vendredi 28 décembre 2012
Question palpitante
"Ce qui nous reste est ce qui ne nous reste pas" dit le vers de Calderon, que nous avons naguère rappelé comme une définition suprême(...)de l'art baroque espagnol en général. Particulièrement en littérature, en poésie. Cette évasive sensation, comme celle du toreo, ni vue ni connue ( l'art abracadabrant ), celle du chant profond et de l'arpège cadencé de la guitare - ainsi que de la danse andalouse - (...) nous laisse (...) sans elle et sans rien. Et on ne peut faire autrement que de (la) trouver très baroque, dans son exhaustive simplicité, dénudé(e) , dépouillé(e) de rhétoriques superflues, et de la sorte fin(e), aiguisé(e), agile.. *
in José Bergamin "Le toreo, question palpitante" (Editions Les fondeurs de briques/ Traduction Yves Roullière)
* Bergamin s'exprime à propos d'un livre de Daniel Tapia Bolivar, j'ai donc du adapter la citation , d'où le passage au féminin.
Nb : Ce livre est à mettre, absolument, entre nos doigts encore gluants des restes de dinde. Il y a chair d'homme, là. Son titre affirme d'ailleurs cette insolence sensible qu'on peinerait à trouver dans n'importe quel opuscule faisant pompeuse allusion à la philosophie -si vous voyez ce que je veux dire... : "Le toreo, question palpitante" !
Nb 2 : A la sortie du livre chez les Fondeurs, Jacques Durand écrivit, comme à son habitude, une belle recension profitant au passage de livrer quelques anecdotes concernant l'écrivain et le citoyen que fut Bergamin. On peut y avoir accès en taquinant le bouvillon virtuel là.
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mardi 3 mars 2009
Eclair éloge

Char, rené, confia un jour qu'il avait senti une présence semblable à celle d'un éclair à ses côtés.
la poésie le toucha à jamais :
« l'éclair me dure. la poésie me volera de la mort ».
écrire cela et c'est tous les feuillets d'hypnos et les seuls demeurent qui louvinent dans les taillis.
miguel hernandez dit à peu près ses luttes similaires avec ce titre : « el rayo que no cesa ».
la tuberculose eut beau ronger ses poumons , sa mort ne put rien non plus contre l'infraction poétique puisqu'il continue à lui lancer des oignons, ses si beaux et odorants oignons , projectiles dérisoires, défi du corps hâve et du geste faible depuis son au-delà car la peur n'est pas de l'affronter mais d'être seulement au dessous de la stature de l'homme debout.
les « flamencos » , gitans ou payos, artistes, écrivains, que guy bretéché révèle admirer, ont su tirer des tours de meule de leur vie, de leurs capacités, leur foi, leur éthique, de leur amour du chant , des éclairs qui zèbrent et fulgurent l'histoire du cante jondo. Ils vertèbrent cette splendide et érudite somme qu'atlantica a eu la bonne idée d'éditer car , pour moi, elle vient en point d'orgue d'une ligne d'ouvrages et d'auteurs dont bretéché hérite sans dilapider , éventer ou détourner le patrimoine mais réussit aussi à en prolonger les contours , les accents, les partis-pris ou les engouements, les colères et à en combler les ombres lacunaires. Après les deval, leblon, pradal, vidal, sandoval , bois ou lemoguedeuc ce professeur d'histoire qui réside en bord de loire a trempé sa plume dans l'eau des meilleures sources de la marisma andalouse pour clarifier et vivifier une thématique passinonante , la genèse d'un art qui , comme le soulignait pepe bergamin , fait partie de la famille des sans alphabet.
manuel torre, dans ses yeux , les sons noirsautour de onze chapitres gravitent les figures des plus grands à travers leurs histoires, petites, " minuscules " dirait michon , ou grandes, de la gangue des peuples, celle des persécutés , des chassés, des laissés pour compte, des lies. En tout 33 personnalités de la voix , de la guitarre et de la danse flamenca. S'y ajoutent falla et lorca mais aussi miguel ceron, les machado père et fils, felix grande, blas vaga et rios ruiz, ricardo molina, pulpon,... autant d'intellectuels et de professionnels, de simples amoureux , d ' « aficionados cabales » que guy bretéché convoquent pour accompagner ce chemin historique éclairé et juste quant au ton ,aux arguments ou aux positions défendues fermement mais jamais sans clé de discussions.
alors , que reprocher ?
une fois de plus, et c'est une marotte, il faut constater l'absence d'un chapitre qui serait consacré aux membres de cette famille mais du côté français.
leur témoignage, leur histoire, me semblent aujourd'hui importants et devraient être partie prenante d'un tour d'horizon, exhaustif peut-être pas, mais juste.
parce qu'il nous dirait quelque chose de l'exil, de cette dernière trainée de migrants de la longue histoire des « poursuivis » du flamenco.
entendre par exemple le « tocaor » daniel manzanas parler de sa rencontre avec son voisin de palier qui n'était autre qu'un cantaor qui avait accompagné carmen amaya dans ses plus grandes tournées mondiales et qui s'était un jour fixé à paris pour les yeux d'un amour , c'est entendre la copla qui susurre :
« esa guitarra que toco cette guitare dont je joue
tiene boca y sabe hablar, a une bouche et sait parler,
pero le fartan los ojos mais il lui manque les yeux
pa' ayudarme a yorar pour m'aider à pleurer."
Tout cela reste à écrire.
l'éclair a plusieurs lueurs,
Ojala !
nb : sur campos y ruedos la correspondance entre solysombra et mézigue a repris.justement on y parle de luis de almeria. gitan de port de bouc, ami, bonne personne et cantaor puro ( photo solysombra ).
mercredi 9 juillet 2008
confrontation totale ?


samedi 17 mai 2008
Archipiels 2

Jose Bergamin a dit des choses fragiles et complexes
sorties de sa poudre de perlimpinpin
de son sac à confettis.
je voulais le rencontrer sous cette forme gazeuse
et définitive.
En triturant mes lieux de mémoire il y en a un, loin d' Aragon, en bord d' Atlantique.
Nous étions trois. J'avais un bouquet de fleurs tristes, serré dans mon poing. Il pleuvait. Enlevé d'un talus, un busard déployait le cœur des herbes. C'était, comme l'avait dit les plans, au-dessus du village. Voiture laissée, porte franchie, nous cherchions. Le temps passait, à lire les épitaphes, à déchiffrer la moindre inscription, trempés au milieu des arbres. En levant la tête ils vous mangeaient de leur sève, sauf un, décapité par la foudre, son sang de charbon coagulé à sa gorge.
Je cherchais en pensant à ce vieil homme ayant connu la guerre, la perte, la faille sur une vie de livres lus et d’autres écrits à la lumière chancelante d'un orage avant. J'étais dans la caresse lente et violente du vent. Pour apprendre. Chaque seconde de cette quête avait la force des sabots épais d'un cheval humide.
Soudain elle fut là, bout de terre simplement amoncelée, une tresse de coquillages avec quelques mots d'un poème sur la mer avec son écume, qu'on apercevait. Autrement, juste un prénom, un nom et deux dates : José Bergamin 1895 1983. Je voulus appeler les autres mais la gorge était nouée et la bouche sans muscle. Je restais là, le regard mouillé dans le crachin du Pays Basque.
Certaines fois je me dis que j'y suis encore.
(Ludovic Pautier/La présence des gorges)
jeudi 15 mai 2008
Bergamin
lui.
Jose Bergamin,
photo/portrait au burladero
real maestranza de caballeria
Ronda
signée : Rafael Atienza
il a compris
les mains
miroirs
de l'écriture .
en fait,Florence Delay je ne l'ai pas quitté sur le malentendu de "riche et lègère".
parce qu'elle a mis nos yeux entre les mains de Pepe Bergamin.
"Il était petit, paraissait grand, il était voûté, paraissait droit. Le lutin, en lui, le disputait à l’inquisiteur. Il tenait de l’oiseau et du couteau.»
(Florence delay "Mon Espagne/Or & ciel)
une traduction lumineuse, dès le titre :
"la musica callada del toreo"
"la solitude sonore du toreo"
transfiguration.
"Et alors même que nous l'évoquons, la musique de leur toreo renaît en silence aux yeux de l'âme et à l'oreille du coeur comme si nous étions en train de la voir et de l'écouter. Comme si elle s'était posée et avait fait sa demeure dans l'âme, l'air, le temps, à jamais."
(Jose Bergamin "la solitude sonore du toreo"/trad.F.Delay/Seuil 1989)

olivier me dit que jesus manuel
"El Cid"
a écrit de la main gauche
son encre est rouge
la page
mélange brume de lait de lune.
faena
fenaison
des yeux clos
je n'ai pas allumé la télé
pas ouvert le tuyeau des images.
ma solitude, seule
a ce son
monté dans la pupille
de 18 000 larmes
posées dans l'air.
épée
dernière demeure
et fuite.
"Cid
has pinchao como un ciego"
un échec
comme un éloge
de la main gauche
à la main
gauche,
de zurda
a torpeza.
(pessac en pensant à madrid
las ventas del espiritu santo
15 mai 2008
toros del pilar
jesus manuel "el cid"
juan bautista
alejandro talavante)
PS: photos de Rafael Atienza
L.Clergue (Rafael dePaula/Madrid)
et Juan Pelegrin "el blog de manon"

