vendredi 14 novembre 2008

Archipiels 17 ( a paquera )



francisca mendez garrido "la paquera de jerez" était un chaudron roussi aux lèche-flammes de sa reata ,sa lignée , de son quartier , el barrio de san miguel , et de ses facultés, sans bornes.
"caracolera" de tête, dans l'eau bouillonante de son cante tous les azimuths s'entrechoquaient quand elle commençait à "trembler" por bulerias. sa voix accroche et ravaude, tonne et susurre, passe le colet et pardonne.
dans "flamenco" de carlos saura, c'est à elle que revient l'espace qui ouvre l'opus. la caméra, par en-dessous, cintre une expression unique, cette chair empesée est soudain la corde d' un arc, la concentration de sa flèche n'ayant qu'un but, la vrille des peines dans le bonheur d'exister et de le clamer.
sous son ventre la seule amarre est un diaphragme.la houle est dans ces mains qu' elle agite pour se quitter la foudre qui la sauve et la tue.
jamais je n'ai pu voir ou revoir ce parcours de caméra fluide "sauresque" sans que cette puissance océano-tellurique de nouveau ne m'assaille.
la paquera est morte en avril 2004. juste avant la feria del caballo. elle est hija predilecta de sa ville et son ayeo retentit encore rien qu'en disant cela : " paquera ! "

sur le revers
de ta bouche

le pli du hasard
s'enrobe
en mur de lambeaux

tu laisses boire des îles

où se désosse
le creux des typhons

à ces morsures
dans l'absence

tu glisses
le cristal

soudain rouge liquide
du réveil


dans les craquements
de l'osier


tu claques
le bois

pour que le feu
prenne à l'intérieur

et respire.


ta salive

écoute le retour

au silence

des parchemins
montent de ta gorge

sur ta peau

ils ont la sueur âcre
douce et lacérée

au-delà

lestée
d'ouragans de jaspe

ta main tenue
est l'horizon

comme citadelle
indéchiffrable


ce regard complexe

vrille
de ton ventre

les charrettes de feu

une moiteur
tenue tout près

avec aux genoux
des corchures.


ta voix

accole à la vie
une nuit de lanière


percé
de son aiguille

tu demandes
à la pluie

d’orienter vers toi

sa lumière d’âme



les tempes blessées
de ton histoire

ou plutôt
leurs silhouettes
de disgrâces

sont les rhizomes
harmoniques

à l' ubac
des cimes

désenneigées sans lutte


tu vas vers l'aurore
de cette ecchymose large
que tu connais.


ludovic pautier ( la mémoire des bris )

mercredi 12 novembre 2008

A sophie


flamenca, aficionada, aimable, avec un sourire chaud comme un petit matin de madeleine, sophie a fermé ses beaux yeux noirs il y a quelque temps déjà.
elle continuait à vivre avec la seule force du compas des systoles et des diastoles.
la sienne mais aussi celui de l'amour de ses parents et ses amis.
depuis hier le souvenir de cette vie emportée est définitif.c'est terrible mais le grand chariot du deuil peut enfin s'avancer.
j'y fait monter deux simples choses. je crois qu'elle aurait aimé cela :

"buena copla es la que deja
al que canta o escucha
en el corazon consuelo
y en los labios amargura"



"dessine avec de l'eau et le verre
d'un trait la branche d'amandier

bien que la maison près de la mer
ait à présent disparu"


(lorand gaspar / patmos et autres poèmes / gallimard poésie )

mardi 11 novembre 2008

Ce sang est un ciel de l'ange sorti de terre ( l'enfant de saint-sever )


Les anges se mordaient les ailes en même temps que de leurs doigts ils repoussaient l'émail vers des frontières
liquoreuse
de vermeil
là où ocre elle devenait bleue la terre subissait la meule fendue du sabot

l'enfant voyait des taureaux pour la première fois il sortait sa langue et léchait
lèvre
sous la rigole du nez d'un geste d'icelle

il aurait aimé jouer dans la petite boue qui se formait à chaque pas de l'animal et chaque mouvement rose de l'homme aux doigts mouillés parce qu'il fouillait de sa main
le ru du sacrifice

l'enfant tapait de son poing dans l'air
seuil de ce silence sombre accroché aux flancs creux du crépuscule bousculé de milliers d'ampoules minuscules larves scintillantes accrochées au-dessus de l'os de celui qui ne sait pas qu'il pleut jusque dans la lourdeur serpentine de la cape pliée
et laissée là à la bonne distance de la main tordue qui peut attraper la corne avec un astre

l'enfant n'a pas vu l'ange
et rien n'est sorti de la petite boue
alors il a rangé sa langue pour poser un baiser sur le cou endormi de son frère
le derme mua en frisson trainé sur la crête des dominos qui se renversent jusqu'au cercle de l'homme aux doigts que le vent suce au vol
là où la rosace des naturelles
a repris son goutte à goutte dans la main d' un ange
autre
élu de la glaise
à parure de tourments

l'enfant s'est assis a regardé
le ciel
puis la terre
comme s'il avait compris quelque chose.

ludovic pautier/saint-sever/11-11-08

nb : illustration d'un dessin de lorca.

lundi 3 novembre 2008

Alborea ( là où l'aube n'a plus d'importance )

las alboreas sont les chants des noces gitanes.
l'éthymologie ( "alba" , l' aube ) n'engage que supputations vers des interprétations éloignées de l'utilisation rituelle de ce cante : chanter pour les fiancés au premier petit matin de cette nouvelle vie qui démarre parait symbolique mais n'a pas de rapport avec ce qui motive une alborea à l'origine, c'est à dire la célébration dans les letras de l'hyménée, suite à une défloraison manuelle qui doit prouver par la présence de taches de sang sur un drap, que la novia est bien vierge au jour dit.
cette tradition, c'est une femme âgée, la picaora, qui s'en charge en pénétrant la promise avec un doigt de la main droite recouverte d'un gant. le sang recueilli est ensuite utilisé pour tacher un tissu blanc en trois endroits . c'est la boà al deo.
il va sans dire que tout ceci n'est plus automatique et que beaucoup de familles s'en passent.
mais une union gitane sans la beauté des alboreas qui raconte de manière imagée cette cérémonie, ce n'est pas possible :

en un prado verde
tendi mi pañuelo
salieron tres rosas
como tres luceros


(dans une verte prairie
j'étendis mon mouchoir
sont apparues trois roses
comme trois étoiles)

d'autres temps forts accompagnent la cérémonie ( la farine, les sucreries, les pétales jetées sous les pieds des amants, le lancer de la toronja -gâteau en forme d'anneau- par la fiancée, la portée des nouveaux mariés sur les épaules des invités, les chemises déchirées et les jupons découpés exhibés ensuite comme des trophées...).
la boisson est abondante et la nourriture, elle aussi en quantité, permet de faire durer la juerga qui s'ensuit toute la nuit, parfois même plusieurs jours.
éclateront alors les bulerias puis les chants de la gravité et de l'envoûtement - solea, siguirya - nés de l'épuisement qui est souvent à la fois le pire et le meilleur allié du duende avec les acuités - exarcerbées les unes, émoussées les autres - particulières dues à l'alcool.

longtemps on a considéré que l'alborea ne devait en aucun cas se chanter en présence des payos, des non gitans. par peur de porter malheur, par volonté de ne pas galvauder les traditions les plus secrètes.
outre le fait que cette tradition de la défloraison manuelle a depuis été attestée historiquement dans beaucoup d'autres lieux du pourtour méditerranéens (et ce bien avant l'arrivée des calé en espagne ) , la divulgation à travers des enregistrements sonores et mêmes visuels de l'éxécution de ce chant, montre qu'aujourd'hui cette époque est révolue.
et c'est souvent avec fierté que les jeunes gitans tiennent à montrer à leur communauté, au-delà aussi d'ailleurs, qu'ils sont fiers de leurs origines et que ces mariages, et donc le moment particulier des alboreas, sont un moyen d'affirmer son enthousiasme, son orgueil même, de convoler selon un rite où se mélangent le païen,le chrétien et le gitan.
" bodas de sangre " d'après lorca. la cérémonie dévoilée et esthétisée par le maestro antonio gades.


en général il faut distinguer musicalement, les alboreas de boda qui sont des chants collectifs de celles que gravera un cantaor pour une anthologie par exemple (agujetas , anthologie ariola "medio siglo de cante flamenco" ).
dans ces alboreas collectives, il y a un moment important et rare en flamenco, c'est la reprise en choeur, à l'instar des fandangos del alosno, d'un refrain dit "cané".
le style de ce palo s'apparente à la buleria lente ( pa' escuchar ) ou à la solea por buleria. mais on peut en trouver chantée por tangos ou por sevillanas.
ce sont donc surtout les paroles qui vont déterminer si on est en présence d'un chant de noces.

les alboreas, bien évidemment, sont considérées aussi en fonction de leurs origines géographiques sur la cartographie des chants :
il y a celle de séville, la gaditana (cadiz) , la de grana' (granada), de jerez, de lebrija, de utrera, , de cordoba, de jaen.
étonamment on considère que la plus pure , la plus riche en référence aux variations et aux nuances qu'elle conserve, est la version de la région d'
ecija.
Ce qui est étonnant c'est que "la poële à frire" d'andalousie , la ville aux multiples giraldas ( neuf campaniles de mosquées reconverties, les sévillans peuvent aller se rhabiller pour une fois ), n'est pas spécialement connue pour être un creuset dans la formation ou l'évolution des chants.

Le document vidéo montre cette manière contemporaine de mélange des genres sans pathos qui permet à la niña pastori et à diego el cigala, de chanter por alboreas lors de la phase religieuse d'une boda gitana.
dans l'enceinte d'une église, les mariés écoutent avec délices l'honneur que leur font les deux artistes, les invités donnant un peu de compas et de juerga en entonnant, en coro cané , l'estribillo ( le refrain) et cadençant le rythme d'une cérémonie qui ,on s'en doute, se poursuivra au-delà des heures où l'aube n'a plus d'importance.

¡Olé salero, lo que ha llovío
las calabazas se han florecío !

¡Olé salero, olé salero,
que bien le pega a la novia el velo !



jeudi 30 octobre 2008

Le sonnet de curro


attention ! pour comprendre ce qui suit il faut avoir eu sous les yeux le texte publié par campos y ruedos à propos de jorge laveron.
en le parcourant des coulées de souvenirs ont giclé.
au début,je voulais ajouter juste un commentaire.
mon grain de sel.
au bout de quatre mots j'ai senti qu'il fallait aller plus loin dans la saignée.
alors voilà.


préalable :
lecture du texte de solysombra puis de vicente llorca.

pause.

clavier.

en avant.

moi je lis ça et j'ai la larme à l'œil mêlée à l'envie de me saouler.

parce qu'on a tous nos laveron quelque part dans nos ventricules.

en plus, le vrai, le jorge, on a envie de le croiser calle etchegaray et de lui payer un coup à boire juste pour avoir encore soif après.

c'est le plus important, d'avoir soif après.
avant, ce n'est pas avoir soif, c'est se désaltérer.
écouter les jorge c'est vouloir être plus assoiffé après qu'avant.

la phrase sur curro, c'était juste le lendemain de sa dernière oreille coupée à madrid.
l'année de l'expo.
1992.
la 'épo, comme ils disaient, sur le bras mort puis réactivé du oued-el -kebir.
la 'épo qui avait permis de virer les derniers gitans de triana et de les installer pour toujours aux tres mil.
poligono sur.

mais en lisant des guides pour touristes on peut encore tomber sur ce genre d'âneries : " triana. quartier des gitans de séville ".
jetez le guide et passez un coup de fil à bobote. c'est plus sûr.

la mascotte de la 'épo c'était un personnage qui ne collait pas à séville, genre le monde enchanté des polipockets. mais il s'appelait curro.

Ce jour-là d'octobre comme seul madrid peut en enfanter,
Curro -le vrai- un taureau, un tio de jao moura pas un toropocket, l'avait attrapé.
on l'avait cru mort.

Le moura s'appelait “soneto”. C'était bien curro ça, se faire trouer la couenne par un sonnet.

Son confiance avait commencé la vuelta avec l'oreille demandée et obtenue par l'aficion la plus exigeante du monde quand soudain
l'infirmerie s 'est ouverte.
comme la mer rouge.
et curro en a surgi pour achever la vuelta pied nus, le romarin aux naseaux.
Aqui soy yo.

En descendant des tendidos j'ai aperçu chinito.
Il avait l'air d'un prince dans son pantalon de toile rouge, sa liquette blanche et ses chaussures en paille , alors que tout le monde portait jaquette.
j'ai voulu l'embrasser. Il avait disparu. un elfe ça ne se rattrape pas.

Je ne sais pas, mais sa faena au curro de mi arma -20 passes, 12 peut-être - c'était une solera de la génération du 27.
un truc de pruneau , de noix et de cire descendu par tirage successif jusqu'à nos pieds.
un truc pour avoir soif ensuite pendant un bon millier d'années.

C'est simple, joaquin vidal avait écrit dans sa chronique : “Tres minutos después de iniciada su faena al cuarto toro, Curro Romero ya había hecho todo el toreo. “ .

juste après, on avait croisé jose maria velazquez (el pais aussi, supplément du dimanche, branche flamenca, canal rito y geografia del cante ) dans ce bar où on chante la salve rociera à minuit, toutes lumières éteintes.
« toi tu chantes »
« un peu »
«  tu chantes por fandango » il avait dit à mateo.
«  et toi » brusquement vers moi « toi, tu chantes por buleria, ça se voit ».

juan n'était pas d'accord sur notre currismo échevelé.
il disait les choses avec du recul .
j'étais bien incapable d'en avoir, du recul : en un trincherazo, un changement de main et quatre passes à gauche donnés avec une muleta tenue large comme une corde à linge, celui de camas m'avait projeté hors du cosmos. Pour prendre du recul c'est trop loin.

thierry avait débarqué,
un brin de romarin à la boutonnière.
Habillé en progre madrilène qui a trouvé sa canaillerie.
je l'aimais bien thierry , mais du coup jose maria est parti.
Il nous avait juste redonné soif.
C'était le principal.

Le lendemain jorge laveron cognait sec et précis :
« qui n'aime pas curro n'aime pas sa mère » ,
donc , et aussi «  curro est à inscrire à l'unesco, section patrimoine de l'humanité ».

alors on est parti avec toute la clique et olivier toréer des vaches à san agustin de guadalix.

sinon aujourd'hui,on serait encore à madrid.

en train d'étancher notre soif.

mardi 28 octobre 2008

Fourmis ( II )



claude pelletier, le grand, avait écrit :

« toros en verkhojansk  ! faut en avoir de la tripe taurine pour monter une semaine du même nom et la terminer par une novillada en règle...au mois de novembre ! Chapeau ! ».

et le chapeau de claude, qu'il ne portait que sur son coeur, ne se levait pas à tous endroits et à tout moment. Ses enthousiasmes étaient précieux. son humanité prolixe. et son aficion ...dantesque.

là, devant le pari de la peña jeune aficion de saint-sever, il s'était incliné.
Aujourd'hui, et ce depuis maintenant deux ans, sa photo et celle du tio pepe ornent les murs du nouveau local sis à la rue des ursulines. Ce sont eux les lares de l'endroit.

La paix de leurs sourires, qu'ils affichent fixés à jamais sur l'argentique, apaisent les joutes oratoires qui souvent s'étirent dans des nuits de tertulia de comptoir homériques. auparavant ils ont accompagné de leur présence puis de leur mémoire les faenas de salon de 4 heures du matin , les palmas et les cantecillos des fonds de verres, les « viva paula » de toute la vie, les heures d'histoires de campo jusqu'aux aurores gasconnes, les « media veronica » données sous des ole à s'arracher la gorge dans la placita au cachet inimitable de la rue louis sentex, mais aussi les taconeos por sevillanas au milieu du trouble des coeurs, le fumet des papas con chorizos rédemptrices après les maintes libations... parce que s'il faut vivre , autant le faire avec excés.
la monumental des jacobins

Il y a maintenant des portraits supplémentaires accrochés à la pierre apparente, parce que jacques et vincent , et d'autres aussi , les ont rejoints... le souvenir de tous nos aimés disparus est propiatoire là-bas. C'est un endroit où se côtoient sans problème les arcanes de la crypte mémorielle et les allures de la caseta de feria. Le respect et la folie sans brides mélangés.



Depuis le verkhojansk de 1985 la manifestation a bougé, évolué, douté, grandi, appris, semé. Son étoffe s'est renforcée sans se perdre dans le trop chamarré.
Au milieu du cadre délicieux du cloître des jacobins les spectacles (flamenco, jazz, danse contemporaine cette année ) trouvent leur identité, les conférences atteignent la haute tenue réclamée par un lieu où l'on conserve une partie des beatus, les toiles, les sculptures, les installations emplissent la soute du vaisseau de la grande nef de toute la force des artistes héritiers des pigments de lascaux et le dimanche , au coin de la rue lafayette, à la sortie de la messe en l'abbatiale, les dévots se trouvent nez à nez avec une manade de taureaux lancée sur les traces des meilleurs coureurs d'encierro depuis saint-luc .



Et surtout, en fin d'après-midi de chaque 11 novembre, les torils des arènes de morlanne laissent filtrer cette lumière horizontalement inédite des automnes allant vers l'hiver. Les taureaux qui en sortent ont parfois le pelage qui vire au gris bleu d' une posée de palombes. Les noms et le sang des élevages qui sarclent la silice clament haut et fort la diversité et la recherche de la quête perpétuelle de la caste poivrée voulues par l'esprit des socios depuis le début de l'aventure.

On voit sur les gradins les haleines se condenser et résister quand elles croisent la légère purée du tabac exhalé.
en piste les coups de reins des recortadores font monter la température et les doigts qui palpent la percale restent inhabituellement gourds pendant la prueba de capotes.
morlanne, crayonner les feuilles en rouge, jaune et marron et on y est

Tout cela se sait et s'harmonise dans la tendresse des regards que l'on croise ,des poitrines qu'on serre, des mots qu'on se donne au coin de la table où se partagent les agapes.
Une temporada s'étiole doucement. Les cuadrillas mettent leurs dorures au repos sous une toile blanche et sur les cintres pour quelques mois, certains novilleros ruminent déjà l'herbe supplémentaire du taureau d'un an plus âgé qu'ils auront à affronter dès le printemps prochain. d'autres songent aux peaufinages de leur technique, en rêvant que le père noël déposera un carreton au pied de leur sapin.
le père noël a de ces idées, parfois


les corps se lâchent.
La fête sauvage se grandit.
une dernière fois.
mais avec toute la force d'une renaissance perpétuelle.
Saint-sever, ici, et d'autres villages ailleurs, sont les maillons vitaux de la chaîne de nos aficion.
Claude et jean-pierre darracq l'avaient compris. Ils les célébrèrent en leur temps.
qu'un simple hommage leur soit rendu en faisant de cette nouvelle édition un éclat de réussite à enchasser dans nos mémoires.

voilà, il y a donc déjà 24 ans, les insectes de l'aficon nous couraient encore dans les jambes à l'approche de la courbure des fahrenheit, parce qu'au confins de la chalosse il y avait une poignée de passionés qui prétendait que la saison des taureaux ne devait connaître ni équinoxe et ni solstice.
Franchement, qui se plaindraient de ces fourmis-là ?

-Bueno, ciego, eso de las hormigas...no sé. Pues, cantame algo , un tanguillo de cai para calentar las manos y que se vayan las hormigas.

-No, no...no me viene nada de flamenkito. Pero te diré algo jondo. Aunque no sea de soniquete.escucha :

“Est-ce que quelque chose a changé?
Couchons-nous sur les fourmis rouges
Pour voir si l'amour est resté
Et voir si l'un de nous deux bouge,
Couchés sur les fourmis rouges.”

( michel jonasz / les fourmis rouges / 1981 )
l'affiche de l'année dernière. signée mathieu sodore

samedi 25 octobre 2008

Fourmis (I)


dans cette affiche , tout est dans les détails. pour en savoir plus, rendez-vous plus bas .

le dilemme n'est pas simple. au mois de novembre qui s'annonce, deux manifestations concomitantes donnent au ciego l'agréable sensation du picotis des dernières fourmis automnales d'une aficion dont la sève aurait tendance à s'engourdir.
pour ne pas avoir à tergiverser longtemps, choisissons le critère chronologique pour servir la première rasade.

le festival " mira ! " , dit du sud extrème !!! ( ils ont "quitté" l'étiquette "insolent" des programmes. c'est déjà mieux ), revient sur bordeaux et la cub pour sa deuxième édition , suite au succès de l'esquisse initiale il y a deux ans ( pourquoi ? parce qu'il y a alternance avec la scène toulousaine, tout simplement ).
la création contemporaine ibérique sous ses formes musicales , plastiques, théâtrales... y a droit de cité. en cliquant sur le lien on a toutes les infos dont on nécessite.
la partie qui aborde le flamenco donne à voir cette année le spectacle d'andres marin, la venue de buika, la rencontre d'aurélien bory et de stéphanie fuster,la présentation de tito el frances et le retour d'israël galvan, qui fut la découverte, le choc même, pour le grand public du premier festival.
allez, on met le nez dans le verre et on dissèque les arômes...



andres marin calera ses zapateados dans "el cielo de tu boca". l'originalité vient de sa collaboration avec llorenç barber. le sieur barber étant clochologue. certains diront avec malice que 'il ne doit pas chômer par les temps qui courent et que cette spécialité est un créneau d'avenir. perfides ! le type est vraiment sur scène entouré d'une batterie de campanas de métal qui participent à la mise en place d'une chorégraphie où résonnent les équilibres de l'académisme et les ruptures de la tradition interrogée.
donc, dans ce ciel sévillan (andres est fils d' andres , bailaor géniteur de renom, et d'isabel vargas, cantaora )il y aura une bouche de bronze et un corps de jonc. manque la gorge, la matrice vitale du flamenco originel. elle sera présente sous trois formes : celle de segundo falcon ( familia de los janega ), jose valencia ( dans son arbre généalogique traînent paco la luz et manuel de paula, jerez et lebrija. caray ! )et enrique soto ( familia de los sordera ). et puis la guitarre de salva gutierrez et les palmas d'antonio coronel.
voilà pour la forme. la silhouette est belle. les contours ont de la charpente. pour le fond, il faut attendre mercredi 12 novembre.



"Il dansait,seul. Ce n’est pas qu’il s’avançait devant d’autres moins virtuoses que lui pour faire un solo, non. Ce n’est pas simplement qu’il évoluait sans partenaires de danse.
Il semblait, plutôt, danser avec sa solitude, comme si elle lui était, fondamentalement, une « solitude partenaire », c’est-à-dire une solitude complexe toute peuplée d’images, de rêves, de fantômes, de mémoire 12. Et, donc, il
dansait ses solitudes, créant par là une multiplicité d’un genre nouveau."
c'est ainsi que georges didi-huberman vit apparaître israël galvan pour la première fois sur la scène du théâtre de la maestranza.il en a tiré un essai ( "le danseur des solitudes"/éd. de minuit ),magistral, où cet historien de l'art ( spécialiste d'esthétique ), philosophe enseignant à l'ehess, tente de traduire la fascination devant l'intensité d'un danseur se jouant lui -même des codes et des standards pour mieux aller gratter,fouiller, fouailler la mémoire et rendre hommage aux racines de son langage artistique ( il y a une jubilation profonde, jonda, que veut faire partager galvan sur scène, lui qui fut élevé dans l'extrème dureté de l'école la plus impitoyable, celle de son père, pepe galvan ).
longtemps regardé comme une bête curieuse, dédaigné par les obtus, israel a continué à chercher et à avancer vers l'exposition de ses désaccords intimes pour revigorer aujourd'hui toute la scène flamenca. une des preuves les plus flagrantes des sincérités réciproques qui animent cet artiste et les flamencos plus "traditionnels", c'est qu'il est entouré pour ses derniers spectacles ( "arena", "la edad de oro" et "este estado de cosas" ) de cantaores tels que diego carrasco, fernando terremoto hijo ou miguel poveda. il faut avoir vu diego cantar a israel por bulerias et israel lui donnant le meilleur de son baile pour balayer tous les derniers propos un peu offusqués des gardiens de l'évolution. mas puro no se puede.



je ne dirai mot sur bory et fuster. c'est l'inconnu. ça m'aiguillonne, alors j'irai voir et entre deux ronda de vino, je narrerai.
quant à tito el frances, patricio mi arma, il sera lundi soir dans falseta sur radio campus pour un mano a mano que nous espérons stimulant. sachez simplement que sa "performance" s'intitule "flamenco et jambon" ( d'où l'afiche ). ça ne vous met pas la couenne à la bouche ?
reste le cas buika.



ses albums , sa voix, sa beauté, sa présence en font l'égérie d'un flamenco frotté aux univers musicaux du jazz, de la cancion, de la musique métisse. c'est souvent harmonieux et superbe. d'une grande dignité. d'un savoir-faire de brio. ça reste en dedans si on pense aux rajos, aux morsures, aux échos veinés de la mine des béatitudes et des plaintes flamencas. c'est pourtant magnifique. le problème c'est que ça le reste. peut-être évoluera-t-elle vers une approche de palos plus délicats. certainement, car sa voix a des atouts et son parcours cherche ces incarnations difficiles.



bon , vale ciego, vale, mais c'est quoi le concomitant, ciego ?
c'est la semaine taurino -culturelle de la peña jeune aficion de saint-sever.
ah ? qu'est-ce qu...
quieto. me tomo un sorbo y veremos despues. que ahora :

"apporte-moi ce rubis dans un verre de cristal ;
ce compagnon, ce familier parmi les libres,
puisque tu sais que ce monde de poussière
n’est qu’un souffle qui passe… apporte moi-du vin"


(omar khayyam)