, pourtant...

Je n'ai pas écouté tous les albums de Paco, certains de mes amis guitaristes en connaissent les moindres détails. J'ai toujours considéré le chant comme la matière inaugurale de la poésie du monde et avec cet antienne pour moi le cante trône et pour toujours. Mais Paco, quand tu poses tes doigts à l'endroit de la plainte hédonique de Jose, quand depuis tes yeux fermés on monte pour d'autres galaxies, quand je te vois écouter tes compadres jouer et que le plaisir de les entendre semble comme te traverser alors oui, tu es le plus grand !

Tu vois je n'ai pas pu dire " tu étais" , chacun sait pourquoi...
Il y a juste quelque chose que je voudrais te chanter :

"Cuando yo me muera, 
enterradme con mi guitarra 
bajo la arena. 

Cuando yo me muera, 
entre los naranjos 
y la hierbabuena. 

Cuando yo me muera, 
enterradme si queréis 
en una veleta. 

¡Cuando yo me muera!"


(FG Lorca)

Descanse En Paz.

nb : photo de Jean Louis Duzert




dimanche 19 janvier 2014

Au creux


De quoi se réchauffer les "aficiones" au creux de l'hiver indolent cette année.

" Que alegria de ser torero
en la cuadrilla de Paula 
y salir de banderillero
Y envidia le tengo a Paula
cuando sale a torear
y cita al toro en las tablas
con la muleta plega'  ".

samedi 3 août 2013

Juste après


"La muerte ya la ves : un simple ruido,
una mano tenaz, febril, helada
sobre el amante corazon rendido.

Y mira que inclemente y sosegada
junto tu brava sangre y el olvido,
en ti implantando el reino de la nada."

( Rafael Morales in "Toro muerto" / Poemas del Toro)

mercredi 31 juillet 2013

Juste avant


Tournés vers le sable ou vers le bleu du ciel, juste avant de "tutoyer les anges ou les dieux / et la mort les yeux ouverts " (André Velter / Paseo Grande avec Olivier Deck)

mercredi 24 juillet 2013

Mont2 : tas de laine 2013

Tendance générale : après avoir gémi de froid tout ce printemps l'aficionado geint de chaud en ce début d'été. C'est vrai que venir à Madeleine cette année ce fut vivre 5 jours et autant de nuit sous tas de laine tellement nous eûmes l'impression permanente d'haleter comme enfermés sous un poncho céleste. Mais bon. Sol y moscas, que diantre !

Dimanche. Les caraques sous les pins crissent dans le bleu rouge vert artificiel du Moun qui s'embrase et canonne. La bouteille de Figeac pond ses oeufs d'outre de nuit dans les verres. On savoure les dernières heures au jardin, loin du bruit. Les 6 Escolar ad patres disparaissent dans l'air embaumé de sarments sauf un, Cantanero, première corde vibrante d'une course au lasso qui a laissé sur nos dos d'esclaves du toro-toro peu de zébrures et aucune plaies. N'en déplaise aux zélotes. Mais la présence est un fait et il a plané sur l'après-midi une odeur de combat. C'est primordial. Devant Cantanero Rafaelillo a fini hystérique, braillant son adrénaline, terminant avec vulgarité une faena où plusieurs fois le fauve sembla prendre le dessus mais où finalement le murciano imposa cette vertu simple : ne pas concéder le tempo de l'affrontement, mettre son cœur au milieu et le faire battre plus fort que celui du taureau.

Samedi. Il y a quelques heures on regardait les cuisses des filles danser au travers des verres de Gin Tonic si défectueux en Gin et en Tonic qu'une seule question se pose au réveil : pourquoi ce mal des pieds à la tête ? Ah, je n'aurais jamais du suivre les diableries éthyliques du petit taureau fou madrilène. Des petits ou  même des grands taureaux fous, on en vit peu l'après-midi. Dans la camade du A couronné giclaient toujours un ou deux même trois jokers dézingués , rappelant au monarque Victorino qui l'avait fait roi. La vuelta à Mocito sorti en 5° position cachait le mauvais jeu abattu sur le ruedo montois. Pourtant, là aussi la partie ne fut pas dénué d'intérêt. Il y avait cette manière de distribuer les coups de reins, les charges, les retours qui donnaient un regain à la corrida telle qu'on l'aime, celle qui ressemble à cet instant où les joueurs de tarot posent leurs yeux sur les cartes et échafaudent les stratégies en pariant sur le possible de l'impossible. Alberto Aguilar fut le seul à tenir garde contre. Beau début de faena ployée, sincérité des appels, souci d'une tauromachie sans excuse. Son échec à l'estoc relevait du même panache. Il n'embrouilla personne avec la facilité d'un passage à faux ou d'un saut de carpe. Aguilar : torero.


Vendredi. Le fifre de Jean-luc est devenu célèbre dans toute la Plumaçonnerie. Râlez, vilipendez, quolibez voyageurs d'outre-Gascogne et vous autres insensibles à l'acidulé du zef que distille le gars Laboudique : quand un béret a mis son idée sous sa cloche, rien ne pourra le réfréner. D'autant que l'ami a su polir ses effets : qu'un tercio de banderilles se passe mal, qu'un taureau mette en difficulté la cuadrilla et sa musique se cloue d'elle même le bec. Bien, gouyat ! La ritournelle jouée par les pensionnaires du Tajo y La Reina fut d'un autre tonneau , de bout en bout ma non troppo : andante mais sans passion, sans épaisseur et sans allegro. Ils trahissaient la sauvagerie, ils échouaient dans le combat. Heureusement qu'un nouveau chef d'orchestre prit soudain la baguette à main gauche,cette zurda de la vérité, pour enclencher ce qui restera sur ma rétine le point d'orgue de mon tas de laine de souvenirs : Fandiño. que borrachera de ole sortie du plexus, ceux dont tu sais que tu ne peux les retenir. Si tu fais ça , jeune amicionado qui découvre ce sentiment si bizarre de ne plus s'appartenir, de ne plus se sentir corseter par les édificateurs de la pesée des oreilles coupées en 4, eh bien sache que toute ta vie tu le regretteras...Malheureusement il y a des aigreurs de partout et en voyant sortir a hombros les deux autres toreros et surtout le mayoral de la course on se disait devant tant de ridicule et d'irrespect que les pharisiens seront toujours à la fête tant que les marchands du temple hilares leur balanceront de tels colifichets à la figure. Porca Miseria.

Jeudi. Je passe juste pour dire combien Ponce soufflette sa leçon aux babines des impétrants dès qu'une bestiole donne dans la couardise de bon aloi. Chaque muletazo semblait dire : " Prenez-en de la graine, je repasse l'an prochain pour ramasser les copies". Les "taureaux" furent de Donald Cardwell del Cuvillo. Amen.

Mercredi. Tout début a une saveur à part. Le plaisir de serrer sur sa poitrine les ami(e)s et de se dire : "Allez, que Madeleine soit belle" depuis plus de trente ans est encore plus musqué. Il y avait ce jour-là un cartel qui calibre une feria. Toros de Fuente Ymbro. Au résultat : à la fontaine je fus et en fait de Brau* je revins avec des brocs gorgés de peu de caste. Pas sans intérêt pour l'aficionado j'en conviens. Mais assez bancal pour que les totalitaristes de l'éradication du Domecq où qu'il se trouve puissent  théoriser leur ressentiments, avec raison d'ailleurs ( ce qui rend l'aficionado aficionophrène). La corrida telle la Piste aux étoiles de notre enfance put à loisir se mettre en place. Les dompteurs étaient là : jambes écartés, chevilles prêtes à s'entortiller, rodomontades et plastrons affûtés. Ils firent les pitres aussi mais de la qualité exécrable des montreurs de fesses à tout va ! Ce furent aussi des bricoleurs de pauvre génie puisqu'ils font partie de l'engeance des inventeurs du toreo à vis perpétuelle qui leur permet d'enfoncer le taureau -et chaque jour un peu plus la tauromachie- vers les gouffres de leur perte de substances. Heureusement vint un radeau et à son bord une méduse d'Orduña , Ivan Fandiño. Il y a des toreros dont on sait, on palpe, on contemple la racha, la plénitude avec le sitio pour abscisses et le poder pour ordonnées, l'inspiration en asymptote comme en plus. Fandiño ce fut terrible pour moi, il me rappela Rincon de cette époque bénie où nous avalions les kilomètres à la recherche des morceaux de puzzle de notre aficion. Le colombien les avaient cimentés. En quelques coups de muleta impavide, en quelques moments où les cuisses de l'homme se révèlent prendre racine dans la terre ocre d'une arène, où les zapatillas s'enfoncent pour dénicher les lémures et les farfadets, Fandiño venait de remettre un coup de torchis sur toutes les pièces. Merci, Torero.

Et comme le veut une tradition africaine pour ce que Fandiño m' a offert je lui dois un retour. Ce sera une citation, tronquée ou ajustée comme on voudra, de Bataille (dans "L'érotisme") : le toreo " ne signifie pas la mort, au contraire, mais la mort est engagée dans sa recherche". 

nb : la photo est de Muriel Haaz.

*Brau : brave en catalan

 

mardi 7 mai 2013

Demain !!!


Casse-croûte matutinal, novillada sans chevaux, agapes sur les hauts de Morlanne, pause-café-folle blanche et "siestôte", copa, recopa y a los toros aux arènes Mitou Capdeville. Et longue tertulia s'il le faut , mais au comptoir. Le bonheur, quoi. Nos vemos, pues.

mardi 30 avril 2013

La casa negra

Pas le temps d'écrire. Le temps, ce sable...
pourtant Manuel, le dernier de la casa de Los Mairena, vient de partir.
Mais certaines fois ne pas en dire plus, laisser monter l'odeur de l'orage des terres à chardons dans la viscosité des silences, c'est cardinal. Suit alors l'envie d'un cante et de son chaos de "pureza".
Señores Antonio, Curro y Manuel a Vd le toca :



Gracias, mil gracias Jose Maria Velazquez y el equipo de "Rito y geografia del cante" otra vez por traer esas maravillas.

mercredi 17 avril 2013

Abou



Séville, Lundi 15 Avril en ce jour abrite Abou le vénéneux.
Il dort enroulé dans la fraîcheur du botijo de Jose Antonio Camacho
de La Puebla del Rio.
Qui gratte le goulot
Soudain ?
Le djinn démailloté furieux depuis sa gargoulette aperçoit la mer en feu jeter de l'argile sous les zapatillas trempées de tumeur mandarine
une corne
son éclair
se découpent un mouchoir
un pacte d'oubli
percent la poitrine du vénéneux ajoutent à la constellation dispersée sur sa peau
un grain de lune.

Abou, il est tard, la nuit est là. Il est saoul, il ne comprend pas pourquoi, assis sur un bord de trottoir de la calle Circo.
Il est tard, Abou rentre chez lui, une tache de vin sur sa chemise blanche, quand il la frotte il sait juste que son cœur bat plus fort. Plus fort et plus lentement.

"Como temblaba mi corazon madre
como temblaba mi corazon solito por la calle..."


lundi 1 avril 2013

Pedro Llen : le collectif dans la dernière ligne droite



Bon ,c'est pas pour dire mais ça urge ! Quoi ? le 8 Mai...Le collectif "Pedro Llen" cherche encore des fonds, des dons et des propositions, de l'aficion et des biftons pour que ce jour commémoratif , celui des morts qui ont su résister à la barbarie, soit celui où d'autres braves viendront mourir dignement , la bouche close et en livrant combat, bien loin des abattoirs terribles, anonymes et sinistres. Ce sextet de classe , un résistant à la fadeur ambiante du campo bien comme il faut - j'ai nommé Juan Sanchez Fabres, aidé de sa famille et de ses amis- se propose de le faire lidier à Saint-Sever, arène Henri Capdeville à qui de son andanada des limbes rien ne ferait plus plaisir.
Pour "ceusses" qui auraient loupé un épisode , le mieux est d'aller se rencarder là.
Pour les "zaujusse", sachez qu'on peut s'adresser directement au collectif par le biais de ces coordonnées :
Antoine Capdeville 0633150282 ou Luc Larregain 0640224066
collectifpedrollen@gmail.com

Nb : un lien vers l' interview claire et efficace du collectif par Pedrito du blog pure aficion, ici. 


vendredi 15 mars 2013

Théophanie subliminale (a Sol y Moscas )




...qui de vous grossiers belluaires
qui combattez de pubères bicornes- engraissés
aux tables de Capoue- , saignés
par des bourreaux juchés sur des piedestals
de chair malade, ferait des fioritures
face à des poignards fulgurants
frémissant d'ire et de fureur ?

Qui sa main perfide osa poser
sur le front frisé du roi de la prairie ?
dans le grand vent des campagnes où soudain il se retourne
et agite ses poignards
qui de vous impunément
défia sa colère ?
(...)
Son éclair lui vient de Zeus, son trident
de Poséidon ; dans sa tour brûle
le feu sacrée sans la royale licence
d'Héphaïstos; et ses roues de fer
que jamais
Vulcain dans sa forge ardente
n'eût pu fabriquer avec sa science métallurgique,
sillonnent la terre, tandis que sur ses flancs
le Serpent Voyageur, unissant
et nouant sa tête et sa queue,
a pu souder
les continents avec ses écailles froides.
(...)
Ô Géryon,  notre père, que jamais nous ne soyons
vassaux des hommes et des chevaux !

Fernando Villalon/ La Toriada/ Ed.Mare Nostrum/ Trad. Jacques Issorel

vendredi 8 mars 2013

Cante y baile por Derecho(s)


Marre de voir et d'entendre "...et la journée de la femme " par-ci et "...oui, un beau jour, vraiment , ce vendredi pour nos femmes, qu'on adore, hein ? " par-là.
Le 8 Mars est la date choisie, non pas pour se surprendre à dire" qu' ah bé, c'est vrai, elles existent, les pauvres bouchons, faut faire avec hein  ?... maint'nant ", mais pour rappeler les droits des femmes, certainement parmi les plus bafoués dans le monde. Y punto.

Bien que cette taylorisation langagière m'insupporte et me fait penser qu'une fois encore la pensée globale et locale, plurielle et particulière se retrouve soumise à la broyeuse idéologique, il faut tout de même en passer par là pour ne pas édulcorer la véritable dénomination de cette célébration qui , bientôt, sera rangée au même titre que la fête des secrétaires, nous rendant juste soucieux d'offrir un bouquet de fleurs à la personne de notre choix.

Donc, ne pas faire docte sur ce sujet me paraît tache ardue mais bon, en exergue et en hommage une vidéo où apparaissent Rosario " La Tremendita" , cantaora de "veras", et Rocio Molina , bailaora extra-ordinaire, pour célébrer l'histoire de ces femmes, chanteuses, danseuses ou guitaristes, aficionadas cabales, mères, soeurs et filles qui ont gagné le droit de sortir des cercles familiaux ( et le devoir d'y rester aussi, elles n'ont rien "lâché"), de s'affranchir des clichés ( et garder le droit de se les réapproprier pour mieux les "disjoncter") et parer à l'adversité des codes familiaux ou tribaux (et choisir de les transmettre avec bienveillance, comme un chemin de vie et pas comme une montée au calvaire).
Un tel duo célèbre l'histoire de ces femmes qui va, pour résumer à grand trait, de Carmen Amaya portant pantalon sur les scènes internationales et faisant frire ses sardines sur les sommiers du waldorf Astoria, en passant par Carmen Linares et son formidable travail sur "La mujer en el cante" un des disques indispensables à toute discographie un peu sérieuse, à ces travailleuses - Ana Peña, María Bala, Anica la Periñaca, Juana Vargas, Frasquita de Utrera par exemple -ramasseuses de pois chiches et d'olives,  qui dans la brutalité des années post guerre civile et franquistes affirmaient leur dignité et leur pugnacité,  une présence et un légat au travers de ces juergas de fin de journée où elles aussi, loin des regards réprobateurs des clans ou des sectaires, jetaient leurs chants et leurs danses pour participer à ces réunions, vecteurs de diversions aux fatigues et aux peines engendrées par le labeur extrême de ces " corrales de gañanias",  "réserves" des terres immenses des señoritos à main d'oeuvre bon marché.
Toutes, elles sont un pan immense de l'honneur du flamenco. Et leur droit à la scène, à la création et à la tradition nous est indispensable.
Voilà.
C'est dit.

Nb : à noter l'excellent livre d' Estela Zetania " Flamenco de gañanias" ( Ediciones Giralda )

mercredi 20 février 2013

A la folie


J'écris et là , dans mes oreilles, chante "El Torta". El cante bueno duele. Mais certaines fois "le duele al cantaor" parce qu'il se bat avec ce qu'il désirerait étreindre ou cogner et qu'il n'attrape pas. De sa poitrine, du vent, de son poing, du sable, du rien à l'entour juste des glaires, une colonne d'air qui vacille, ça ne passe pas. C'est ce qui arrive au Torta, en public à l'hôtel Triana, et il souffre. 
Je souffre avec lui. 
Je pense alors à Juan.
Juan Sanchez-Fabres, si je me remémore la dernière fois où je l'ai vu, faisait pourtant des sauts identiques à ceux d'un enfant au pied du sapin découvrant la panoplie dont il rêvait. La sienne, Juan il y a longtemps qu'il  l'a toutefois enfilé : c'est celle du fou, du loco perdio, romantico y libre. Celle qui dit au monde de ses contemporains : je suis ganadero de Bravos. De taureaux de l'encaste Coquilla. Parmi les derniers des derniers. Le monde contemporain ne rit pas de ces fous-là, elle s'en détourne juste. Juan n'en a cure. A Pedro Llen il choie ses vaches, compte ses erales, ses novillos, rêve de sortir une course de 5 herbes comme il en sortait dans le temps à Madrid avec peut-être un  nouveau "Relampaguero" ce taureau qui eut les honneurs de la vuelta à Las Ventas en 1959. Mais le mundillo est un monde certes restreint mais tout aussi contemporain, mesquinerie, caspa et navajazo dans le dos en plus. A son enthousiasme pour l'alchimie du Coquilla - bravoure, mobilité, fijeza -on lui sert en douche : ses taureaux sont trop peu volumineux, les cornes pas assez veletas et surtout, surtout, leurs museaux de furet qui embistent sans se laisser faire, leurs indocilités de sauvageons ça ne colle plus avec l'animal que plébiscitent les vedettes qui veulent de la viande avec une langue juste assez longue pour se faire lécher la taleguilla et qui démarre comme si on appuyait sur un bouton.
Le jour où je vis Juan bondir de la sorte, je sus que notre toqué de sang brave venait d'oublier d'un coup tout cela et pire encore, notamment les fonctionnaires vétilleux issus d'écoles appliquant l'hygiénisme européen qui l'avaient conduit jusqu'aux portes de l'abattoir pour ses bêtes et de l'abattement pour lui. Une poignée d'aficionados français, relayés par la blogosphère avait réussi à le dissuader d'aller jusqu'au bout de son emportement, la vague de soutien résultant si forte qu'il réussissait à affronter encore et encore les plaies de l'Egypte administrative que lui tendait en miroir des commissions de vétérinaires bardés des tables de la loi. 
Ce qui lui donnait des ressorts de Zébulon, ce qui lui permettait d'arborer un sourire qui mangeait toute sa barbe, ce qui faisait pétiller ses yeux malins et passionnés portait le nom de "Bordador", fils de la vache "Bordadora", "tienté" par Martin Pareja Obregon, et du  taureau "Soberano", mis en valeur par Domingo Lopez Chaves. Numéros, respectivement 8, 1000 et 10. Arithmétique de promesses. Héritage de bravoure et d'amour. Juan Antonio Siro venait de suer la goutte devant le novillo qui était allé avec une allégresse et un caractère inébranlables plusieurs fois au cheval. On allait le garder, c'était l'os à moëlle dans la soupe, le filon dans le minerai, la folie dans les yeux de Juan qui reprenait couleur. Nous étions fiers, nous avions participé à remettre du baume au coeur d'un grand ganadero. Le bonheur de l'aficionado lambda est si simple...

Las, les espoirs durent ployer. Oh , il se prolongèrent quelques temps. La carte verte d'abord permit d'entrevoir le bout du tunnel sanitaire puis un demi-encierro fut programmé à Madrid avec leurs frères de Sanchez Arjona. Mesquinerie à nouveau ? Défaut de présentation ? les deux ? je ne sais. Par contre les reseñas furent élogieuses, il y eut de la classe et de la promptitude à aller au combat, de celles qui éclaboussent l'aficionado le plus boucané au soleil des andanadas. L'année suivante, patatras ! dans le cadre d'un cycle des encastes minoritaires -déjà, l'intitulé à la con,  ça sentait le foin.. - re-bouts de chandelles à la petitesse sordide de la part des organisateurs, pied-de-nez mal élevé à l'aficion del Espiritu Santo : sur les six qu'avait bichonné Juan spécialement vu qu'on lui avait assuré un lot complet au regard de la demie-novillada de 2011 éh bien trois furent jugés inacceptables par Taurodelta pour ...excès de poids ! Pékin à Tombouctou, Reykjavik à Canberra. Au final, le 21 Septembre 2012 : 3 Sanchez Fabres, 3 Hoyo de La Gitana, 3 novilleros mi-verts, mi-toreados...Bref, l'ensemble tourna mal et pour Juan, court : deux de ses novillos furent même "rechazados" avant même la mise en lot. Un seul sortit, "Torrero". Il mit l'eau des essences à la bouche du conclave avant que le ciel de Las Ventas ne crève et dilue tout cela dans une tarde sin pena ni gloria. Comme si tout était voué à n'être qu'englouti, désespérément englouti dans cet abat diluvien : les espoirs de Juan, "Torrero",  "Bordador", "Relampaguero", Pedro Llen, Coquilla et leur folie, leur si belle folie.

J'imagine que Juan a du ressasser maintes fois ce dernier combat, que Maria-Cruz l'a soutenu plus que raison, que les amis du Campo Charro et d'ailleurs les ont appelé, réconforté. Mais Juan ne pouvait plus qu'abdiquer : et c'est ainsi qu'à cette heure il lui reste 6 beaux taureaux de Coquilla et il voudrait les voir partir ailleurs que dans la fumée d'un matadero après avoir été rôti par le feu de complications diverses : il y a un saneamiento fin Juillet dont on sait qu'il pourrait être fatal, des promesses avec Orthez qui devait et qui ne peut plus ( Orthez est une plaza comme les autres, quand les aléas vous tiennent ), des dates qui sont déjà "enquillées" un peu partout et aussi, il faut bien le reconnaître, une certaine indifférence qui préside à tout cela. Et au-delà ? au-delà, le nerf de la guerre, le "parné" , la monnaie, le flouze. Il faudrait , pour que meurent dignement dans l'arène et au milieu d'une dernière et grande ovation à un pan de l'histoire de la ganaderia brava, une somme rondelette que seuls des empresas idéalistes, des aficionados soudés, des peñas solidaires ou des mécènes providentiels pourraient rassembler. Bref , des locos encore une fois. Ceci est donc un appel à la folie, celle de voir lidier la dernière course du fer de Sanchez Fabrés.
Si ce que je viens de vous narrer vous touche, Juan est toujours là-bas, les yeux perdus dans les cercados où bientôt ne mugira plus que le pragmatisme d'un monde toujours plus calibré. Appelons-le, donnons-lui signe de vie. Qu'il saute de joie une dernière fois en voyant des taureaux qu'il aura tant aimé se battre jusqu'au bout et ne pas finir comme des carcasses anonymes.  

samedi 9 février 2013

La musica callada del cantaor


Hala ! Madrileñ@s, la suerte que teneis ! Un artista cabal, mi amigo Mateo, un cineasta fino y sabio, el Floreal, una buena charla, una peli y una expo que se merecen puerta grande, un lugar bonito y , me imagino, vino , tertulia y juerga si por hay surgen una sonanta y una garganta, un pecho , un alma, un grito.

Sobre "La mano azul" , en este blog le dedico hace ya unas lineas. Pulsando aqui se puede leerlas (en gabacho, lo siento ).

vendredi 28 décembre 2012

Question palpitante


"Ce qui nous reste est ce qui ne nous reste pas" dit le vers de Calderon, que nous avons naguère rappelé comme une définition suprême(...)de l'art baroque espagnol en général. Particulièrement en littérature, en poésie. Cette évasive sensation, comme celle du toreo, ni vue ni connue ( l'art abracadabrant ), celle du chant profond et de l'arpège cadencé de la guitare - ainsi que de la danse andalouse - (...) nous laisse (...) sans elle et sans rien. Et on ne peut faire autrement que de (la) trouver très baroque, dans son exhaustive simplicité, dénudé(e) , dépouillé(e) de rhétoriques superflues, et de la sorte fin(e), aiguisé(e), agile.. *

in José Bergamin "Le toreo, question palpitante" (Editions Les fondeurs de briques/ Traduction Yves Roullière)

* Bergamin s'exprime à propos d'un livre de Daniel Tapia Bolivar, j'ai donc du adapter la citation , d'où le passage au féminin.

Nb : Ce livre est à mettre, absolument, entre nos doigts encore gluants des restes de dinde. Il y a chair d'homme, là. Son titre affirme d'ailleurs cette insolence sensible qu'on peinerait à trouver dans n'importe quel opuscule faisant pompeuse allusion à la philosophie -si vous voyez ce que je veux dire... : "Le toreo, question palpitante" !
Nb 2 :  A la sortie du livre chez les Fondeurs, Jacques Durand écrivit, comme à son habitude, une belle recension profitant au passage de livrer quelques anecdotes concernant l'écrivain et le citoyen que fut Bergamin. On peut y avoir accès en taquinant le bouvillon virtuel.

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lundi 24 décembre 2012

J'vous ai mis ça au pied du sapin



Aragon Aragon, une envie d'Aragon.
30 Noëls sans.
C'est pas qu'un peu.
"C'est quand l'ombre m'emplit amère
Que je retrouve ce vin doux
Et Valence du bord de mer
L'étole d'os sur Cordoue"
La Morelli trémolote.
Pas grave,
"Il m'arrive parfois d'Espagne
Une musique de jasmin"
et tout le reste pfffff,
Soyeux Noël.

vendredi 2 novembre 2012

Vous faîtes quoi dans les neuf prochains jours ?


Voilà, c'est reparti pour un tour. Cela fait 28 ans que la chaloupe Jeune Aficion tire des bords depuis Saint-Sever pour atteindre Novembre.
Novembre et sa semaine taurine, "Arte y toros" plus exactement comme le proclame fièrement quelques pulls rouge pétard confectionnés il y a de cela quelques années maintenant et agrémentés du logo et du slogan idoines. Des pulls ? ah c'est vrai qu'on est loin des fines liquettes griffées des ferias de standing. C'est qu'il fait froid en Novembre ! Ce n'est pas l'aficion en bermudas et chanclas qui embarque pour le cap de Gascogne notre Cythère à nous, l' "aficion de peu" au sens sublime de Pierre Sansot, qui aurait aurait su, QEPD, l'exprimer mieux que moi. Mais je crois que vous me comprenez...


Cette année pas de Flamenco. La faja de la crise serre les budgets. Mais Samedi 10 le grupillo "Keko Raton" de Coria del Rio pointera ses accords dans le sens, débridé, de la juerga alors ne nous plaignons pas.
Sinon , que du trad', du sur mesure, du bel ouvrage monté tout au long d'une année et qui permettra d'allier Morante, Chinito et Julien Lescarret en terna dissociée en terme de chronologie, voire même par procuration ( de l'image cinématographique ) pour l'homme de La Puebla, mais totalement inédite pour le public qui viendra la voir, dans sa manière d'appréhender le paseo : en film donc pour Jose Antonio, en confidences et souvenirs pour Lucien et en approche picto-musicale pour le landais. Et comme dans toute bonne corrida il faut des cuadrillas à la hauteur il y aura  le cinéaste Ander Duque pour capter les ellipses et la plénitude de Morante, Jacques Maigne -le comparse d'un autre Jacques, Durand celui-là, avec qui il écrivit "Guadalquivir" et "L'habit de Lumières" ( pour écrire ainsi deux coeurs valent mieux que quatre mains)- pour "bréguer" en compagnie de Lucien Orlewski ( il faut l'entendre raconter, ou le lire dans sa bio éditée par Atelier Baie, comment son apoderado parvint à"l'enquiller" pour une novillada de San Isidro - époque Jardon - c'est picaresque) et enfin Bruno Grangé Cassou (plasticien) et David Passicos (musicien) aux banderilles artistiques avec Lescarret pour une "alchimie de saveurs et de talents" promet l'affiche.
En préambule de la "conférence" du Mardi 6 on pourra se délecter de la prose endiablée d'Olivier Deck, qu'ici aussi on  ne présente plus, qui sera là avec le club de lecture de St Sever. Que bien !



Mais la vedette cette année c'est un coiffeur. Un barbier très exactement. Celui de Pablo Picasso, Eugenio Arias. J'ai déjà narré, ici même, la trajectoire d'amitié qui unissait les deux hommes. Le fils d'Eugène, Pedro dont les lecteurs du blog connaissent l'existence, a accepté que quelques pièces jamais vues en France puissent être exposées au regard des curieux, des habitués ou des impétrants de la semaine taurine. Ce sera au caveau du cloître des Jacobins, exceptionnellement réouvert pour l'occasion. Attention à la tête en descendant, mais c'est simple et beau. Gracias Don Pedro.
La grande expo annuelle sous la coque de la grande salle "toro Expo" n' y a pas perdu ses droits, au contraire : 8 artistes présenteront leurs travaux en cours , escortés des encres du regretté Jean-Jacques Baylac.


Bon, il y aura des taureaux quand même ? maugréent les aficionados obtus ( je plaisante, tout doux, tout doux...). Ben ouais. Tu croyais qu'on allait lâcher le morceau ? Non, au contraire, dans l'ordre d'idées qui taraudent la peña depuis quelques années maintenant c'est à une journée placée sous le signe des encastes au grand pedigree mais à la santé fragile, parce que la "juanpedrite" ça se chope sans qu'on n'y prenne garde, du campo charro que nous aurons droit : Pilar Poblacion, Castillejo de Huebra, Miguel Zaballos et, plus classique, Adelaïda Rodriguez. En festival les premiers, avec dans la brega Varin, Nazare ( me tarde de le voir el gitano honrao) et Dieguez. En sans piquée les autres pour un mano a mano Soler/ "Juanito".
Pour parler de tout ce monde à cornes, des éleveurs et un des "The specialists" de l'élevage du taureau de combat, Thomas Thuries, le samedi précédent cette journée du 11 Novembre.
Des "bious", vous en voulez encore ? Il y  aura aussi de la vache sans cordes et des coursayres dès demain aux arènes définitivement baptisées Henri Capdeville, dont la moustache doit se friser de bonheur là-haut à voir un si alléchant programme. A Vos, Maître.


Bon, je crois que je n'ai rien oublié...siiiiiii, et justement "Mitou" ne m'aurait pas pardonné de passer ces aspects du programme sous silence : tout d'abord ce sont les 80 ans des arènes de Morlanne et une expo retrace leur histoire et ensuite il y aura agapes et rondes de vinos à toute heure du jour et de la nuit, agrémentées de bonne musique aux "Burladeros", le local de la PJA. Salud y libertad !

Bonne semaine à nous, à vous, à tous quoi.

Nb : ah oui ! l'affiche est signée Mathieu Sodore. Mais ça, tout le monde le sait depuis 28 ans.

mardi 11 septembre 2012

Courzyvite, courzyvite


On dirait une accroche à la Yvon Audouard : " Librairie Teissier" ( spécialisée en ésotorisme certainement, attention livres sur écoute, lecteurs du 3° Décan fuyez ! ) / "11 rue Régale" ( "La rue du boxon de Nîmes sioûplait ?" " Ben rue Régale , bonhomme ") / " Tinto y aceitunas " ( même en Corée du Nord les vernissages font plus cossu, oui, mais ça sonne espingouin )...Pourtant je crois que si vous êtes dans le coin il faudrait y aller parce que " Ya portrait, Portrazo même, non ? ". Et si tout est de ce tonneau...
C'est Delon, et dans le Delon tout n'est pas bon - heureusement- mais rien n'est sans passion.
Sinon on peut commander un catalogue tiré à 40 exemplaires...pour en savoir plus cliquez là :
http://photosmotstoros.blogspot.fr/2012/09/jme-la-pete-grave.html


Sans faute non plus...courez aux deux endroits où seront exposées les transcendantales photos de Cazalis Carlos. De surcroît, sachez qu' à La Marmite on se restaure fort bien et on y boit de l' Elian Da Ros par exemple. Ensuite, rue Godin, Pfifferling  le magicien de L'Anglore , proposera un Rosé de José. le jeu de mots vaut ce qu'il vaut mais la chopine doit, elle, mériter son pesant de pur raisin.
Des taureaux, des toreros, du vin, des olives, des photos, de la bonne chère, des amis...profitons tant que tout ceci est encore constitutionnel.