
" Le temps , dit-il dans le cabinet aux étoiles de Greenwich, le temps était de toutes nos inventions de loin la plus artificielle et, lié aux étoiles tournant autour de leur axe, il n’était pas moins arbitraire que s’il eût été calculé à partir des cernes de croissance des arbres ou de la durée que met un calcaire à se désagréger. Sans compter que le jour solaire auquel nous nous référions ne fournissait pas de repère précis et que pour mesurer le temps il nous fallait avoir recours à un soleil moyen, imaginaire, dont la vitesse de déplacement ne varierait pas et qui dans son orbite ne serait pas incliné vers l’équateur.

Si newton a pensé, dit Austerlitz en montrant par la fenêtre , brillant dans le reste du jour, le méandre qui enserre l’île des Chiens, si Newton a vraiment pensé que le temps s’écoule comme le cours de la Tamise , où est alors son origine et dans quelle mer finit-il par se jeter ? Tout cours d’eau , nous le savons, est nécessairement bordé des deux côtés. Mais quelles seraient à ce compte les rives du temps ? Quelles seraient ses propriétés spécifiques correspondant approximativement à celles de l’eau , laquelle est liquide, assez lourde et transparente ? En quoi des choses plongées dans le temps se distinguent-elles de celles qui n’ont jamais été en contact avec lui ? Que signifie que nous représentions les heures diurnes et les heures nocturnes sur un même cercle ? Pourquoi , en un lieu, le temps reste-t-il éternellement immobile tandis qu’en un autre il se précipite en une fuite éperdue ? "
(W.G. Sebald / " Austerlitz "/ Actes Sud / trad. Patrick Charbonneau )

merci à victoria et à laurent pour la découverte de sebald.
ce pincho est pour vous.
en lisant ce passage, des images qui ont un jour traversé ma rétine d'aficionado a los toros, se sont immédiatement imposées.
j'ai juste essayé d'en retrouver l'essence à travers ces clichés glanés sur la toile.
cela me semble faible malgré le talent des photographe au regard de la puissance évocatrice de certains souvenirs, mais cette impossibilité à dire et à montrer ce qui tapisse notre for intérieur est la trame même de cette quête.
quadrature du cercle.
aporie fêlée par les mots du poète.