dimanche 17 août 2008

les oreilles ont des poissons


allez.
le ciego, pas bégueule, fourgue "dos pinchos de lujo" pour "tapar" les litres de sirop à la chantilly offert à la régalade et en tournée générale par la presse taurine officielle.

c'est simple , eux , les officiants, les grands prêtres de la feria, s'adressent à la foule, cherchent à la nourrir en laissant croire qu'il y a eu multiplication des poissons dans l'adour, qu'ils auraient frayé jusque sur les bas côtés du fleuve, exhibant ventre à l'air, ouïes sanguines et oeil vif au pied d'une arène touchée par les miracles torodivins.
"penchez-vous et ramassez la manne" distingue-t-on des émanations buccales parfumées aux pamoisons des nouveaux saint-jean baptiste. les poissons dont on parle dans ce verset de la nov- bible du "papataurismo" ont une drôle de forme. on dirait des oreilles.

les autres c'est plus compliqué. ils n'ont pas l'ego des gourous, la démesure de leurs moyens quasi pharoniques et surtout ils n'y croient plus au miracle de la multiplication des trophées. la multiplication. voilà peut-être l'opération post-moderne par excellence. 1 +1 + 1 + 1 + 1 + 1 + 1... ce ne sera jamais identique à 7 x 1. contre toute les logiques eschatologiques, férocement festives et arrasant le piquant de la fête sauvage, brandies par nos raël en guayabera. ces résistances aux évidences assénées, on les rencontre dans les contrées reculées, et de plus en plus montrées du doigt que sont les limbes des aficionados. ceux de la quête, du graal. le graal et son unicité. le graal et son universalité. le graal protéiforme mais si pur. ces chevaliers de la guerre à la doxa parlent à chacun dans sa diversité.
alors, en ces temps de déferlantes uniformisatrices , qui nous abreuvent jusqu'à la soûlographie autosatisfaites, écoutons-les sans les bader. leur parole est incarnée :

- "dos pinchos ciego, dos ! pa'tapar la tajada que me llevo bebiendo tanta extasis."

-"ahi va , ahi va ".

-"a ver. que tiene ?"

-"de primero un montaito de laurent larrieu de la cocina de campos y ruedos. muy escabechado. pero lo ha montao a lo grande. y de segundo tenemos un combinao de olivier deck, chef estrellado que ha salido una tapa de lenta pero perfecta composicion."

-"perfecto. dame una racion de cada una. "

-"bueno, y de beber compare ? "

-"una jarra del buen vino de la bodega de sol y moscas."

-"perfecto. a la orden."

nb : pour accéder aux chroniques dacquoises de deck il faut entrer sur son site en lien dans le post puis aller à carnet taurin à droite. la cuisine , c'est parfois compliqué même si ça ressemble à un oeuf à la coque.

nb2 : le café, en dernière minute, est offert par bronco.fort.

samedi 16 août 2008

Curro Diaz ... un Sabor Diferente.

un peu de saveur pour savoir (pour vous assurer que je ne dis pas que des conneries. ou définitivement vous persuader que si.)

la chronique "el codo de curro" est traduite en-dessous.

nb : je ne suis pas du tout , mais alors pas du tout un "currodiazerista".

le coude de curro (transmontes 2)

...et curro diaz alla des cils en bois bordeaux jusqu'au milieu d'une île appelée redondel. en accompagnant le taureau, par le bas, le très-bas, por lo bajini disent les gitans qui se remémorent la mère chantonnant dans la pénombre de la chambre. ce fut quelque chose de long et cadencé. comme un travelling de max ophüls. dans la faille de mon san andreas mental éclatèrent les olés. vivre et rêver.
vivre ce toreo que certains élus détiennent et parsèment. rêver avec les paumes ouvertes et les poignets faisant des allers et retours pour accompagner le compas des tientos de l'époque de caracol.
tout cela curro le fit à dax, terre landaise qui se dit amante des toreros mais qui hier avait l'âme vulgaire. mais il aurait du le faire plutôt à juneau et le peuple des alaskas serait sorti de ses foyers pour lancer au torero des clochettes de traîneau, des totems et des jaleos prononcés dans une langue inconnue mais précieuse.
je dis juneau comme je dirais madrid. et alors là c'est l'esprit saint qui s'effondre.

ensuite les mêmes coeurs congelés crurent voir un torero décroisé et se mirant dans son propre reflet. je pris alors en pitié tous ceux qui emprisonnent ce qui les irrigue dans une glacière. ils ne savent pas non plus laisser cuire sur la braise leur muscle le plus indispensable jusqu'à ce qu'il exhale cette odeur de grillé succulent.

dans la nuit des sentencieux ("mais pourquoi nous décrivent-ils la corrida, on y était les gars !" me susurra mon amour ) un, ou une, s'est enhardi à avancer que le toreo de curro était codillero*.
pauvre femme, elle ne s'était jamais rendu compte que le bras doit frôler son poitrail si le maestro veut nous transmettre les battements des charges de l'animal. le toreo s'écoute dans les coudes de puya, de cagancho, del albaicin, de gitanillo, de victoriano, del choni, de rafael et de curro. mais elle donnait de l'importance à ses connaissances, enfilant sans saveur les perles de son savoir de papier couché.

savoir et saveur.
c'est exactement ce que mit curro diaz dans son toreo. et si nous ne le valorisons pas plus que cela maintenant que va-t-il nous rester ? une passion pour l'hygiène, c'est certain. mais je ne crois pas qu'un coeur d'athlète intéresserait l'écoute de mon coude pour qu'il puisse offrir à ma main sa poésie. il s'éloignerait avec tristesse et il commencerait à sentir poindre des regrets. ceux des temps où poètes et toreros jouaient au coude à coude.

* codillero : avec le défaut de trop coller au corps son coude de manière raide et courte.
ce qui est une certaine marque de fabrique d'un toreo très personnel si ce travers est arrondi , maîtrisé et que cette aspiration particulière devient alors inspiration.

vendredi 15 août 2008

el codo de curro


...y se fue curro diaz de la pestaña de madera burdeos hasta los medios de una isla llamada redondel.
doblandose con el toro, por bajo, bajisimo, por lo bajini dicen los gitanos recordandose a la madre que cantiñea en el oscuro del cuarto. fue algo largo y templado. como un travelling de max ophüls.
se rompian los oles en la falla de san andreas de mi mente. vivir y soñar. vivir ese toreo que unos elegidos detienen y esparcen. soñar con las manos abiertas y las muñecas haciendo idas y vueltas para acompañar el compas de unos tientos de la epoca de caracol.
lo hizo curro en dax, tierra landesa que se dice amante de toreros pero que ayer era de alma tomatera, pero mejor lo hubiera hecho en juneau y la gente alaskera hubiese salido de casa para tirar al torero campanas de trineo , totemes y jaleos desconocidos pero preciosos.
en juneau o igual en madrid. y se desmorona el espiritu santo.

despues los corazones helados vieron a un torero descruzao y tumbao en el espejismo.
me tome en piedad esos que tienen su noria encarcelada en nevera.
ya no saben cocer a la brasa el muslo primordial hasta que huele a quemao sabroso.
en la noche de los sentenciosos ("porque nos cuentan la corrida, que estabamos alli, tios !" me susurra mi amor) uno, o una, se atrevo a decir que el toreo de curro era toreo de codillero.
pobre mujer. no se habia dado cuenta que el brazo debe rozar el pecho si el maestro nos quiere contar como late la embestida del animal. el toreo se escucha por los codos de curro puya, de cagancho , de gitanillo, de albaicin, de victoriano de la serna, del choni, de rafael y de curro. pero presumia de conocedora, ensartando sin sabor perlas de su saber de papel cuché.

saber y sabor.
eso si que fue el toreo de curro diaz. y si no lo valorizamos hoy en dia , que nos quedara ? una aficion higienica, por cierto. pero creo que no le interesaria, para contarle poesia a la mano, a mi codo escuchar un corazon sano. se alejaria con tristeza y empezaria en añorar los tiempos . eso tiempo en que eran de codillero a codo, poetas y toreros.

nb : comme c'est déjà arrivé ici, c'est en espagnol que sont sortis le mieux les mots que je ressentais. demain je traduirai tout cela en français. ce sera un trasmontes , mais dans l'autre sens.

samedi 9 août 2008

La terre est plus étroite alors



mahmoud darwich est mort. la terre est plus étroite alors.


poète de l'exil, celui de la langue, celui des chemins des origines et celui de l'amour, mahmoud darwich est mort il y a quelques heures. on avait ouvert son coeur pour le soigner. comment peut-on refermer deux ventricules aussi profonds que les gorges de despeñaperros ? car l'andalousie irrigait les lauriers roses s'échappant des pores de la mémoire du poète palestinien. cet al-andalus collait aux désirs des chants de réconciliation identitaire mais non résignée des ciels hébreux, chrétiens et arabes.




"J’ai vu le pont


L’Andalousie de l’amour et du sixième sens


Sur une larme désespérée


Elle lui a remis son cœur


Et a dit : l’amour me coûte ce que je n’aime pas


Il me coûte mon amour


Puis la lune s’est endormie


Sur une bague qui se brisait


Et les colombes se sont envolées


L’obscurité s’est posée


Sur le pont et les amants"




("Plus rares sont les roses"éd. de minuit/1989)




Sur la place des orangers, les marchandes de vieilles épées font foi à nos propos,
et ceux qui partent à leur journée entendent le chant et ne mentent pas au pain,
désert au cœur,


Déchire les veines de mon vieux cœur avec la chanson des gitans en route pour l'Andalousie.
Chante ma séparation du sable et des poètes anciens et d'arbres qui n'étaient pas femme.


Mais ne meurs pas maintenant, je t'en conjure !




("La terre nous est étroite" éd. gallimard)




la force de darwich c'était pour moi comme un vin nourricier. un étancheur de soifs qu'on sait pourtant sans fin. un guerrier amoureux n'ayant jamais sorti de son carquois que des mots qui touchent le but qu'aucune flèche très aiguisée ne pourra même effleurer : la peau, pas la première mais la plus profonde, celle enfouie sous les chairs. au tréfond.




je me souviens de sa venue à bordeaux au 1° marché de la poésie, dans un fond de salle d'un café des chartrons. était-il venu d'ailleurs, lui ? car seule me reste sa voix qui faisait luire les bords des bocks de bière rousse. elle sentait la figue. elle roulait dans le ventre de tonneaux en bois d'oranger. elle voulait marier l'étoile et le croissant comme sur le dos des mains de camaron.


je ne sais plus à quelle heure j'ai commencé à pleurer.


je sais que le chat de la maison est malade, ce sera peut-être sa dernière nuit. il préfère retrouver les mains du poète pour lustrer l'infini de son poil blanc en partant en même temps que lui. je le comprends.


il faudra pourtant arrêter de saler le clavier pour appeler olivier et lui dire la nouvelle.


là-bas, au puerto, il faudra qu'il déchire son mouchoir. le morceau qui n'essuiera pas son visage lui servira j'espère à saluer un geste de morante qui aura suffit à éventrer le djin pour qu'en jaillisse "une mémoire pour l'oubli".



nb : en lien un article d'olivier sur la dernière apparition en public de mahmoud darwich en france le 14 juillet à arles (la photo illustrant ce post est de lui).


nb2 : site Darwich à consulter.


jeudi 7 août 2008

acorralada quieta (trasmontes 1)


comme promis , je tente une série de traductions de certains textes déjà publiés ici et qui pourraient intéresser les visiteurs "hispanohablantes" des pinchos.
cette tentative s'intitule "trasmontes".
(la photo montre une vue de Caceres, ce texte étant spécialement adressé à andres, camarada y no digo mas, ainsi qu'à rafael cañada et son maestro emilio de justo qui reviennent affronter las ventas ce dimanche 10 août. suerte !)


a adrian gomez, torero.

lo torceaba en mi mente
cuando vi el sol
aflorar detras de las hojas del arce
de las imagenes cosidas
por una aguja de las tragedias


no queria ver agitados ya
esos cuerpos en el aire
que empiezan en recaer
mientras necesitamos
suspenderlos
en la ropa cuajada del cosmos


se podria
tener entonces
el tiempo y el espacio
por venir cogiendo
entre dos palmas
muy suavemente
sus sienes ansias
y tumbar sus cuerpos
desarticulados
sobre la silice.


sin sacudida


el sol surgio.



los cuerpos caen
como todas las veces
que este sueño me accorala



se fracasan la nuca
en la realidad
salvaje de esa fiesta



la nuca de adrian
cruda



la nuca de christian
brava



y la de julio
de esa tarde


vencidas.



se torceaba en mi mente
igual que un tambor belicoso
en un redondel hormiguero
con millares de voces
llamando a romper
la nuca
de cualquier se esforzaria
en robar el fuego de la victoria.



empezaba en alejar mi mirada
del arce



simplemente
hubiera querido
compartir
una cena bajo su sombra
con rafael
y que el sol
asi nos agarre
con las sonrisas



me acoste
en esa promesa



susureandome
que rafa esta en madrid



con emilio


saben que pensamos
a ellos
la cabeza en el trebol mojado



y que no pasara nada.



cerrando los ojos
yo vi el arce
salir de la luz soleada.



sabia que esta noche
la accoralada seria quieta.

mardi 5 août 2008

De retour


de retour.
de retour dans les pissenlits chaque année plus nombreux, la chair éclatée des prunes laissant flotter un zéphir qui s'acidule sous la masse tiède de l'arbre, des centaines de papier publicitaire comme autant de supplices coloriés à la misère écologique de notre vie consommatrice, le sable qui s'égrainent des pages et des linges qu'on range à coup de gestes lents, l'étincelle des garances de la peau de ces tomates poussées avec juste un peu d'eau à leur pied en partant, le voile du maté solaire sur la peau qui retrouvera vite son lait, la fatigue de s'être reposé autant, le bruit des baïnes au fond des tympans cisaillé par la stridulation qui n'avait plus de nom jusqu'à il y a de cela quelques secondes encore : le téléphone .
de retour.
de retour sur les souvenirs, ce qui tient de mouchoir humide enveloppant la mémoire.
la quiétude de mathieu, l'intelligence de ses projets, les bouts rougis des cigarettes partagées, son bonheur d'être comme un extraterrestre avec les doigts de pieds encerclés par la plage, les fous rires de voir miguel et les filles si beaux.
le riz de calasparra épandu dans le bouillon juteux qu'olivier laissera un peu craquant par endroit pour qu'éclate l' ivoire de l'amidon , ce liant aussi puissant que les amitiés sous la nuit. la lueur d'un ducru-beaucaillou pour ne jamais oublier le premier regard d'un enfant posé sur le berceau voluptueux des cuisses d'une mère apaisée de bonheur enfin.
le corps d'ablette athlétique de charlie , fier d'être malicieux de nous passer la bouteille de vin au goulot, sa peinture qu'on peut même voir dans ses yeux.
par contraste, les noeuds dans les branches de l'arbre qui tient lieu d'enveloppe charnelle à julien. matador de toros cela s'examine au territoire bosselé de la peau, aux ruisseaux maigres des blessures qui zèbrent son derme sombre comme des filaments laissés par la bave de la douleur. en écrivant cela me reviennent les images d'un julito d'alors, de son corps d'enfant engoncé dans le traje campero des premières illusions. seul le sourire, celui d'un carnassier de la vie mais croqueur de fleurs champestres, n'a pas bougé. julito, ciego, est julien. un homme.
et didier le conteur au verbe de bilboquet, et hop !
la douceur de nicole quand elle le regarde...
la sincérité de pascale.
l'hospitalité complice de claudie et françois.
la tendresse d'hélène.


de retour.

de retour, le ciego pense encore une fois à tout cela dans la pénombre avant d'ouvrir les portes à battant du bar.

il ouvre et décide d'accrocher ces mots aux palillos des premiers pinchos matinaux.

le goût est certainement le sens qui nous trahit le moins.