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jeudi 10 juin 2010

Alimonades ( III )


"Un envoûtement est une influence ténébreuse magique portée par des corps, lancée par des corps, transmises et transférées par des séries inépuisables de corps, non pas psychiques mais organiques, pondérables, parfaitement délimitées et dessinées."


Antonin Artaud / Histoire vécue d'Artaud Mômo ( éd. Fata Morgana )



por seguiriyas / al cante : Antonio Nuñez Nuñez "Rancapino " / al toque : Diego Carrasco / al jaleo : quelques dépistés envoûtés au cubata et les cigarras ( ole las cigarras ! ) / lieu : El Rocio





nb : photo de Guenther Bauer pour "Ranca" , pour Artaud...???

samedi 31 janvier 2009

Un si joli bébé


diego carrasco est un allumé des verbes et brodeur des sens. il dit de la buleria :
"la solea est "la mare del cante" (la mère du chant), selon les "flamencolicos" (ça, c'est de morente , on est entre la pique et la tendresse )mais, si elle a une maman, elle a aussi assurément un papa. non ? alors si la mère c'est la solea , le père c'est la siguirya. et c'est à travers le chant de la paquera de jerez qu'on entend tout cela. et qu'on comprend pourquoi le bébé est si beau, si riche et si complexe. à l'infini."

(je mets des guillemets mais, en fait, je me suis simplement autorisé à passer par mon filtre à sons noirs et mauves un compte-rendu ,a posteriori, de la conférence que carrasco donna à nîmes il y a 10 jours environ sur la buleria. merci joss,merci pierre et merci jose ).

pour deleitarseavec un regard sur el diego de jerez à nîmes durant le festival flamenco, c'est sur campos y ruedos et c'est toujours par là avec la suite de la correspondance flamenca.

jeudi 4 décembre 2008

Geyser de la frontera



mazette.
en voyant passer la señora condesa au bras de rafael de paula tout le quartier s'est tu.

vite, il fallait un troubadour virtuel pour embrayer sur la possibilité d'un début de juerga, comme un hommage à tant de toreria qui passe.

surgit alors le meilleur des propices. sa majesté diego carrasco. un esprit des souffles incalculables lui avait sussuré qu'il fallait qu'il passe par ici.
à la vue du maestro et de sa cavalière, les cordes de moraito se frottaient déjà de plaisir.
les gorges subissaient les premières torrentialités de la voix qui montait de geyser de la frontera.

palmas por lo bajini. sorditas. puis plus claires, a compas de parapet parfait. pur jus de jaleo...
va por ustedes , los dos, carmen y rafaé.
diego, mi arma, a ti te toca. pim, pam, pum, fuego !
.
.
.
Cuando al vuelo tu capote,
pinta verónica al trote
del toro en el redondel.
Parece la Maestranza
una academia de danza
o un cortijo de Jerez.
Y cuando la aguja del toro
pinta el traje grana y oro
como ensartando un clavel.


En tus brazos soñadores
alfileres de colores
no le quieren coser.


Como mimbre canastero
se mece tu cuerpo entero
mientras que pasa el burel.
El vuelo de tu muleta
es el verso de un poeta
que quiere al cielo embeber.
Qué bronce de la escultura
del toro por la cintura
y tu muñeca un cincel


Y en tus brazos soñadores
alfileres de colores
ole con ole y olé


nb1 : une version chantée "al alimon" par diego carrasco et miguel poveda se trouve dans le dernier album du cantaor de barcelona, " tierra de calma " , qui est extraordinaire de bout en bout, grâce aussi à la probité artistique de production et d'accompagnement du guitariste juan carlos romero.
nb2 : comme au comptoir une tournée ne fait qu'annoncer la suivante, le ciego met en ligne la version alimonada dont il est question dans la nb1. ole los cantaores buenos .





jeudi 19 juin 2008

Archipiels 8


La veille, bar Candela. Nuit. De cubatas y de soleà por bulerias. Ivresse du petit monde flamenco. Dans la salle le même personnage.Comme si longtemps ne voulait rien dire ,en doudoune bleue, fumant avec cérémonie, jamais assis, arpenteur compulsif. Son regard se vrille toujours d'une lumière d'horizon pur. On dit qu'il est un peu lolo . Chacun ici le respecte dans son errance lunatique.


Los flamencos abritent encore les démunis, les simples.


Petite fébrilité : des étuis à guitare pointent leurs museaux arrondis, les bruits se rangent dans une pâte plus épaisse. Apparition des lunettes rondes de Diego Carrasco, cantaor , letrista, poète et facétieux. Passage de tout ce monde dans l'arrière pièce en tapant dans la main de l'homme à la doudoune bleue. Un cerbère mutique pose son corps entre eux et les autres. Pas moyen de s'immiscer ou de simplement jeter un coup d'œil. Peur de quoi ? de rien. Le diamant brut du cante s'est toujours mal accommodé de l'effervescence, a de tout temps préféré le cercle de l'intimité. Mais on pouvait le rompre en montrant qu' on savait apprendre à l'écouter - le saber escuchar, un des piliers du temple - et le cercle, alors, vous laissait debout,près du frôlement des cabales , ces savants sans alphabet. Unis dans l'amour du cri. Aujourd'hui la foule des amourachés de la dernière movida est nombreuse. Et peu souvent respectueuse des codes.


Il y avait, calle Canarias, barrio de Legazpi, un local où un brouillard de tabac brun servait de viatique au chant profond. Un endroit qu'il fallait aller chercher, où se tissait la fraternité. Celle que scelle toute aficion .

On attendait au bar, ou assis sur des chaises cannées. Le type à côté de vous s'avançait pour aller s'installer dans le halo des yeux de tout un chacun. Ses mains calleuses ouvrait un bouton de la chemise. Pour libérer les premiers râclements. Les premières montées de diaphragme dans les petites mailles de l'affinage de la guitare d'El Mami , le tocaor officiel de l'endroit. Un , deux cantes. Pas plus. un chant de peu de facultés,de peu de facilités. Mais totalement dans la carnation d'une incandescence libérée. On écoutait les sanglots qui sortaient par sa bouche. Puis votre voisin de chaise revenait s'asseoir. Passait boire une bière fraîche au comptoir. Les épaules moins voûtées. Il y avait la " Peña Chaqueton " . Il y avait. Il n'y a plus.


Reste l'écho du filet de voix du Chato de La Isla , un soir d'Octobre il y a plus de 10 ans. Sa chétivité et sa puissance évocatrice. Son museau de grille de transistor écrasé. Tout son savoir, charrié par la caverne éblouissante de son chant. La rumeur de l'extrême attention du lieu et de ceux qui l'habitaient cette nuit-là. L'envie de se taper le front contre le zinc du bar, la jubilation d'être fou. Fou de ce sang qui remonte du ventre du Chato et se répand dans vos veines… La porte du Candela claque. La rue est mauve. L'écho s'est tarit. Le palimpseste se tisse encore un peu plus.




Ludovic Pautier (Palimpseste madrilène)



nb : la peña Chaqueton n'est plus mais les plus fidèles de cette épopée et l'association El flamenco vive régalent l'aficion de Madrid de récitals de cante à la sala juglar dans le quartier de Lavapiés.



nb2 : Miguel Candela, dueño du bar éponyme, est décédé en Mars 2008. de manière plutôt mystérieuse. Une semaine avant je le saluais encore en poussant le chambranle du petit jour. Ces souvenirs sont dédiés à sa mémoire.