Il y a bien longtemps que Libé ne me sert plus à allumer la cheminée.
Déjà Rothschild chez July. Ensuite Demorand, la laisse d'or de "Lémarché", dans l'Ours, basta.
J'avoue, je pleurais encore de rire à la découverte de la page "Ecrans" du samedi paraphée Roberts & Garrigos, je grognais de plaisir quand j'imaginais la tête des actionnaires après la lecture des chroniques de Pierre Marcelle.
M'enfin, à part ça...
Ah si ! les cahiers livres et la plume de Lançon. Ouais, important Lançon. Il écrivait pour Charlie mais il suffisait de lire son texte sur Sanchez Ferlosio et on gueulait "Ole tu" au coup de crayon qu'il portait dans l'arthrite de nos voyages immobiles vers l'Espagne qui nous dévorait.
Et puis les numéros spéciaux. Celui de Tapies, ceux du festival de BD d'Angoulème, le journal de l'année des écrivains... l'article de Bayon le jour de la bascule de Joe Strummer, Lefort en digne successeur de notre tant aimé Serge Daney, la nostalgie des articles de Jacques Maigne sur le rugby,
bref, au bout de compte je ne l'achetais plus mais je lisais encore.
Je ne vais rien vous apprendre, aujourd'hui c'est la page taurine qu'on défouraille avec presque, on le sent, un soulagement du côté du quotidien.
Nous , au départ en 87 , on avait eu peur quand même, ça sentait le Mourousisme cette affaire de taureaux dans Libé.
La garde baissa derechef dès que la première phrase du premier article défila sous nos yeux. Ben normal, Durand, on ne pouvait pas faire mieux.
25 ans de luxe de lecture.
Mais les pies tournaient depuis bien trop longtemps au-dessus de la plume "érutilante" de Durand.
Bien sûr, on peut penser que la Gôche alliance d'une rose pusillanime (ça sent bon et c'est une variété sans épine) et d'un Europécologisme opportuniste a eu raison de cette incongruité sudiste (la version langue d'Oil du canard ne sentait déjà plus le sang, la merde, le cigare et le Varon Dandy depuis quelques temporadas maintenant ). On peut pétitionner à tout vent. C'est fait.
Mais j'aimerais juste te dire, Jacques :
"Merci"
et,
"Mais on s'en bat les gonades, allez viens , d'abord on va boire un pion puis après on va te la fonder la gazette pour laquelle tu aimerais signer".
Alors, mesdames et messieurs de la torosphère ? chiche ?
samedi 12 mai 2012
dimanche 25 mars 2012
Requiem
"Federico Garcia Lorca, poète et antifasciste, fit un rêve. Il rêva qu’il se trouvait sur la scène de son petit théâtre ambulant et que, s’accompagnant au piano, il chantait des chansons gitanes. Il était vêtu d’un frac, mais il portait sur la tête un chapeau andalou à larges bords. Le public était composé de vieilles dames vêtues de noir, avec une mantille sur les épaules, qui l’écoutaient ravies. Une voix, de la salle, lui demanda une chanson, et Federico Garcia Lorca se mit à l’interpréter. C’était une chanson qui parlait de duels et d’orangeraies, de passions et de mort. Quand il eut fini de chanter, Federico Garcia Lorca se leva et salua le public."
(Rêves de rêves/ Antonio Tabucchi/ Ed.Christian Bourgois)
lundi 27 février 2012
Farruco II ( Va por ti, Maja Lola )
Les mêmes en la feria de Sevilla. Antonio Flores Montoya, pour moi, c'est le baile le plus proche du cante, le plus incarné. Je peux le regarder pendant des heures, des centaines de fois. Pas une seconde lassante, lourde ou inutile, pas de plan "machine à coudre". Juste la grâce et la puissance.
Los mismos, en la feria de Sevilla. Antonio Flores Montoya, para mi, es el baile mas allegado al cante, el mas encarnado. Puedo contemplarle durante horas, mil veces. Ni un minimo de cansancio, de pesadez o de futilidad, ni un plan de "maquina de coser". Solamente el embrujo y la fuerza.
ah, au fait,le bel article sur Farruco était signé Marie-Christine Vernay et il date de 1995. on peut le lire en passant par là.
mercredi 22 février 2012
Farruco
«Le danseur doit avoir la noblesse du cheval et le courage du taureau. J'ai appris la danse sur la route avec le pas des chevaux. On était marchands de chevaux. J'écoutais et j'ai reproduit les sons et les rythmes avec les mains puis avec les pieds.» (Farruco dans "Libé" avant une actuacion à Marseille, c'est toi Jacques qui a écrit ce bel article ? )
"El bailaor debe tener la nobleza del caballo y la bravura del toro. Me hice bailaor en el camino con los pasos de los caballos. Veniamos de chalanes. Escuchaba y reproduci los sonidos y los compases con las manos y despues con los pies." (Farruco en el periodico Libération, antes de una actuacion en Marsella )
Je vous laisse avec ce bijou de baile et de ciné. les dejo con esta joya de baile y de cine. A catarla y a comentar señores ! A déguster et à commenter ! y mañana o pasao hablaremos. et demain ou après-demain , on en reparle.
mercredi 8 février 2012
Cara y cruz de la pantoufle
L'homme regardait la pantoufle posée hors mesure, en objet qui disait sa trivialité mais aussi sa temporalité, sa connexion au monde, la fatigue et la mort. on l'avait certainement traîné là ? qui , quoi ? l'homme, la charentaise géante ? les deux. D'ailleurs c'était inéluctable, ils étaient en face à face, avec entre eux un mouvement de méditation, une "intranquilité". A quel instant l' illisible submergea celui des deux qui avait le sens de son vertige , c'est à dire l'homme, ce spectateur peut-être poussé par un guide de papier écorné dans un réflexe muséal d'homo touristicus, peut-être simplement par sa femme et sa lacheté de ne pas savoir lui dire non ou par la curiosité, la bonne vieille curiosité ? Nous étions à la Fondation Tapies de Barcelone dans les années 90 et ce visiteur qui avait vraisemblablement déjà fait le tour de la question, devant le chausson amorphe s'écria : "ah là, non ! là non !!!" et tourna les talons , pris la direction de la sortie. Il avait sans doute compris , et moi des années après, que, ce qui l'envahissait à cet instant précis, lui demandait de s'enfuir, de s'effrayer et se révolter devant la métamorphose d'un objet en preuve cosmogonique, en idée de la vérité.
Cette prise de l'univers émanait de toutes les oeuvres, des sculptures aux collages, aux matières, en passant par les "Tapies de Tapies", oeuvres de son chemin, de ses essais, et conservées par sa femme.
D'ailleurs quand Tapies se retrouva confronté au flamenco pour faire l'affiche de la biennale de Séville de 2004 il mit au centre de la vitalité de son tableau un zapato de taconeo pour incarner cet art où l'artiste cherche à pousser dehors ce qu'il ressent dedans, dans cet acte de laisser la chaussure à bride venir frapper si fort le plancher qu'on croirait que l'objet peut créer lui-même cet interstice où les duendes l'aspireront - ce vacarme, ce tremblement figuré sur la toile est parfois par manque de mystère terriblement grotesque - ou s'en échapperont pour se répandre dans les yeux des spectateurs qui peut-être riront, se moqueront, partiront eux aussi devant ce trop plein, ce cortège de mises à nu. Sur ce rouge, l'encre noire figurait alors cette mise en danger. Cara y cruz.
En repensant à tout cela, je me dis que le maître catalan aimait , quien sabe , écouter ce tiento dont voici la letra et ce sera mon hommage :
" En una piedra me asiento
Como si la piedra fuera
Alivio de mi tormento
Compañerita de mi alma
Alivio de mi tormento"
Como si la piedra fuera
Alivio de mi tormento
Compañerita de mi alma
Alivio de mi tormento"
Autre hommage, celui de Mateo Sodore qui nous fait le bonheur de pouvoir publier le portrait magnifique de celui dont il aime ressasser la phrase :
QEPD.
mardi 3 janvier 2012
"Sabia"
Pour affronter la siguiriya, cette mortaise du passage vers les chaos balafrés du chant, le temps qui s'étire a besoin d'esquiver sans rompre.
Enrique de Melchor "sabia".
Il élaborait la crypte idéale où chaque atome est une note qui ne s'enfuit jamais.
Demain le 4,
les rois arrivent pourtant ils ne seront que deux : Melchor s'est arrêté au talus des étoiles
et s'est allongé dans sa guitare. Para siempre, duerme.
QEPD.
nb: la photo est de Paco sanchez.
Enrique de Melchor "sabia".
Il élaborait la crypte idéale où chaque atome est une note qui ne s'enfuit jamais.
Demain le 4,
les rois arrivent pourtant ils ne seront que deux : Melchor s'est arrêté au talus des étoiles
et s'est allongé dans sa guitare. Para siempre, duerme.
QEPD.
nb: la photo est de Paco sanchez.
vendredi 30 décembre 2011
A la luna de Enero
Ayé. nous y voilà. bonne année my derche et tout le toutim. les huîtres brûlantes, le pet' nat' tièdasse et les greluches frisquettes. j'ai piqué, ou plutôt j'ai pensé à ça chez Orzon Güé. en fait chez Kauffmann, JP Kauffmann. un bouquin sur le champagne. chiant par antonomase mais précis dans les sensations qu'il veut nous transmettre, diablement bien écrit et passionnant au bout du compte. une belle étrenne. ça et "Les fourmis n'aime pas le flamenco" , du collectif Auguste Derrière. ouvrez une page et vous vous torchez les yeux tellement se déploie au fur et à mesure tout ce qu'un rire truculent peut truculer. seul, dans un tram, un avion, au bois joli, à l'hosto, au cimetière, au lit, je vous défie de ne pas gondoler.
Sinon, sinon... plus sérieux, le tome 5 du "Labyrinthe magique" de Max Aub. celui-là c'est "Campo del moro". il reste encore à publier aux Fondeurs de briques ( mais peut-être est-ce déjà fait ? ) le "Campo de almendros" et c'en sera terminé de cette espèce de "Guerre et paix" orpheline d'épopées, ibèrement foutraque, inclassable, presqu'à hauteur d'homme -enfin un livre à hauteur d'homme- et magnifique. même en pleine déconfiture des dernières semaines du siège de Madrid, Aub snipe fort : " Il arrive un moment, dans cette vie passagère, où il ne reste à l'homme que le vin. Le reste ce sont des luxes inutiles, comme tous les luxes, sauf l'art."
Et puis mon poteau Laurent Perez a sorti une nouvelle revue. revue critique. intitulé de l'objet : "La lecture". simple et droit. en l'état : Agamben, Bernard Dufour, Andrea Zanzotto. ouf, pas que du petit four canapé. de la sauce, montée savamment. comme j'adore tiounquer je vais m'abonner. en attendant, long life to the lecture.
faut que je vous parle aussi de l'Assaut du Théâtre Imaginaire, l'A.T.I., lancé par un autre aminche, un compadre, un hermano : Vargas, celui du " duende est une femme", de notre texte à deux mains gauches, "Avanzar". faut que ? voilà, c'est fait : poètes, à vos papiers.
J'ai rêvé des taureaux du Curé de Valverde. de ceux que j'avais vu il ya , pfffuiii, plus d'une décennie maintenant. décennie ça fait plus vieux, plus aficionado blanchi sous le harnais. déjà que la semaine d'avant, je m'étais réveillé en sueur et en sursaut parce que dans les limbes qui précédaient j'étais entouré de Prietos de la Cal qui chantaient " Petit papa Noël" au milieu de la plaza de tienta en déconfiture de La Ruiza, brrrr...le molosse maison aboyait (on l'avait surnommé "Bahamonde" , nous étions facétieux) en cadence : "pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ?" j'ai supposé qu'il était pétard parce que cette année encore, mécréant indécrottable, je n'ai pas monté de "Belen" . alors, là, dans mon songe de la nuit dernière, les tios aux ergots de rhinocéros del Cura, c'était un signe de plus.
les deux fois, à La Ruiza et à Horcajo, Serge m'accompagnait. ou plutôt je l'escortais. on cherchait des novillos pour Villeneuve. on nous montrait des petits cochons noirs, très beaux, presque à manger crus ou au mieux un "charoles", on voyait des lauriers-roses, de la poussière, des chiures dans les tasses à café, mais des taureaux de combat, hum, il fallait en débusquer ! mais on s'était bien poilé.
parce que Régis avait un tee-shirt qui glorifiait l'indépendance d'Euskal Herria,
que les types assis à table en face de lui lisaient l'ABC en lunettes noires,
que Madame de la Chaux aurait pu s'appeler Marge Simpson,
que le Curé arborait une protubérance " que rigoureusement ma mère m'a défendu de nommer ici " - certes maladive mais tellement improbable et qui grossissait à vue d'oeil au fur et à mesure que nous avancions vers lui,
que Julito Aparicio tientait les vaches de l'écclésiaste et qu'on imaginait tout à trac la tête des catetos les plus toristas apprenant la nouvelle.
et puis on était remonté sous la pluie à partir de Burgos. sans essuie-glaces. je crois que c'est peut-être ce qui déclenche les cauchemars où je me retrouve , des années après, avec des paires de cornes en pointes sur pattes et qui mugissent en choeur et en cercle "...and japi niu llier" : l'absence d'essuie-glaces dans tous mes souvenirs.
le vent de Joachim a couché encore un peu plus le prunier. il a fallu l'élaguer sévère. j'ai rangé le bois. il se mêlera à la saveur des entrecôtes l'hiver prochain. c'est comme cela que devraient finir tous les vieux amis. cendres et buée. arômes et sucs gastriques. au fond d'un puits ou d'une cheminée. ou dans les vignes, jeté sous la lune tendre en décoction comme le purin d'ortie ou mixé avec du quartz dans une corne de vache brave santacolomeña. mes filles sourient derrière la vitre. il sera comment l'arbre de leur jardin ?
il y en a un de vigneron , c'est un phénomène. Richard Leroy a des parcelles en Loire. il urine sur les ceps. à la question : "Eh bé ! tu pisses dans tes vignes toi ?" il rétorque :" c'est comme ça qu'elles me reconnaissent..." c'est écrit et imagé dans la formidable BD d"Etienne Davodeau, "Les ignorants". Ôde à la terre sans intrants, sans sulfites, sans Pétain, sans crétin. té ! j'aurais mieux fait de divaguer l'autre soir sur les cuvées de Leroy "Les rouliers" et surtout, surtout, "Les noëlles de Montbenault". enfin une nativité sans cauchemar. je ne sais pas ce qu'il en aurait pensé le type de ce Jurançon d'adéquation siroté l'autre dimanche, la couleur dans la bouteille qui se vide dans la couleur du soir titubant dans la couleur de nos yeux pensifs. c'était un Clos Joliette. un 1944. les vendanges du débarquement retrouvées dans une armoire. une offrande. de la noix grillée au feu de l'orage au-dessus des bourdaines et juste après cette fraîcheur de tourmente accomplie qui descend sur les plumes du pinson un peu affolé par tout ce barouf. on ne s'est pas gêné pour se souler sous la pluie. merci Carine.
Les morlacos du Curé, les endrapés de Tomas Prieto ont pris la fuite avec l'aube. les taureaux sont de toute façon loin en ce moment. ceux qui en ont fait leurs laitières m'insupportent de plus en plus. au moins ils ne "managent" pas mes rêves, même pas mes terreurs nocturnes. demain c'est 2012 et débutera l'année des 20 ans de la perte du Camaron. je fumerai un cigare de Navarre vers minuit. je penserai à lui et sous le prunier sans tête je chanterai au milieu de taureaux de Gérion imaginaires : " A la luna, luna de Enero, con mi capote y muleta iba a los encerraeros..."
Feliz año. si ? que si, de verdad.
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