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samedi 9 février 2013

La musica callada del cantaor


Hala ! Madrileñ@s, la suerte que teneis ! Un artista cabal, mi amigo Mateo, un cineasta fino y sabio, el Floreal, una buena charla, una peli y una expo que se merecen puerta grande, un lugar bonito y , me imagino, vino , tertulia y juerga si por hay surgen una sonanta y una garganta, un pecho , un alma, un grito.

Sobre "La mano azul" , en este blog le dedico hace ya unas lineas. Pulsando aqui se puede leerlas (en gabacho, lo siento ).

jeudi 25 août 2011

Carte postale 2


A Madrid , vois-tu, il y avait moins de monde qu’à Venise. Mais , proportionnellement autant de güiris. Et puis des indignés. On a juste suivi la queue de la comète policière qui balayait derrière eux cherchant à retrouver Sol, se rabattant sur d’autres campamentos plus hospitaliers. Il y avait presque autant d’hélicoptères dans le ciel de nuit que de taxis Gran Via. Qu’est-ce que ça sera le jour où ils seront révoltés.
A la Venencia , rien n’est plus pareil, tout a changé…non, je déconne.
Au 21 calle de la Cruz, Toni revenu de vacances éblouissait, autant que les feux sous sa plancha. On a abusé des abats et des photos de Julio Robles. J’ai laissé choir un peu de sel  lacrymal dans ma cañita. A cause des photos. Plus tard, ailleurs,  on a siroté du gin-tonic au concombre. J’ai pensé , tu t’en doutes, à Angel. Il se dore la pilule sur la costa del Sol, largando avec ses amis de la trinchera malagueña. Heureux jubilateur.Pas vu non plus Carmen. Ils nous ont manqué.  C’était bizarre: Madrid , l’été, et pas eux, aussi bizarre que si Chicote s’était volatilisé ou bien si on avait changé de place la statue de Bienvenida .
Tiens, Las Ventas, on y est allé. Frascuelo, Andres Palacios et confirmation de Raul Velasco. Toros de Jose Luis Pereda. Plutôt encastée la course. 8 € à la sombra d’accord, mais deux heures de queue au guichet et le premier bicho escamoté. La plus grande arène du monde. En ce qui concerne la laideur picturale du cartel c’est vrai. Une belle mouise ( en fait une repro dégeu d’un tableau de Cesar Nuñez, plutôt pas mal, lui, sur la repro on dirait un biou pour Hermoso de Mendoza, les pattes dans de la colle ).
Carlos Escolar avait soigné son jabot, sa faja et ses trincheras. Comme toujours. Pourtant  là, il fut résolument du côté d’une toreria patinée, presque sous globe, mais alors avec un ressort ! et de l’animo, de la chaleur : Le torero sur la télé en N&B de Mamie Albertine en pleine action.  Carajo, quel cabot et quel torero. Palacios fut à la fois transparent, profond et incapable. Pas en même temps, heureusement. Il laissa trois séries de naturelles à se mettre sous le mouchoir pour cet hiver le sortir et hop ! juste avant de se moucher a ver si je me rappelle comment il a fait Andres de mi arma, parar, mandar , templar y recoger. Sous l’œil bien entendu inquiet de mes voisins de conseil d’école. Il me tarde. Raul Velasco , digne, sobre et avec l’idée de suivre Frascuelo. Ce qui est une bonne idée. Enfin, pour moi, Luc, tartampion et puis c’est tout, en gros. Pas pour faire fortune. Comment lui dire qu’il faut qu’il persévère -juste pour notre hédonisme-  sans qu’il nous déteste, Tartampion, Luc et moi,  un jour ou l’autre le Raul ?

 Le soir Helena et Sita étaient plus que belles. Gracieuses.  JJ avait fait un arroz. Il a pris des cours tu sais. Des cours d’arroces ! formidable ! c’est à croire en dieu ! ce fut effectivement divin. Jean-Marc  avait fait préalablement un tour chez Lavinia - La Tintoreria était closed-  et on a bu du Cheverny de chez Villemade, un Clos des Fées ( eh , Les Sorcières, pas la Sibérie, t’es pas fou ) de tonton Bizeul, un  Morgon de Foillard, et des tas d’autres trucs. On avait pas envie de savoir si les vignerons espagnols font moins qu’avant pousser des chênes en plein milieu des rangs de vignes. Pas envie d’être décus, quoi. Et pourtant , tu me connais, je dois beaucoup à ce pays. Tiens, en guise de paraphe, un p’tit tour d’érudition  chez Yourcenar (plus ça avance et plus je l’effeuille la Marguerite et plus je crois que je vais m’arrêter à "passionnément" ). Lis cela : « Le vrai lieu de naissance est celui sur lequel on porte un premier regard intelligent sur le monde ». C’était il y a 30 ans maintenant, mais je sais que pour moi ce fut là, comme aujourd’hui, sur cette terre avec une peau de taureau.

lundi 6 septembre 2010

Saint Roch


"Que yo he nacido en San Roque
y a mí me llaman Canela,
en el pecho tengo fragua
y en la garganta candela."


des fois ça va. des fois, pas.
quelqu'un là-haut, personne, lance des fils avec au bout des petits éclats de pierres transparentes, au son transparentes et précieuses. rien qu'au son.je lève la tête, vois ma carcasse dans le velux. on se croit riche quand on écoute la pluie commencer à tomber.
j'ai dépensé trente euros en vins de foire. côtes-du-rhône à rouler mauve, gros-plant de jute pisse d'étang,bergerac de gouyat, anjou feu, riesling de lieu-dit, gaillac à tête de prune...I'm a rough aficionado boy. j'irai pas à leur convention, leur tea-party du parc tes odeurs denise.
en août la baie des anges. les anges, l'eau. le jaja est composé à quatre-vingt-cinq pour cent d'Hdeuzo. 30 € fois 85 divisé par cent, j'ai dépensé 25 euros en nappe phréatique, en gouttes célestiales, en urine d'escargot.
à Vallauris il y a les fours où Don Pablo cuisait sa terre mais plus de cheminées. des marchands templiers. une cité-dortoir. des papillons bigarrés en céramique de quinzième zone. tout est à vendre, le sommeil et le passé. restent l'homme et la chèvre, la terrasse aux 13 marches où Eugène et lui buvait un trago, amigo, que tal las noticias, en madrid salio en hombros gregorio Sanchez, hijo de uno de los nuestros je Pablo ? la guerre et la paix, un numéro 1000 d'El Ruedo et sur le sol un autre d'El Mundo Obrero, la portada de Jose Ortega d'un vinyl de Caracol, les flacons de teinture du barbier, des bibliothèques, des bibliothèques, un éléphant en peluche quelque part. le café , les cuillères , le sucre, l'enseigne à tête de cheval sur la rue et le limoncello dans sa bouteille de neige qui fume.
j' irai pavaner mon oriflamme en rouge et blanc , pour quoi ? je pense à la voiture ornée de cornes où le peintre , les enfants, se baladaient dans les rues pour les fêtes populaires. ce sont des photos. elle est où cette guimbarde ?
à Nice "Le comptoir de la vaisselle" était fermé.
à Bilbao il n'y avait plus depuis 10 un quart, de billets pour l'apartado, pffuiii, tu vois le taureau cinq secondes a dit Rafael, tu viendras à celui de Bayonne avec moi, 5 secondes ? a pensé Alain en passant devant le Miura empaillé. regarde, a rajouté Rafa, ludo fais le toro...joder macho, croise-toi un peu plus quand même. j'ai avancé sur la corne, le burraco de Zahariche continuait de scruter Alain de son oeil en verre de boule de cristal. ouuffff ! retrouver la ceinture. 5 secondes, c'est abyssal. Leandro veut en sortir des abysses, du purgatoire des contrats en peau de pueblo, il lui manque ces foutus secondes qui taillent un héros gris et bleu, l'oeil et le rimmel du bocho.
à Sigean les vignes ont été arrachées et les rosalies sont encore là. j'ai envie d'un churro plein de sable. Grand-Père s'endort à l'ombre des restanques et les olives ont un goût de pyrite.
pas question ! pas de défilé en liquette Sorteo, je ferai le chenapan, j'ai la tertulia misanthrope, je suis sec. des heures à penser qu'on ne peut pas, qu'on ne peut plus écrire. on est au fond d'un ravin. toujours ce rêve. avant je volais. j'avais une vie sexuelle dans les draps, entre le sommeil. je montais, je descendais, je frôlais la terre, jamais je ne m'écrasais. A villefranche on a fait l'amour sous la douche. l'eau était blanche. comme une page.
Calle del perro.les calamars à l'encre avec un peu de vert jaunissant de l'huile qui souligne le bord de l'assiette. les petites fourchettes. les servilletas qui n'essuient même pas la bouche. on avait vu Ponce, des Sepulveda, on avait mangé à l'étage, Rincon, Cano, on avait bu de l'anis. chico/chica. douceur et varlope. col rouge et col vert, du sperme de baleine dans une petite flaque glacée qui descend vers le cul du verre. on été déjà venus une semaine ou deux avant, il avait plu, juste un peu plus que pour donner la course, on avait regardé les toises des inondations de 83 en levant haut les yeux, longtemps, puis on était reparti.on ne prenait pas l'autoroute pour se payer quelques zuritos de plus.
Alain a gardé mon cigarre, on le fumera autour des grillades en pleurant avec son père les pieds de merlot abattus. on dira que c'est la fumée. on jettera trois sarments dans la Dordogne pour appâter les aloses. et effrayer nos haut-le-coeur. tu liras Cendrars autour des braises, Alain et je mettrai ma main coupée dans la jupe des verres à pied.
chasser le bonheur. expression à deux balles. en deux endroits une blessure. il part. on le traque. il y a quoi dans les sucs gastriques d'un cantaor ?
à Madrid Carmen Polo avait fait construire des petits, tout petits pisos pour que les gitans trouvent de l'eau et de la lumière quand ils venaient chanter. ils baissaient la tête. elle empochait les commissions, grasses. Angel jouait à la toupie contre les murs de Las Ventas Del Espiritu Santo. puis rentrait Barrio de la Concepcion en passant par les arrière-cours où saignait la langue du duende pendue sur les fils à linge. il y pense encore à ce saisissement, à cet instant où tout bascule quand on entend un cri et qu'on s'accroche à son propre ventre en se disant que c'est cela, eso es ! , qu'on a toujours cherché. quand il veut s'en rappeler encore plus fort il joue aux dés avec le hasard du gin-Tonic.
t'as pas le sentiment qu'on va crever ? m'a balancé Ali. qu'on n'en a plus pour bézef ? ils veulent nous voir mourrir, on dirait qu'on est des vieux Saltillos et qu'ils viennent pour nous sauver mais nous on veut s'enfoncer l'épée jusqu'au tréfond. tu crois , tu crois qu'il faudrait y aller à leur toro-pride ?
au flamenco vive, j'ai acheté le disque de Canela de San Roque.je l'écoute en ficelle éternelle.
je calcule qu'il y a trois ou quatre taureaux Osborne entre le ciel et moi.
La Condesa m'a fait rire aux éclats. elle devait être si belle quand elle est entrée dans la chambre de Paula au Sanatorio de la rue Bocangel.
il fait chaud, nu j'ai passé le tee-shirt de l'Ateneo Republicano de Vallekas et je suis monté en delantera de gradas.
je prends les escaliers,je sais à présent que je rêve, l'oeil s'ouvre. je plonge, je voudrais tant raser le sable, planer au-dessus des huées...
la vitre est sans bruit. j'ai rangé la dernière bouteille. un chien passe entre mes lèvres.


dimanche 6 septembre 2009

La porcelaine des sens



Madrid.

la bière qui coule des cañas est un lait de poitrine lancé dans les pas de l’enfant que je n’ai pas été ici.

de cette mémoire blanche je décroche les noms des anciennes rues.
des nouveaux rendez-vous.

Santa ana.
Cerveceria alemana.
melia hôtel Reina victoria.
il y a l’odeur de Lupe sur le cuir de la buick.



penthouse rooftop bar.
les mules de Fuentelencina dansent de la pointe de leurs sabots.
113 Habitaciones Deluxe, 52 Habitaciones Supreme, 15 Habitaciones "The level", 2 Focus Studio, 5 Urban Suites, 4 Grand Suites.
chambre 220. le sang de Linares sur la poignée.
au bar Chicote
de l’autre côté de la porte le temps compte la vie
et la mort dans la vulve de l’horloge Coppel.

Calle etchegaray La venencia ressemble à une fumerie de fleurs sèches
où vos lèvres se referment
sur une goulée d’opium
de manzanilla fina.

la bakélite du téléphone tremble.
Carmen ne viendra pas. pas là. pas maintenant.



Mercado de la paz.
la cornée de nacre
des calamares
excitent les fossettes de Santiago
"de potera
son de potera , tio "
à la romagnole
la turlutte à la ligne
de nos papilles.



Madrid
pour nous seuls
la tête dans un chaudron.

Calle san bernardo.
Carmen enfin.
une saignée d’histoires dans la comète
de Lavapies
toutes les barricades flamencas
se disent dans la saveur du lit de son regard.
c’est la bagarre d’une vie
en piste
où nous sommes
sans un fil d’or ou d’argent.


fiers de sa fierté.





on parle des Pelaos
des Carbonell
de Faico
du Cigala
de la fumée de la bohème
sous les talons de Juan Ramirez.



la porcelaine des sens
se mue en fibres.

ludovic pautier / madrid / août 2009

jeudi 28 mai 2009

Chemin de vic 3 ( le ciel se resserre )


( A Israël Lancho )

hier.
trois toreros.
un sextet de sagaies.
la vibration
à la lumière noire
sourde
lancée vers
trois coeurs sans limites
mais hâves
et pétris d’incertains.
j ‘ai vu leur sablier.
la silice devenir
croûte abrégée
du chemin.
les corps voulaient
sucer leur effacement
mais
six nuages
longs
de combat
allongeaient les jonquilles
et le sang.
tam-tam
bourbe
serge rouge
sans rien d’autre
que la tache crue
du soleil sur le front.
une nano seconde.
la mort a voulu
glisser
sa semence
la vie a mis
sa bouche
sur la cloche
qui sonnait sous la soie.
ce soir
la déroute et la fascination
taillent les pierres
de la ravine
qui nous mène
vers la fosse
où le ciel se resserre.
une arène.

ludovic pautier

jeudi 30 octobre 2008

Le sonnet de curro


attention ! pour comprendre ce qui suit il faut avoir eu sous les yeux le texte publié par campos y ruedos à propos de jorge laveron.
en le parcourant des coulées de souvenirs ont giclé.
au début,je voulais ajouter juste un commentaire.
mon grain de sel.
au bout de quatre mots j'ai senti qu'il fallait aller plus loin dans la saignée.
alors voilà.


préalable :
lecture du texte de solysombra puis de vicente llorca.

pause.

clavier.

en avant.

moi je lis ça et j'ai la larme à l'œil mêlée à l'envie de me saouler.

parce qu'on a tous nos laveron quelque part dans nos ventricules.

en plus, le vrai, le jorge, on a envie de le croiser calle etchegaray et de lui payer un coup à boire juste pour avoir encore soif après.

c'est le plus important, d'avoir soif après.
avant, ce n'est pas avoir soif, c'est se désaltérer.
écouter les jorge c'est vouloir être plus assoiffé après qu'avant.

la phrase sur curro, c'était juste le lendemain de sa dernière oreille coupée à madrid.
l'année de l'expo.
1992.
la 'épo, comme ils disaient, sur le bras mort puis réactivé du oued-el -kebir.
la 'épo qui avait permis de virer les derniers gitans de triana et de les installer pour toujours aux tres mil.
poligono sur.

mais en lisant des guides pour touristes on peut encore tomber sur ce genre d'âneries : " triana. quartier des gitans de séville ".
jetez le guide et passez un coup de fil à bobote. c'est plus sûr.

la mascotte de la 'épo c'était un personnage qui ne collait pas à séville, genre le monde enchanté des polipockets. mais il s'appelait curro.

Ce jour-là d'octobre comme seul madrid peut en enfanter,
Curro -le vrai- un taureau, un tio de jao moura pas un toropocket, l'avait attrapé.
on l'avait cru mort.

Le moura s'appelait “soneto”. C'était bien curro ça, se faire trouer la couenne par un sonnet.

Son confiance avait commencé la vuelta avec l'oreille demandée et obtenue par l'aficion la plus exigeante du monde quand soudain
l'infirmerie s 'est ouverte.
comme la mer rouge.
et curro en a surgi pour achever la vuelta pied nus, le romarin aux naseaux.
Aqui soy yo.

En descendant des tendidos j'ai aperçu chinito.
Il avait l'air d'un prince dans son pantalon de toile rouge, sa liquette blanche et ses chaussures en paille , alors que tout le monde portait jaquette.
j'ai voulu l'embrasser. Il avait disparu. un elfe ça ne se rattrape pas.

Je ne sais pas, mais sa faena au curro de mi arma -20 passes, 12 peut-être - c'était une solera de la génération du 27.
un truc de pruneau , de noix et de cire descendu par tirage successif jusqu'à nos pieds.
un truc pour avoir soif ensuite pendant un bon millier d'années.

C'est simple, joaquin vidal avait écrit dans sa chronique : “Tres minutos después de iniciada su faena al cuarto toro, Curro Romero ya había hecho todo el toreo. “ .

juste après, on avait croisé jose maria velazquez (el pais aussi, supplément du dimanche, branche flamenca, canal rito y geografia del cante ) dans ce bar où on chante la salve rociera à minuit, toutes lumières éteintes.
« toi tu chantes »
« un peu »
«  tu chantes por fandango » il avait dit à mateo.
«  et toi » brusquement vers moi « toi, tu chantes por buleria, ça se voit ».

juan n'était pas d'accord sur notre currismo échevelé.
il disait les choses avec du recul .
j'étais bien incapable d'en avoir, du recul : en un trincherazo, un changement de main et quatre passes à gauche donnés avec une muleta tenue large comme une corde à linge, celui de camas m'avait projeté hors du cosmos. Pour prendre du recul c'est trop loin.

thierry avait débarqué,
un brin de romarin à la boutonnière.
Habillé en progre madrilène qui a trouvé sa canaillerie.
je l'aimais bien thierry , mais du coup jose maria est parti.
Il nous avait juste redonné soif.
C'était le principal.

Le lendemain jorge laveron cognait sec et précis :
« qui n'aime pas curro n'aime pas sa mère » ,
donc , et aussi «  curro est à inscrire à l'unesco, section patrimoine de l'humanité ».

alors on est parti avec toute la clique et olivier toréer des vaches à san agustin de guadalix.

sinon aujourd'hui,on serait encore à madrid.

en train d'étancher notre soif.

jeudi 19 juin 2008

Archipiels 8


La veille, bar Candela. Nuit. De cubatas y de soleà por bulerias. Ivresse du petit monde flamenco. Dans la salle le même personnage.Comme si longtemps ne voulait rien dire ,en doudoune bleue, fumant avec cérémonie, jamais assis, arpenteur compulsif. Son regard se vrille toujours d'une lumière d'horizon pur. On dit qu'il est un peu lolo . Chacun ici le respecte dans son errance lunatique.


Los flamencos abritent encore les démunis, les simples.


Petite fébrilité : des étuis à guitare pointent leurs museaux arrondis, les bruits se rangent dans une pâte plus épaisse. Apparition des lunettes rondes de Diego Carrasco, cantaor , letrista, poète et facétieux. Passage de tout ce monde dans l'arrière pièce en tapant dans la main de l'homme à la doudoune bleue. Un cerbère mutique pose son corps entre eux et les autres. Pas moyen de s'immiscer ou de simplement jeter un coup d'œil. Peur de quoi ? de rien. Le diamant brut du cante s'est toujours mal accommodé de l'effervescence, a de tout temps préféré le cercle de l'intimité. Mais on pouvait le rompre en montrant qu' on savait apprendre à l'écouter - le saber escuchar, un des piliers du temple - et le cercle, alors, vous laissait debout,près du frôlement des cabales , ces savants sans alphabet. Unis dans l'amour du cri. Aujourd'hui la foule des amourachés de la dernière movida est nombreuse. Et peu souvent respectueuse des codes.


Il y avait, calle Canarias, barrio de Legazpi, un local où un brouillard de tabac brun servait de viatique au chant profond. Un endroit qu'il fallait aller chercher, où se tissait la fraternité. Celle que scelle toute aficion .

On attendait au bar, ou assis sur des chaises cannées. Le type à côté de vous s'avançait pour aller s'installer dans le halo des yeux de tout un chacun. Ses mains calleuses ouvrait un bouton de la chemise. Pour libérer les premiers râclements. Les premières montées de diaphragme dans les petites mailles de l'affinage de la guitare d'El Mami , le tocaor officiel de l'endroit. Un , deux cantes. Pas plus. un chant de peu de facultés,de peu de facilités. Mais totalement dans la carnation d'une incandescence libérée. On écoutait les sanglots qui sortaient par sa bouche. Puis votre voisin de chaise revenait s'asseoir. Passait boire une bière fraîche au comptoir. Les épaules moins voûtées. Il y avait la " Peña Chaqueton " . Il y avait. Il n'y a plus.


Reste l'écho du filet de voix du Chato de La Isla , un soir d'Octobre il y a plus de 10 ans. Sa chétivité et sa puissance évocatrice. Son museau de grille de transistor écrasé. Tout son savoir, charrié par la caverne éblouissante de son chant. La rumeur de l'extrême attention du lieu et de ceux qui l'habitaient cette nuit-là. L'envie de se taper le front contre le zinc du bar, la jubilation d'être fou. Fou de ce sang qui remonte du ventre du Chato et se répand dans vos veines… La porte du Candela claque. La rue est mauve. L'écho s'est tarit. Le palimpseste se tisse encore un peu plus.




Ludovic Pautier (Palimpseste madrilène)



nb : la peña Chaqueton n'est plus mais les plus fidèles de cette épopée et l'association El flamenco vive régalent l'aficion de Madrid de récitals de cante à la sala juglar dans le quartier de Lavapiés.



nb2 : Miguel Candela, dueño du bar éponyme, est décédé en Mars 2008. de manière plutôt mystérieuse. Une semaine avant je le saluais encore en poussant le chambranle du petit jour. Ces souvenirs sont dédiés à sa mémoire.